SCÈNE XII
PRASGOVIA , CATHERINE.
PRASGOVIA , gaiement à Catherine, Et moi , pendant ce temps , que je te raconte une aventure î... Le vieux bourgucmeslre qui t'adore — c'est connu I Me voyant tout à l'heure, en coelume de mariée, m'a regardée
d'un air ému... attendri... Tu crois peut-être que je vais sur tes brisées... Rassure-toi I (à demi-voix) il m'a priée de te remettre à toi... à toi seule, a-t-il dit , d'un air mystérieux, cette lettre... {la tirant de sa poche) quelque billet doux! et d'un bourguemestre, ça doit être drôle 1
CATHERINE , vepoussant le billet qu'elle lui présente. Lis ! jo n'ai pas de secret pour toi l
pRAscoviA, ouvrant la lettre vivement.
Quel bonheur 1 {parcourant les premières lignes) ahl mon Dieu I
CATHERINE, inquiète.
Qu'est-ce donc ?
PRASCOVIA, lisant avec émotion.
Les officiers moscovites ont imposé la ville à une douzaine de recrues, et le bourguemestre te prévient, en ami, que si tu ne trouves pas sur-le-champ un remplaçant à George qui est désigné...
CATHERINE, prenant vivement la lettre qu'elle achève. Il partira ce soir môme comme soliat ! PRASCOVIA, avec colère.
Partir ce soir ! mais c'est indigne I c'est affreux ! un jeune homme qui allait se marier !
CATHERINE
Tais-toi {regardant la maison à gauche) George, qui s'habille, va t'entendre !
PRASCOVIA, pleurant.
Si encore le mariage avait été faiti DUO.
Ah ! quel dommage!
Ah ! quels legrels i Croyez donc au mariage , Le mien ne viendra jamais î
CATHERINE, qui, pendant ce temps, a récé.
Allons, enfant, I*lus de tourment !
Ne pleure plus, et Ton le mariera.
PRASCOVIA. essuyant ses yeux.
Vraiment î vraiment J il aurait pour cela Un congé d'une heure î
CATOEIUNE.
D'une heure!
Avec le bourg-uemeslre ici on s'enlentlra !
pRAscoviA , riant.
Quelle joie enivre mon âme !
0 bonheur!... ô bonheur ! je serai donc sa femme! {Pleurant),
Mais le quitter une heure après!
C'est peut-cire encor plus lerrible !
J'en mourrai, je crois, de regrets.
Ah! ah ! ah! ah I ah! ah!
CATHERINE
Allons, sèche tes pleurs! on fera son possible Pour l'avoir quelques jours !
PRASCOVIA, vivement et essuyant ses pleurs.
Combien !
CATHERINE
Cinq ou six !
PRASCOVIA, pleurant.
C'est bien peu, ma soeur ! Ah ! ah î
CATHERINE
Eh bien !
Si c'était toute une semaine ?...
PRASCOVIA , gaiement.
Vrai 1 (Se remettant à pleurer.) Ah ! ah ! CATHERINE.
Qu'as-lu doue encore à l'attrislcr?
PRASCOVIA
C'est que... quand, le dimanche, il faudra se quitter^ Juge donc qu'elle peine !
Eh bien I... quinze grands jours?
PRASCOVIA, poussant un cri de joie.
Ah ! j'en rends grâce à Dieu.
On a du moins le temps...
CATHERINE
Quoi !
PRASCOVIA
De se dire adieu î
ENSEMBLE