SCENE PREMIERE
gustercela. Ce n'est pas que es soit neuf, au moins; de bon compte, c'est, à ma connaissance, la quatorzième fois que vous aimez comme vous n'avez jamais aimé, ce qui ne m'empêche pas de vous entendre toujours avec un nouveau plaisir... Allez, maintenant!
RAOUL
Voyons, ma tante, une fois écoutez-moi sans rire.
MADAME DE RÉNAT.
Je ne ris pas, mon neveu. C'est toujours avec un plaisir nouveau qu'une femme entend une histoire d'amour, si j'ose m'exprimer ainsi, moi surtout, pensez donc, une provinciale, une veuve, une vieille femme...
RAOUL, protestant.
Oh!...
MADAME DE RÉNAT.
Merci I Et puis, en fait d'amour, votre oncle ne m'avait pas gâtée, mon pauvre général. Mais allez doncl
Auparavant, promettez-moi...
MADAME DE RÉNAT.
Ah I et vous, auparavant, promettez-moi que ma friandise sera sucrée et non salée, comme la dernière, cette histoire d'actrice... Quelle horreur 1
RAOUL
Un mot vous rassurera... J'épouse ï
MADAME DE RÉNAT.
Eh bien! cela ne me rassure pas du tout, vous savez. Je me rappelle une certaine miss Stowe...
RAOUL
Oh! ma tante 1 Oh! quel rapprochement et comme vous le regretteriez si vous vous doutiez...
MADAME DE RÉNAT.
Ah çàl c'est donc sérieux, décidément?
RAOUL
Sérieux! un mariage! Qu'est-ce qu'il vous faut doïiJ, ma tante?
MADAME DE RÉNAT.
Vous vouiez vous marier, vous, Raoul de Géran?
RAOUL
Moi, Raoul de Géran !
Toujours, alors !
RAOUL
Ah! mais cette fois-ci...
MADAME DE RÉNAT.
Et avec qui, cette fois-ci, voyons?
RAOUL, s'asseyant.
Ah ! voilà, c'est que j'ai un peu peur de vous.
MADAME DE RÉNAT.
Ah! ah!
RAOUL
Mais non! mais non!... Vous m'entendez mal, c'est la plus charmante, la meilleure, la plus pure. — Oh ! cette fois, pas d'erreur... je la connais comme je vous connais, et depuis que je vous connais, ainsi !... Mais qui sait ce que vous allez dire ? en matière de passion, vous êtes si peu... tellement... enfin, si... calme, je vous ai surnommée la raison même, vous savez.
MADAME DE RÉNAT.
Alors je la connais aussi, moi?