ACTE II
PÉTERS, brusquement à Danilawitz.
C’est vrai! mais je ne permets à Pierre de boire et de perdre la tête que lorsque le czar n’a plus besoin de la sienne. (.4 Tchérémétefj'.) J’avais fait dire à un régiment de grenadiers de Tobolsk de se diriger à marclies forcées sur le camp ; sont-ils arrivés?
TCHÉRé.MÉTEFF.
Non, sire !... {Se reprenant ) Non, capitaine!
PÉTERS
J’avais d'un autre côté envoyé l’ordre à une division de Tartares de se trouver ici dans la nuit?... vous n’en avez pas de nouvelles?
TCHÉRÉMÉTEFF.
Non, capitaine !
(Péters garde le silence et réfléchit.)
DANiLOwiTZ, impatienté et se hasardant à prendre la parole.
Capitaine! tout va refroidir.
PIF.RRE, brusquement.
Silence! ou je t’envoie en Sibérie.
'DANILOWITZ.
Pardon ! mais le souper ?
PIERRE, brusquement.
Le souper aussi !
DANILOWITZ, à part.
Ce ne sera pas le moyen de le récbanffer.
PIERRE, s’adressant à ses deux aides de camp qui sont restés debout à l’entrée de la tente.
Messieurs, nous ne souperons pas ensemble ce soir! A cbeval! Que les deux divisions que j'attends soient ici au point du jourl j’y compte! vous m’entendez!
{Les deux aides de camp s’inclinent et sortent.)
PÉTERS, gaiement à Danilowitz.
Et maintenant, Danilowitz, bonsoir aux affaires.
DANILOWITZ , gaiement.
Et à table! j’ai un appétit de Cosaque.
PÉTERS
Et moi, une soif à boire la Néva. ,
DANILOWITZ.
Alors les bouchons vont sauter !
PIERRE, à Tchéréméteff.
Surtout pas d’offiders pour servir le capitaine Péters, ce serait lui donner trop d’imporlanre... J'ai remarqué, en traversant le camp, de jolies lilles, ma foi! le baril sur l’épaule et la tournure guerrière .. vous nous les enverrez...
DANILOWITZ.
Pour nous servir à boire !
PÉTERS
Danilowitz a raison! , .
TCHÉRÉMÉTEFF, se récriant. '
Des vivandières !
DAMI.OWITZ, montrant Péters.
Quand elles sont jolies, maitre Péters ne les dédaigne pas. PÉTERS, bas à Daniloivitz.
Par souvenir et par reconnaissance... Je croirai voir Catherine!
{Tckéréméteff s'incline et sort.)