Analyse spectrale
La flamme du gaz de la houille est placée derrière une fente étroite qui est au foyer d’une lentille convergente (fig. 1). Les rayons lumineux émanés de celte flamme traversent la fente, puis la lentille, deviennent parallèles et vont rencontrer un prisme de verre. Changeant alors de direction à travers le prisme, les rayons tombent sur une seconde lentille, qui les rassemble à son foyer, et ils forment une image de la fente que l’on peut recevoir sur un écran blanc, s’il s’agit de la montrer à plusieurs personnes à la fois. Pour une observation individuelle et précise, il vaut mieux regarder celte image avec une troisième lentille convergente ou oculaire, que les
LES MEKVEILIÆS DE L’ÉTOCELLE ÉLECTDIQIJE.
rayons lumineux traversent avant de pénétrer dans l’œil ^ Voici maintenant les divers spectacles auxquels on peut assister.
Eig. 1 . — Spectroscope.
Lorsque la partie brillante de la llamnie est placée prés de la fente, on voit l’image colorée qu’on appelle le spectre
^ On voit sur la figure, en avant, une l)Ougie qui sert à éclairer une petite règle divisée transparente, dont on observe l'image par l éflexion sur la face du prisme placée à gauche, du côté de l’oculnire. L’œil voit à la fois le spectre et les divisions de la règle, ce qui sert à désigner la [)osition de chaque raie spectrale.
liNTUODUCTlON.
coiilimi. Elle est produite par les parcelles de charbon solide qui sont eu suspension dans la flamme; celles-ci développent des ondulations de toute grandeur qui ne présentent entre elles aucun rapport saisissable; elles se comparent à un instrument d’acoustique qui engendrerait une infinité de sons superposés, sans loi d’harmonie.
Loi'squ’on amène devant la fente du spectroscope le bas de la flamme qui est bleuâtre, on voit plusieurs faisceaux de lignes bridantes jaunes, vertes, bleues se détachant avec netteté sur un fond peu éclairé (fig. 2). Ces lignes sont produites par le charbon en vapeur, véritable gaz, aussi fluide que l’air. Ses particules viennent de se séparer de l’hydrogène, auquel elles étaient unies avant
Rouge. Orangé. .laiine. Voit. ’ RIcu. Indigo. Violet.
Fig. 2. — Spccti'e du carbone.
la combustion, et elles n'ont pas encore formé les agrégations solides dont nous venons d’observer les effets dans la partie brillante de la flamme, La vapeur de charbon vibre comme un instrument à son composé d’harmoniques. Les périodes de vibrations superposées présentent des rapports simples.
Un fil fin de platine introdwit dans la flamme engendre un spectre continu, comme celui du charbon solide. Mais lorsqu’on dépose sur ce fil une parcelle d’un composé métallique volatil, on voit apparaître un spectre de lignes brillantes qui est produit par le métal à l’état gazeux. Chaque métal est ainsi caractérisé par le spectre de sa vapeur incandescente. Si le fil de platine est recouvert de plusieurs 'substances différentes, chacune d’elles déve-
loppera son spectre. Vous aurez réalisé cet orchestre mystérieux où chaque son est une couleur, où l’œil remplace l’oreille, et vous voyez dans votre pensée surgir un monde nouveau, que vous avez hâte d’explorer et qui vous prépare des merveilles inconnues.
Muni du spectroscope vous pouvez vous approcher de ces orchestres d’un nouveau genre qu’on appelle les llammes, découvrir les instruments qui les composent, compter même leurs vibrations. Il n’y a plus de distance qui soit un obstacle. Les astres eux-mêmes sont devenus accessibles. Vous saurez par l’aspect de leurs spectres de quelles substances ils sont formés; vous distinguerez dans le soleil les éléments gazeux et ceux qui sont solides et liquides ; votre puissance d’investigation est tellement accrue que votre curiosité ne sent plus de bornes. Mais gardez-vous d’une audace téméraire ! Que le succès d’une première tentative ne nous fasse pas oublier combien nous sommes petits devant l’œuvre du Créateur.
Ce n’est pas ici le lieu de présenter les remarquables progrès que l’analyse spectrale a fait accomplir en physique, en chimie et en astronomie. Les découvertes auxquelles elle a conduit ont eu un très-grand retentissement. La plupart ont été vulgarisées dans les cours publics et dans les ouvrages populaires. Grâce à cette méthode, la constitution des flammes et des étincelles électriques nous est révélée d’une manière inattendue. Nous sommes loin des dissertations des savants du siècle dernier sur le phlogisüque et sur la matière du feu. « Après une étude de deux ou trois mille ans, disait il y a un siècle un physicien distingués après les méditations des Descartes, des Newton, des Mallebrancbe, après les observations et les expériences des Boberbaave, des Réauniur, des Lémery, etc., nous en sommes encore à savoir définitivement si le feu est une matière simple, inaltérable, des-
Leçons de Physique^ tic Tabbc Nollct. 5'^ édition, 15® leçon.
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üiiée a produire par sa présence ou j)ar sou action la chaleur, reinbrasemeiit, la dissolution des corps : ou bien si son essence consiste dans le mouvement seul, ou dans la fermentation des parties qu’on nomme inllarnmables, et qui entrent comme principes dans la composition des mixtes. )) Quant à lui, il adopte carrément l’idée d’une matière propre, qu’il regarde volontiers comme un Ibiide pesant et comme la cause unique de la chaleur et de la lumière. A cette époque, les raisons philosophiques remplaçaient souvent les expériences ; ainsi notre physicien admettait l’identité de la chaleur et delà lumière, parce que, disait-il, « la nature ne produit les êtres' qu’avec épargne, tandis qu’elle multiplie leurs propriétés avec prohision. »
Aujourd’hui, les expériences ne font plus défaut. Des milliers d’observations ont été accumulées depuis un siècle, et elles ont permis à la science de s’établir sur une base solide. Le travail de notre époque consiste à rassembler les matériaux épars, à les coordonner, à édifier un monument scientihque qui sera sa gloire.