ACTE I
PÉTRRS, vivement.
iN’esl-ce pas ?...
' GEORGE
Et si tu le rudoyais moins...
PÉTERS
C'est justement ce que je dis I
CATHERINE
Écoule, George? te rappelles-tu ce que me disait ma m^re... quand elle regardait si attentivement dans nos traits, dans nos
yeux...
GEORGE
Oui...
Et la nuit de sa mort... quand elle cherchait h lire pour nous dans les astres I... Catherine... disait-elle... chacun a son étoile, la tienne qui brille au nord, au-dessus de toutes les autres , le réserve de bizarres destinées...
PÉTERS, avec intérêt.
En vérité...
CATHERINE
Quelqu’un viendra qui, par son mérite, s’élèvera bien haut... et cette fortune qu’il te devra en partie... il la partagera avec toi!
PÉTERS, vivement.
Ta mère a dit cela ?
GEORGE
C’est vrai I je l’entends encore... à telles enseignes qu’elle a ajouté... « Tu seras cause par là de la fortune de ton frère... » qui sans cela... »
CATHERINE, à George.
Ce n’est pas là ce que j’ai voulu dire (se retournant vers Peters). Mais ceci, Pélers! lor.sque tu étais sans connaissance... prêt à mourir... et que je t’ai secouru... il y avait dans ton regard, au moment où tu tevins à la vie, quelque chose de noble, d’élevé, que parfois je retrouve encore... c'est comme un éclair de feu que je n’ai vu briller dans les yeux de personne; aussi... je me disais:... ce n’est pas là un homme ordinaire...
PÉTERS
Tu pensais cela...
CATHERINE
Oui, d’abord... mais maintenant... , ,
Tu n’a^ plus la même idée...
CATHERINE
Non !
PÉTERS, vivement.
Et pourquoi ?... I)is-le donc... je le veux !... je le veux !
CATHERINE, après un instant de silence.
Voilà un mot que tu prononces trop souvent ! Eh bien, tu veux trop vile, et trop vivement pour vouloir longtemps I Je ne te parle pas ici d’amour, mais de tes autres penchants... Tu avais appris l’ëtat de charpentier, et tu le savais à peine que tu as voulu prendre celui de menuisier!... Tucommençais à y réussir que tu as voulu devenir musicien, et comme tu fais déjà quelques progrès, tu vas probablement t’en dégoûter bientôt. Tu commences tout. .. tu ne finis rien ; or, on n’arrive que par la patience et la persévérance, et tu n’en as pas !
PÉTF.RS, s’animant.
J’en aurai.. J’aurai de la fermeté... Tu le verras!
CATHERINE
Erreur!... Tu te crois de la fermeté;., parce que tu as de la colère.
PÉTERS, se contenant à peine.
Ne répète pas cela ?
Et dans ce moment même , parce qu’en amie je te dis tes vérités et tes défauts... tu as peine à m’écouter jusqu’au bout et à rester calme 1
PéTEilS.
Ah ! ce n’est pas cela... mais c’est toi qui , avec ton sang-froid et ton indifférence , me rendrais furieux , et je ne sais qui me retient...
CATHERINE
Me battre aussi (avec fierté) ! te crois-tu déjà mon seigneur et maître.
PÉTERS. i
Pardon! pardon, Catlierine, c’est plus fort que moi... c’est un malheureux défaut que je n’ai jamais pu réprimer.
. CATHBRlfiE.
Qui ne peut se vaincre soi même, no sera jamais, ni un bon mari... ni un bon maître !
PÉTERS, hors de lui.
AhI c’en est trop! ce mot-là... Catherine... ce mot-là... (s’arrêtant et cherchant à se modérer.) Je le prouverai, à toi qui parles... que j’ai une volonté... et que je sais la maintenir... d’abord je venais ici ce malin pour te faire mes adieux!
CATHERINE, üvec émotion.
Ah!...
PÉTERS
Mes derniers adieux... .le quitte ce pays... je n'y reviendrai plus... je ne t’aimerai plus... je t’ouhiierai!
CATHERINE, de même.
Soit!
PÉTERS
El tu ne sais pas, Catherine... tu ne sais pas reque Itl perds..»