‹ L'Étiologie et la Pathogénie des Angines Aigues Non DiphtériquesChapitre 10 sur 35 · DUREE · texte numérisé non relu

DUREE

En résumé, cette malade a été atteinte d’une angine aiguë avec fièvre intense, phénomènes généraux et locaux indiquant une violente réaction inflammatoire. Au point de vue local, il n'y'avait que de la rougeur, de l'œdème de la muqueuse et des points pultacés sur les amygdales. Ce qu'il faut noter, c'est que, dans la maison où était cette nourrice, un enfant à eu une angine pseudo-membraneuse terminée par la guérison, par conséquent se pose ici la question de contagion.

Examen bactériologique.— Le 28 mars, avant toute espèce de traitement, on frotte avec un pinceau (voir le chapitre Technique) stérilisé les amygdales et c’est cet exsudat recueilli qui nous à servi aux expériences.

Examen microscopique. — Coloration simple au violet de gentiane. Microcoques, diplocoque, petits bacilles très courts, longs bacilles effilés, bacilles incurvés, diplocoques ovoïdes de différentes tailles dont quelques-uns sont entourés d’une auréole claire.

En colorant par la méthode de Gram restent seuls colorés les microcoques, les microcoques ovoïdes de rares bacilles assez longs.

Les ensemencements faits d’après la méthode décrite ont donné : Sur gélose : n° 1 Colonies fines bleutées par transparence;

no 2 Colonies fines blanc transparent;

n° 3 Grosses colonies blanches (3 ou 4 seulement). Sur sérum : n° 4 Colonies extrêmement fines ;

n° 5 Grosses colonies blanches (3 ou 4 seulement).

Chacune de ces espèces microbiennes a été isolée par des ensemencements successifs et leurs propriétés ont élé étudiées pour pouvoir connaître leur identité.

Le n° 1, de beaucoup le plus abondant, donne sur gélose de petites colonies très fines, très superficielles, d'un bleu opalin quand on les regarde par transparence, blanc transparent quand on les regarde par réflexion.

Sur gélatine (à 200-250), il donne de petits points blancs, le long de la piqûre ces points restent petits, la gélatine n'est pas liquéfiée.

Sur sérum, il pousse comme sur gélose.

Dans le bouillon, il le trouble et donne un précipité.

OU

Sur pomme de terre, il donne au bout de deux ou trois jours de petits points blancs opaques comme de petits grumeaux de lait, ces petits points sont très fins.

Examiné au microscope, on voit que cette espèce est constituée par un sireptocoque à grains souvent irréguliers comme grosseur, souvent aussi quelques grains sont légèrement ovoïdes.

Il se colore par les couleurs d’aniline et par la méthode de Gram.

Des cultures pures sont inoculées sous la peau à une souris, à un lapin et à un cobaye. Ces animaux n’ont présenté aucun accident notable.

Ce streptocoque a été identifié au streptocoque de la salive.

Le n° 2, beaucoup moins abondant que le n° 1, donne sur gélose de petites colonies fines tout à fait analogues aux colonies du n° 1, mais elles ne sont pas aussi transparentes et n’ont pas l’aspect opalin, il faut les regarder avec grande attention pour pouvoir les différencier.

Sur gélatine (à 200-250), il donne de petits points blancs sans liquéfier et l’aspect est tout à fait semblable à celui du n° 1.

Sur sérum, il pousse à peu près comme sur gélose.

Dans le bouillon, il donne de petits grumeaux et un précipité, si on a soin de ne pas agiter le bouillon reste le plus souvent clair.

Sur pomme de terre, il ne donne pas de culture apparente.

Examiné au microscope, on voit que cette espèce n° 2 est constituée par un streptocoque dont les grains sont assez réguliers, formant des chaïnettes de longueur variable suivant le milieu (plus longues dans le bouillon que sur gélose). Il prend les couleurs d’aniline et reste coloré par la méthode de Gram. Inoculé sous la peau de la cuisse d’une souris, il lui a causé un vaste phlegmon, la souris est morte en trois jours. Le pus contenait grande quantité de microcoques isolés ou en chaînette, le sang du cœur en contenait très peu, on ne pouvait les déceler que par la culture (il faut semer une ou deux gouttes),

Ua lapin inoculé à l'oreille a présenté le lendemain un peu de rougeur, puis le surlendemain une traînée rouge de Jlymphangite, descendant jusqu’à la base de l'oreille ; trois jours après l’inoculation, l'oreille entière était rouge, œdémateuse et tombante, beaucoup plus chaude que l'oreille opposée, elle présentait l'aspect de l’oreille érysipélateuse. Le lapin ne mangeait plus, a maigri et a eu de la diarrhée. Le lapin a complètement guéri. Ce streptocoque a été identifié au streptococcus erysipelatis ou au streptocoque pyogène.

