‹ L'etoile du nordChapitre 12 sur 77 · ACTE I. SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE I. SCÈNE VI

Péterii* Ils sont venus nous chercher querelle! mais ils avaient commencé par me proposer de boire ... et je les ai refusés... parce que jamais... je l'ai dit, jamais!

CatKerllie* C^est pour cela que dans ce moment encore.. . vous étiez là... le verre à la main...

Péters. Morbleu !. . .

Catlierine* A merveille... de la colère...

€veorg;«9 avec impatience. C'est ia faute aussi]

Péters, vivement. N'est-ce pas ? . . .

Greorge* Et si tu le rudoyais moins...

Péters. C'est justement ce que je dis!

Catlierlne* Écoute, George? te rappelles -tu ce que me disait ma mère... quand elle regardait si attentivement dans nos traits, dans nos yeux , . .

Qeorge^ Oui...

Catlierine* Et la nuit de sa mort... quand elle cherchait à lire pour nous dans les astres!... Catherine,., disaitelle... chacun a son étoile, la tienne qui brille au nord, audessus de toutes les autres, te réserve de bizarres distinées...

PéterSj avec intérêt.- En vérité. . .

Cailterine» Quelqu'un viendra qui, par son mérite, s'élèvera bien haut... et cette fortune qu'il te devra en partie... il la partagera avec toi!

PéterS, vivement. Ta mère a dit cela?

Qeorge« C'est vrai! je l'entends encore... à telles enseignes qu'elle a ajouté... » Tu seras cause par là de la for- »tune de ton frère... qui sans cela ne la ferait jamais. ..«

Catlierilie^ à George. Ce n'est pas là ce que j'ai voulu dire f^se retournant vers PétersJ. Mais ceci, Péters ! lorsque tu étais sans connaisance... prêt à mourir... et que je t'ai secouru... il y avait dans ton regard, au moment où tu revins à la vie, quelque chose de noble, d'élevé, que parfois je retrouve encore... c'est comme un éclair de feu que je n'ai vu briller dans les yeux de personne; aussi... je me disais;... ce n'est pas là un homme ordinaire...

Péters* Tu pensais cela...

Catherine* Oui^ d'abord... mais maintenant...

Creorge* Tu n'as plus la même idée...

Catlierine. Non !

Peterd) vivement. Et pourquoi?... Dis-le donc... je le veux !... je le veux !

Cattierlne^ après un instant de silence. Voilà un mot que tu prononces trop souvent! Eh bien, tu veux trop vite

et trop vivement pour vouloir longtemps! Je ne te parle pas ici d'amour, mais de tes autres penchants... Tu avais appris l'état de charpentier, et tu le savais à peine que ixi as voulu prendre celui de menuisier |... Tu commençais à j réussir que tu as voulu devenir musicien, et comme tu fais déjà quelques progrès, tu vas probablement t'en dégoiïter bientôt. Tu commences tout... tu ne finis rien; or, on n'arrive que par la patience et la persévérance, et tu n'en as pas |

PéfePSj s'animant. J'en aurai... J'aurai de la fermeté... Tu le verras!

Oatliei*ine« Erreur!.., Tu <e crois de la fermeté... parce que tu as de la colère.

PéterSj se contenant à peine. Ne répète pas cela?

Catlterine^ £t dans ce moment même, parce qu'en amie je te dis tes vérités et tes défauts ... tu as peine à m''écouter jusqu'au bout et à rester calme!

ï^étePS* Ah ! ce n'est pas cela . . . mais c'est toi qui, avec (on sang -froid et ton indifférence, me rendrais furieux, et je ne sais qui me retient...

Catlierllie. Me battre aussi {avec fierté)] te crois-tu déjà mon seigneur et maître.

Péters. Pardon! pardon, Catherine, c'*est plus fort que moi... c'est un malheureux défaut que je n^ai jamais pu réprimer.

Catlierilie* Qui ne peut se vaincre soi-même, ne sera jamais, ni un bon mari... ni un bon maître!

Péters^ hors de lui. Ah! c'en est trop! ce mot- là.. ^ Catherine... ce mot- là... {s" arrêtant et cherchant à se modérer.) Je te prouverai, à toi qui parles. . que j'ai une volonté., et que je sais la maintenir... d'abord je venais ici ce matin pour te faire mes adieux!

Catlierine^ avec émotion. Ahj...

ff*étePS# Mes derniers adieux... Je quitte ce pays..« je n'y reviendrai plus... je ne t'aimerai plus... je t'oublierai!

Catlieriiie, de même. Soit!

Péters* Et tu ne sais pas, Catherine... tu ne sais pas ce que tu perds...

Catherine^ Je retrouverai toujours aisément un aussi mauvais caractère... et toi, Péters, tu auras peut-être de la peine à rencontrer une amie aussi sincère!

PétePS, revenant. Que dis -tu.?

CatKerlne. Va-t-en donc!... va-t-en? tu y es décidé... tu nous l'as dit!

Page 1