‹ L'Étoile de Séville;Chapitre 42 sur 85 · LE ROY - BUSTO TABERA ~ DON ARIAS · texte numérisé non relu

LE ROY - BUSTO TABERA ~ DON ARIAS

BUSTO

Je suis en grande émotion

Et complète dévotion

Aux pieds de Votre Majesté.

LE ROY

Relevez-vous !

BUSTO

Souñrez, Sire, que je demeure.

Car c'est la place d'un vassal.

LE ROY

Vous êtes vaillant chevalier.

BUSTO

L'Espagne en a vu quelques preuves, J'espère en fournir de nouvelles, Si l'occasion m'est donnée.

LE ROY

Nous vous y aiderons sans doute.

Les rois peuvent tout, ils sont rois : Ils forgent les lois à leur gré

Selon Dieu ! Mais ces mêmes lois Qui ne bornent pas leur puissance, Bornent les vœux de leurs sujets.

LE ROY

Quel est l'homme qui ne désire Toujours s'élever ?

BUSTO

C'est moi, Sire.

Pourtant Tabera n'est pas noble, Et Tabera n'a pas le droit De se couvrir devant le Roy.

LE ROY

Et nous sommes heureux qu'il ne l'ait pas encore Pour avoir le plaisir de lui donner ce droit.

Cessez donc d'être Tabera

Pour devenir dès cet instant

Général chef d'Archidona.

Là votre vaillante personne

Au mieux nous représentera.

BUSTO

Qui, moi ! Sire ? Mais à quel titre, Quels sont mes états de service ?

Nous connaissons votre valeur Et ne vous faisons pas un médiocre honneur. Vous choisissant de préférence A deux prétendants redoutables Que vous connaissez : d'abord à Don Gonzalo de Ulloa.

BUSTO

S'il est bien le fils de son père Il mérite vraiment la place.

le ROY

Quant à l'autre prétendant, c'est Fernán Pérez de Medina.

BUSTO

Vingt ans soldat à l'étranger, Aussi bien que dans ce royaume Dix ans adalid (1) commandant Dans la plaine en feu de Grenade, Trois ans captif...

LE ROY

Oui, vous plaidez bien pour les autres. Mais que direz-vous de vous-même ?

BUSTO

Ceux qui pourraient parler pour moi Ce sont mes aïeux glorieux.

Tant de places qu'ils ont forcées, Tant d'étendards qu'ils ont conquis I Mais ils ont eu leur récompense Et, s'ils ont rendu des services, A moi, Seigneur, que m'ést-il dû ?

Avant tout, soyez juste, Sire, Car la justice est une grâce Que Dieu qui la tient suspendue Vous a chargé de départir.

(1) Adalid, terme arabe conservé en espagnol, équivalant à duXf militum ductor.

l'étoile de séville iSl

Aussi m'accorder une place Qui doit revenir de plein droit A l'un de ces deux prétendants Serait commettre une injustice.

Mais moi, qu'ai-je fait pour le Roy ?

Sire, je n'ai jamais été Que bon soldat en temps de guerre Et regidor en temps de paix.

Pardonnez-moi.

LE ROY {à part)

Oh ! l'orgueilleuse humilité !

BUSTO

Faut-il dire la vérité ?

Fernán Pérez de Medina Est, pour cet emploi, le plus digne.

Son âge et son nom le désignent.

Don Gonzalo est jeune encore...

Il peut attendre.

LE ROY

Soit fait à votre volonté.

BUSTO

Sire, je vous ai présenté Le Miroir de la Vérité.

Regardez-le.

LE ROY

Vous êtes un noble sujet. Nous voulons vous garder ici.

Et nous vous attachons aussi A notre suite désormais.

Vous habiterez le palais.

Etes-vous marié ?

BUSTO

Non, Sire, J'habite avec ma sœur, et je ne songerai A mon mariage qu'après L'avoir elle-même pourvue.

LE ROY

Nous nous chargerons de ce soin.

Vous l'appelez ?

BUSTO

Estrella, Sire.

LE ROY

Estrella, qui veut dire Etoile...

Elle doit mériter son nom.

BUSTO

Hélas! Seigneur, mon Estrella N'est qu'une étoile de la terre.

LE ROY

Nous lui trouverons un époux Qui soit digne d'elle et de vous.

Informez-la que son hymen Aura lieu sous nos bons auspices Et que nous la voulons doter royalement !

Que grâces soient rendues à votre Majesté. Maintenant, pourrai-je savoir

l'étoile de séyille 153

Dans quel but on m'a convoqué ?

A parler franc, j'étais troublé.

LE ROY

C'est juste... Je vous ai mandé

Pour une affaire concernant

Séville... Puisque vous voilà Gentilhomme à ma suite, officier du palais

Nous en parlerons à loisir.

Que Dieu soit avec vous.

BUSTO

Et qu'il me rende digne De votre royale faveur...

(à part) Mais tant de faveur me confond.

Un tel éclat vaut un affront.

{Il sort.)

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