Le n° 3 donne sur gélose de grosses colonies blanches, épaisses

PR.) Vie

humides, opaques. Sur gélatine, il donne de grosses masses blanches épaisses à la surface, et de petites boules rondes blanches le long de la piqûre, il ne liquéfie pas. C’est un gros coceus, et, inoculé à la souris, au cobaye, il ne s’est pas montré pathogène.

Le n° 4 pousse sur sérum et sur gélose, en donnant des colonies extrêmement fines, à peine visibles, analogues à celles du pneumocoque, moins transparentes, mais encore plus fines, il faut regarder la surface de la gélose avec la plus grande attention pour les apercevoir.

Il ne pousse pas sur gélatine.

Il pousse faiblement dans le bouillon, dans lequel il donne un fin précipité.

Au microscope, on constate que cette espèce est constituée par un petit coccus très fin rappelant la forme du pneumocoque, mais souvent plus allongé et plus fin, et de plus ils n’a jamais de capsule.

Inoculé à la souris, ce microcoque ne s’est pas montré pathogène.

Le n° 5 était identique au n° 5.

Inoculation de l’exsudat de l'angine. — Deux souris inoculées sont mortes dans les mêmes conditions et ont donné les mêmes résultats, aussi je ne donnerai que l'observation d’une seule souris. :

Une souris inoculée sous la peau de la cuisse (voir Technique) est morte deux jours après. Elle présentait un vaste phlegmon diffus de la cuisse, la rate était grosse, les reins congestionnés.

Autopsie, deux heures après la mort. — Le pus de la cuisse et le sang du cœur sont recueillis avec pureté pour être examinés et ensemencés.

Deux préparations faites avec le sang du cœur (coloration simple au violet de gentiane et méthode de Gram) ne laissent voir aucun microbe.

Des préparations faites avec le pus du phlegmon contiennent grande quantité de microbes. Nombreux microcoques isolés, en diplocoques ou en courtes chaînettes, quelques diplocoques ovoïdes dont quelques-uns ont une capsule faiblement colorée. Les préparations traitées par la méthode de Gram montrent les mêmes microbes bien colorés.

Le sang du cœur, semé à la dose de plusieurs gouttes dans un tube de gélose, a donné de rares colonies d’un microcoque qui, cullivé et inoculé à l’état de pureté, a pu être identifié au pneumocoque.

Le pus du phlegmon, semé sur gélose par le procédé décrit à la technique, a donné trois espèces de colonies qui sont, par ordre d’abondance : \

N° 1. Colonies fines, blanc transparent.

No 2. Des colonies très fines, transparentes comme des gouttes de rosée. * 3

N°3. De grosses colonies jaunes.

Le n° 1 est un streptocoque qui a été cultivé sur les milieux habituels, il possède tous les caractères du stréptococcus erysipelatis. Il est pathogène pour la souris, et donne un érysipèle très accentué au lapin.

Le n° 2, par ses caractères morphologiques, par sa façon de pousser sur les milieux et enfin.par ses propriétés pathogènes, n’était autre que le pneumocoque.

Le n° 3 est un staphylocoque à grains réguliers et fins. Il donne sur gélose une couche épaisse, opaque, jaunc pâle; il liquéfie (pas très rapidement) la gélatine en donnant un entonnoir au fond duquel on voit un précipité épais et filant lorsqu'on cherche à en prendre avec l'aiguille de platine. Il est pathogène pour la souris ; par l’injection intra-veineuse on tue le lapin en deux ou trois jours avec de petits abcès dans les reins.

Ce staphylocoque cofrespond à la description d’un microcoque que Biondi a trouvé dans la salive (micrococeus salivarius pyogenes). L’étude comparée de ce staphylocoque me porte à croire que c'était le staphylococcus pyogenes aureus.

RÉFLEXIONS. — Cette observation déjà trop longue, bien qu’elle soit en partie résumée, a besoin d’être présentée en quelques mots dans son ensemble.

Cliniquement, il s’agit d’une angine aiguë, fébrile, avec quelques points pultacés. Au point de vue étiologique,il faut noter ce fait que la malade avait été en contact avec un enfant atteint d’une angine aiguë pseudo-membraneuse.

Au point de vue bactériologique, la gorge de cette malade contenait trois microbes pathogènes en quantité et à virulence différentes :

1° Le streptocoque de l’érysipèle constaté par l'examen direct de l’exsudat, par les cultures et enfin par l’inoculation. Il y était donc en grande abondance, de plus il était très virulent puisqu'il tuait la souris, donnait un érysipèle intense au lapin.

2° Le pneumocoque constaté directement par l'examen microscopique de l'exsudat? (les diplocoques ovoïdes et

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