SCÈNE NEUVIÈME M
MADAME DE RÉNAT, de même.
Non! non ! non I et je vous défie...
RAOUL, tout à fait en colère.
Vous me défiez I Ah 1 vous me défiez ! Eh bien, je rous aime encore.
MADAME DE RENAN, de même.
Vousl
RAOUL, de même.
Oui, je vous aime encore, ah ! ! et je vous ai toujours aimée, et je n'ai jamais aimé que vous, s'il faut vous le dire.
MADAME DE RÉNAT, de min»
Vous osez!...
RAOUL, de même.
Oui, j'ose! oui, j'ose!
MADAME DE RÉNAT.
Mais quel homme êtes-vous donc?
RAOUL
Et pas seulement aimée, entendez-vous, adorée! Je vous dis que vous n'y entendez rien, mais rienl... Tenez! vous ne connaissez pas les hommes! Il n'y en a pas un, c'est moi qui vous le dis, pas un, si sceptique, si railleur, si peu sérieux qu'il vous semble, pas un qui ne cache dans le repli le plus profond de son cœur, son fétiche, son idole, sa, sainte ! C'est une femme, ou plutôt l'image d'une femme, une mère, une sœur, une amie, une inconnue même ; un être idéal et charmant, fait d'un souvenir ou d'un rêve, impossible si vous voulez, mais le seul auquel il croit, le seul qv: ait toutes les vénérations, toutes les ardeurs, toutes les superstitions de sa foi absolue et solitaire. Et tellement
au-dessus des autres femmes que rien ne l'atteint des erreurs et des souillures humaines, et que rien ni personne ne peut la faire descendre de ce cœur où elle reste éternellement pure, rayonnante et cachée... Eh bien ! vous avez été ma sainte, vous I
MADAME DE RÉNAT, étonnée.
Mais... Raoul?
RAOUL, avec une colère de plus en plus attendrie.
Et vous êtes en moi et vous y resterez, et toujours, oui, pour mon malheur. Oh! je ne veux pas dire que j'en mourrai, parbleu! que je me brûlerai la cervelle 1 ce sont les gens sérieux qui disent cela, les gens qui aiment ! les poètes ! Mais moi qui ne suis pas sérieux, moi qui n'aime pas, moi qui suis un être prosaïque et vulgaire, eh bien, je vivrai, je parlerai d'autre chose, je me marierai et j'aurai beaucoup d'enfants!... Oui... oui... seulement... seulement... (sa voix se brise.) Ah! ma tante, vous avez été dure pour moi, allez !
MADAME DE RÉNAT, émae.
Mais... je ne... C'est pour rire, n'est-ce pas?
RAOUL
Pour rire? (il lui prend la main qu'il porte à son visage.
Tiens ! mes yeux !
MADAME DE RÉNAT.
Raoul!
RAOUt.
Ahl chère femme I