SCENE m
LE ROY, puis DON GONZALO D'ULLOA,eíi habitsde deuil
LE ROY (seul)
Bon courtisan en plein bourbier, Bon chien rabatteur de gibier !
DON GONZALO d'ulloa (entrant et s' agenouillant)
Majesté !
Que nous veut-on ? Ah !
C'est vous, Gonzalo d'Ulloa.
Quels tristes vêtements pour un jour d'allégresse l
DON GONZALO
Ah ! Sire, mon père n'est plus.
Je porte le deuil de celui
Qui vous fut un bon serviteur.
le roy
Et un soldat vaillant aussi,
don GONZALO
Qui va défendre vos frontières ?
LE ROY
Oui, son bras héroïque était leur vrai rempart !
Et vous voyez notre tristesse.
Mais quelle consolation
Hélas ! pourrions-nous vous offrir ?
DON GONZALO
Sire, la disparition
De mon père va découvrir
La vallée du Guadalquivir,
Aux frontières d'Archidona,
Il y faut gardien vigilant,
Et, si la valeur de celui
Que nous pleurons n'eut point d'égale.
Du moins, la nature m'a-t-elle
Fait l'héritier de ses vertus.
Sire, les cieux me soient témoins.
Que ce poste, si beau soit-il, /
Je vousje réclame bien moins
Pour l'honneur que pour le péril.
le roy
Vous êtes bien fils d'un tel père...
Nous voulons vous laisser le temps de le pleurer. Et, pour mieux partager votre deuil, vous prions D'en passer, près de nous, la durée à la cour.
DON GONZALO
Je n'ambitionne aujourd'hui Que vivre et mourir comme lui A la place de la défense.
Mais déjà, déjà, l'on prétend
Me l'arracher !
Fernán Pérez de Medina Invoque son nom et ses droits, Ses dix ans de service au Roy.
Î4S l'étoile de se ville
LE ROY
Il est vrai que plus d'une fois
Son épée a teint de rubis
Les couleurs nacrées de Grenade.
DON GONZALO
Oui, il fut bon officier, mais (se redressant)
Je suis fils d'un grand capitaine, (i)
LE ROY
Nous y songerons. 11 convient De bien se consulter avant De se prononcer là-dessus.
De tels emplois, vous le savez, Ne s'accordent point sans qu'on ait Entendu ceux qui ont le droit De les départir, comme ceux Qui sont dignes d'y aspirer.
Nous demanderons pour cela Au Grand Conseil de nous aider A choisir en justice entière Nos lieutenants à la frontière.
Soyez en paix.
DON GONZALO
Sire, au nom chéri de mon père...
DON ARIAS
Grand Roy, c'est Busto Tabera...
{Le Roy fait un geste. Busto parait sur le seuil.)
(1) Dans certaines versions, ici Fernán Pérez de Medina vient feire sa requête en personne.
don gonzalo
Sire, souffrez que je dépose, Entre vos mains, ma juste cause !
[Il s'incline et sort,)