‹ L'etoile du nord opera comique en trois actes de M. E. ScribeChapitre 10 sur 90 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Les précédents, CATHERINE, paraissant au fond, vêtue en cantinière, et portant sur l’épaule un petit baril de rhum.

CATHERINE

A merveille! C'est charmant pour un amoureux ! s'amuser II boire pendant qu’on fait pour lui une demande en mariage.

GEORGE

Eh bien... quelle nouvelle! etque t'a dit Reynolds le cabarelier?

CATHERINE

PREMIER COUPLET

Le bonnet sur l’oreille et la pipe à la bouche Il trônait, comme un roi, dans son comptoir d'dtaiii.

« Sire, ai-je dit, mon frère aspire à voire couche;

« Par moi, de votre nièce, il demande la main ! ■

Sa majesté, m’accueillant d’un sourire,

Ota sa pipe et voulut bien me dire :

« Celui qui vous envoie, ici nous fait honneur 1 K Notre nièce est sa femme, et moi son serviteur ! » (S’adressant gaiement à Péters et à George.) Parlez... Ne suis-je pas un bon ambassadeur?

DEUXIÈME COUPLET

Mais les traités de paix engendrent des batailles.

Il voulait peu donner et beaucoup obtenir;

De son vieux cabaret, relever les murailles,

Et comme tous les rois, en un mot, s’agrandir!

J'ai tout promis en adroit diplomate.

Alors m’a dit ce czar, cet autocrate:

K A celui qui t’envoie annonce son bonheur!

« Notre nièce est sa femme, et moi son serviteur! »

(A Péters et à George avec finesse.) Parlez... Ne suis-je pas un bon ambassadeur?

ENSEMBLE

GEORGE

Vive la diplomatie !

Vive une femme jolie !

PÉTERS. ' ’

(A part, regardant Catherine.)

Ce serait, sur mon honneur.

Un habile ambassadeur!

GEORGE, s'adressant à Catherine.

Mais CCS conditions qu'il exigeait pour me donner sa nièce* explique-moi comment lu as pu les exécuter?

CATHERINE, frappant sur son baril d’eau-de-vie.

Est-ce que depuis deux ans, il n'y a pas là pour moi, une mine d'or potable et liquide... rien qu'en tournant le robinet !

GEORGE

C'est vrai I

CATHERINE

Et sij'ai rêvélafortune ce n'étaitpaspour moi... mais pour toi, frère, que ma mère m'avait recommandé de protéger et d'établir; mes économies seront ta dot, et tu épouseras celle que tu aimes I

GEORGE

Non... non... ce n'est pas possible... je n’accepte pas !... car toi aussi, tu dois te marier.

CATHERINE

Je n'y songe pas...

GEORGE

Épouser un jour quelque brave garçon... quelque bon ouvrier... qui t’aime I..-

CATHERINE, froidement.

Je n’en connais pas!

PÉTERS

Pour ce qui est de ça , Catherine, tu ne dis pas vrai!

CATHERINE, tournant la tête vers lui d’un air dédaigneux.

Ah ! vous êtes encore là, maître Péters ?

PÉTERS

Tu sais bien que quelqu’un a pour toi de l'amour !

CATHERINE

De l’amour 1... allons donc ! est-ce qu’on a le temps d’y songer quand on se grise ou quand on se querelle toute la journée ?...

PÉTERS

Autrefois c’est possible ! mais j’ai juré...

CATHERINE, vivement.

Hier...* c’est vrai !... vous avez juré de ne plus jamais boire, ni vous disputer... et Danilowiiz le pâtissier que je viens de rencontrer m’a raconté, avec fierté, qu’à vous deux tout à l’heure vous vous étiez battus contre tous les ouvriers du port.

PÉTERS

Ils sont venus nous chercher querelle ! mais ils avaient commencé par me proposer de boire... et je les ai refusés... parce que jamais... je l’ai dit, jamais!

CATHERINE

C’est pour cela que dans ce moment encore... vous étiez là... le verre à la main...

Morbleu!...

CATHERINE

A merveille... de la colère...

GEORGE, avec impatience.

C’est ta faute aussi !

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