OBSERVATION I
Louise G..., nourrice, âgée de 28 ans, entrée le 27 mars 1893 à la Charité, salle Cruveilhier, lit n° 15 (service de M. le professeur Bouchard).
Antécédents héréditaires. — Père bien portant. Mère morte? Un frere (30 ans) en bonne santé.
Antécédents personnels. — A 8 ans, rougeole; à 19 ans, premières règles ; à 24 ans, accouchement (fille), phlébite légère. I1.y a huit mois, deuxième accouchement. Depuis quatre mois, la malade est nourrice dans une maison bourgeoise à Paris. Dans cette maison, un frère du nourrisson, àgé de 3 ans, vient d’avoir une angine que le médecin traitant a considérée comme diphtérique (fausses membranes blanches, ganglions) ; au bout d’une douzaine de jours cet enfant était guéri sans complication. C’est pendant la maladie de cet enfant que la nourrice est tombée malade. :
Début. — Le 27 mars, le matin, en se réveillant, la malade se plaint d'avoir mal à la gorge ; le soir même, fièvre intense, malaise général,
(1) Nous sommes heureux de pouvoir rémercier ici nos amis Monod, Guinard, Seringe, Rouques, Rabot, Deséhamps qui nous ont aidé à prendre l’ob-
servation clinique de quelques-uns de nos malades, {
courbature, céphalalgie, insomnie ; difficulté extrême pour avaler la salive. Entrée le soir même à l'hôpital. Temp. 390,6.
Le 28. Les phénomènes subjectifs et généraux sont les mêmes, la déglu tition est très douloureusé, la malade ouvre difficilement la bouche; la langue est recouverte d’un enduit sale blanchâtre, l’haleine est légèrement fétide.
Tout le pharynx est rouge vif, la muqueuse est injectée, œdémateuse; les amygdales sont très gonflées et se rejoignent presque, on ne voit aucun exsudat. Ganglions gonflés et douloureux. La malade tousse un peu, mais à l’auscultation on n’entend rien d’anormal.
Urines rares, chargées de phosphates et d’urates. Ni albumine, ni sucre. Constipation. Temp. 390,4 le matin, 40 le soir.
Traitement :
Lavages boriqués de la bouche.
Le 29. Temp. matin 380,2. Même état général, douleur encore plus vive en avalant surtout la salive. Sur l'amygdale gauche, on constate deux petits points blancs, gros comme un grain de millet, qu'on enlève facilement, Temp. soir 390,5. Les seins gonflés de lait sont légèrement douloureux. Même traitement.
7 Le 30. Temp. le matin 370,8. Un point blanc sur l’amygdale droite semblable à ceux de gauche. Même traitement. Purgatif 30 gr. d'huile de ricin. Temp. le soir 370,8. É
Le 31. Temp. le matin 370,6. L’amygdale gauche est déparrassée. Encore quelques points blancs à droite. Urine : ni sucre, ni albumine. Les phénomènes généraux sont beaucoup moins intenses. = er avril. Encore un peu de courbature générale et de céphalalgie. Temp. : matin 37°,4. Soir 389,5 (visites dans la journée). La langue est encore sale et l’inappétence complète.
Les 2 et 3. Les phénomènes locaux s’amendent, pas de fièvre. Amélioration générale.
Le 5. Les ganglions ont diminué de volume et sont bien moins douloureux. Les amygdales sont dégonflées et moins rouges.
Les jours suivants, l’amélioration se maintient.
Le 11. La malade sort de l'hôpital pour aller en convalescence à l'asile du Vésinet.