CONCLUSION
Il n'y a pas de génie isolé — le niveau des grandes idées s'établit dans les pays de même culture par une sorte de pénétration naturelle qui a son flux et son reflux.
« Le monde intellectuel, dit Pliilarète Chasles, est régi par les mêmes lois qui régissent le monde physique : sympathie, attraction, gravitation, alimentation, absorption, tout s'y retrouve. »
On ne saurait donc prétendre que Corneille ou tel autre grand écrivain ait pris quelque chose à Lope de Vega. Le prétendu imitateur ne fait qu'une rencontre fortuite de ce qu'avait déjà mis en lui-même une force supérieure. Et il le formule grâce à un décisif concours de circonstances : ambiance, exaltation des idées, lyrisme et philosophie, érudition, similitude d'esprits et de milieu.
Il semble qu'il y ait des terrains de création, d'invention, d'imagination, des domaines favorables à la génération spoptanée, où la légende se forme, se cristallise en épopées, en romanceros, en chansons de gestes — tels que les pays italien, espagnol, hellénique, arabe, celtique, Scandinave, tandis que les climats du centre favorisent surtout l'esprit d'assimilation. A ce point de vue, la France est particulièrement destinée à jouer un grand rôle dans l'organisme universel, et nous ne croyons pas avoir fait tort à sou bon renom en la présentant comme le moulin aux ailes larges, à la chanson sonore, où se transforment pour le] pain de l'avenir les moissons dorées du génie.
COMÉDIE HÉROÏQUE en trois journées de LOPE DE YEGA
Version française, en vers
de MM. CAMILLE LE SENNE et GUILLOT DE SAIX,
représentée pour la première fois' sur la scène du second Théâtre Français
(Direction ANDRÉ ANTOINE)
le Jeudi 11 Avril 1912.