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LE NOMBRE DE SES PIÈGES

Montalvan atteste que, du vivant de Lope de Vega, on représenta mille huit cents drames ou comédies et quatre cents aiitos sacramentales, loas ou entremés. Ge chiffre a été beaucoup discuté, sans que les commentateurs de Lope soient parvenus à se mettre d'accord ; nous ne connaissons d'une iaçon certaine que 290 pièces imprimées dans sa collection. 76 publiées dans des collections d'auteurs variés, 37 en livrets séparés, 63 comédies conjecturées, 106 citées en son catalogue et non retrouvées, enfin 11 inédites et 2S douteuses, ce qui ne fait qu'un total de 608 pièces dont 439 seulement sont conservées.

Il importe de remarquer que la quantité, si décriée chez nous et dont la critique a fait une sorte de tare, était, au contraire, considérée comme une quaUté chez un peuple porté aux exagérations et fortement impressionné par la masse de la production. Aussi Lope, exploitant cette disposition nationale, a-t-il soin de terminer la plupart de ses comédies en se vantant du nombre des ouvrages qui les ont précédées ; il en

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dresse un catalogue progressif. C'est ainsi qu'en consultant son répertoire, on peut noter qu'il dit avoir composé : 230 comédies à 41 ans.

à 47 ans.

à o6 ans.

à 58 ans.

à 62 ans.

à 70 ans.

Mais ces chiffres sont sujets à caution. Souvent il donne un titre à chacun de ses actes ; il présente une même comédie sous trois titres différents : c'est le cas pour Le CJiien du Jardinier qui s'intitule successivement : Amar por ver amar, el perro del Hortelano, la Condem de Belflor ; ou bien il lui arrive de transposer toute une pièce dans un cadre différent, ea changeant les noms des personnages. D'ailleurs, comme tous les grands peintres couronnés par le succès et chez qui affluaient les commandes, comme Raphaël, comme Rubens, comme Michel- Ange, Lope de Vega avait des élèves, des collaborateurs, et Montalvan ne fut pas des moindres.

Le maître donnait un canevas, fournissait un scénario, se réservait certains passages, retouchait, ajoutait une vigueur ici et là, et l'œuvre était livrée.

Enfin, parmi les ouvrages qui furent publiés sous son nom — et Lope de Vega s'en plaignit— il en est qui sont apocryphes. Le cas était fréquent à une époque où les droits des auteurs n^étaient pas protégés. Il se peut aussi que, parmi les œuvres non publiées du vivant de l'auteur, plusieurs aient été reprises par des dramatistes peu scrupuleux, des profiteurs avides.

D'ailleurs, ces comptes factices livrés au public se compliquaient encore du fait que, tantôt, on y ajoutait les actes sacramentaux et les intermèdes, et que, tantôt, on négligeait ces petites pièces.

Toutes ces conditions ont peu aidé sans doute à maintenir la célébrité de Lope. Ainsi, ce qui l'avait si bienservi pendant sa vie fut cela même qui le desservit après sa mort.

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