‹ L'Étoile de Séville;Chapitre 47 sur 85 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

LE ROY, DON ARIAS, puis BUSTO.

LE ROY {sur le seuil) Dites-lui que nous attendons.

DON ARIAS

Sire, on est prévenu déjà Et Busto Tabera vient au-devant de vous.

BUSTO {entrant)

Majesté, chez moi ! Quelle grâce!

LE ROY

Oui, c'est un caprice. Je passe Ainsi embossé dans ma cape Pour avoir le plaisir d'examiner Séville. On m'a dit, comme je passais, Que c'était là votre maison.

M'a pris fantaisie de la voir.

On la sait curieuse,

BUSTO

C'est...

La maison d'un simple écuyer.

Faites-nous en donc les honneurs»

BUSTO

Chacun est roy dans sa demeure.

Sire, ma maison, assez grande Pour le petit roy que j'y suis Est trop petite pour le grand Roy de Gastille.

LE ROY

Ce n'est donc pas pour la maison Mais pour vous-même que je viens.

BUSTO

Une telle faveur m'accable, Grand Roy ! Mais, s'il est véritable Que vous veniez ici me voir Ne pas l'admettre est mon devoir, Oui, mon devoir, car si le maître Vient pour visiter son vassal Le vassal courtois et féal Ne devra jamais le permettre !

Je suis serviteur et sujet, Et vous prétendez m'honorer :

Il est plus naturel que j'aille Vous voir, Sire, en votre Alcázar...

Et d'ailleurs, les faveurs se changent Aisément en mortels affronts Si le soupçon se môle à leur brillant cortège.

le roy

Et que pourrait-on soupçonner?

BUSTO

Le contraire même du vrai. On dirait que la sœur vous conduit vers le frère,

Et par ce propos téméraire Sa réputation se trouverait atteinte.

Or, l'honneur est un pur cristal, ^.ÎIjnTsèùl souffle du mal ..Suffit à le ternir.

LE ROY

Il faut que je vous parle. Entrons.

BUSTO

S'il plaît à Votre Majesté, Mieux vaut que je la reconduise.

Elle me parlera, dès lors, tout à sa guise. Le désordre de mon logis Ne permet pas de recevoir Un pareil hôle 1

LE ROY (à Don Arias)

Il n'est pas facile.

DON ARIAS {bas)

N'importe !

Repassez avec lui la porte, Je vais rester avec Estrella Et lui parler en votre nom.

LE ROY [bas)

Plus bas, car il pourrait t'entendre.

Vois-tu, le pauvre sot a mis

Tout son honneur dans ses oreilles.

DON ARIAS (bas)

Le son de l'or est éloquent !

LE ROY (haut.)

C'est bien. Nous ne voulons pas voir Votre demeure malgré vous.

BUSTO

Majesté, Dona Estrella Vous y dira la bien-venue Au prochain jour de sou hymen.

Et, ce jour-là, vous pourrez voir Ma demeure dans la tenue Que pour vous elle doit avoir !

DON ARIAS (À un valct.) Faites avancer les chevaux. (1)

LE ROY

liusto Tabera, vous prendrez Le cheval de Don Arias.

BUSTO

Vraiment, le Roy me comble, mais, Je vais à pied, sil le permet.

LE ROY

Non pas ! Nous désirons vous garder près de nous.

(1) Le texte parle auachroaiquement de carrosses, nouveaux en Espagne, lors de la composition de la pièce.

don arias Majesté, les chevaux sont prêts.

LE ROY {à Don Arias qui remonte avec lui»)

Nous vous attendrons au Palais.

(Le Roy et Busto sortent.)

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