SCÈNE IV
GRITZENKO, CATHERINE.
CATHERINE, avec fatuHé.
Ah 1 j'espère que maintenant le caporal n'aura plus de
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doutes,., s'il en avait... eh ! si vraiment! ses yeux ne nie quittent pas d'un instant.
{Elle se met à fredonner d'un air indifféreiit,)
Jeune soldat, quoi air te permets-tu de chanter là ?
CATHERINE
La marche du czar !...
GRITZENKO.
C'est défendu.
CATHERINE
Allons donc 1... la marche sacrée.
GRITZENKO.
C'est égal ! le colonel Kermeloffa défendu à notre régiment de la jouer.
CATHERINE
Pourquoi ?
GRITZENKO.
Je n'en sais rien ! dans le militaire on obéit et on ne raisonne pas ! [gravement) approche ici, jeune soldat ! CATHERINE, prête à refuser.
Moi ! {à part) allons 1 obéissance passive ! il n'y a pas à plaisanter avec la discipline moscovite 1 [s" approchant de Gritzenko) me voici, caporal !
GRITZENKO.
Regarde-moi, maintenant... je te dis de me regarder... ce n'est pas désagréable, je pense.
CATHERINE, le regardant.
Au contraire, caporal !...
GRITZENKO.
Surtout depuis que j'ai coupé ma barbe I {avec un soupir) car il Ta fallu ! et par Sakinka mon patron. cATHEniNE, riant.
Saint Alexandre l votre grand juron !
GUITZENKO.
Onfne nous permet que la moustache... et encore !...
CATHERINE, à part.
Que diable me veut-il?... (à Gritzenko qui la regarde toujours) qu'est-ce que vous trouvez donc à mon visage?..
GUITZENKO.
Je le trouve incompréhensible... attendu que tu ressembles comme deux grains de poudre... à une jolie fille... une cantinicre, quej'ai rencontrée dernièrement en Finlande, dans les environs de Wyborg.
CATOERINE.
Une cantinière... avec un baril de Dantzig, première qualité I
GRITZENKO.
De la bonne eau-de-vie ma foi I
CATHERINE
C'était ma sœur !
GRITZENKO.
Je comprends maintenant la similitude I les mômes traits, la même taille... pas plus haute qu'un sabre de cavalerie, mais ayant le diable au corps... Sakinka. CATHERINE , vivement.
Outrager ma sœur I
On ne l'outrage pas, jeune recrue, on veut seulement vous dire, par là, qu'il y a une douzaine de jours. .. moi, Gritzenko, je n'étais rien qu'un pandour, enrôlé dans les Kalmouks de l'Ukraine... troupe irrégulière, non soldée et n'ayant pour paie que le pillage qui ne donne pas toujours... parce que le paysan qu'on a pillé la veille est stupide, Sakinka ! impossible de le faire contribuer le Fendemain I
CATHERINE
Il se défend !
GRITZENKO.
Non 1... il n'a plus rien ! ni nous non plus ! Sakinka.
CATHERINE, uvcc impatience.
Eh bien?
GRITZENKO.
Eh bien, tout en me versant du Dantzig, la cantinière... je veux dire la sorcière... m'avais prédit que j'entrerais dans la garde impériale... ça n'a pas iDanqué : j'ai été nommé par ordre non-seulement soldat... mais caporal !... rien que cela,
Sakinka !
CATHERINE
Est-il possible!...
GRITZENKO.
Vous en voyez les galons !... sans le visa desquels je n'y croirais pas encore !
CATHERINE , haut à GritzeTiko, Et ainsi nous voilà caporal dans la garde, gagnant six kopecks par jour !
GRITZENKO, à demi-voix , Bien davantage 1... vingt, trente, quarante kopecks chaque soir!
CATHERINE
Comment cela ?
GRITZENKO.
Toujours par suite de la fortune... que ta sœur à vue là... dans ma main !... On a beau être caporal... ça n'empêche pas les soucis et les regrets. Je n'en avais qu'un... celui de ma barbe qu'il m'avait fallu couper pour entrer dans la garde... c'est l'ordre despotique et formel du czar... et j'en gémissais un jour... quand un ofTicier qui m'entendit... me serra la main en me disant à voix basse : C'est bien. Tu es des nôtres!... prends ce papier et lis I... — Oui, mon officier. — Aussi, fidèle à la consigne , j'ai pris le papier et ne l'ai pas lu, Sakinka !
CATHERINE
Pourquoi ?
GRITZENKO.
Parce que je ne sais pas lire !... mais le papier contenait vingt copecks que j'ai placés là [montrant son gousset) , et le lendemain au soir, en passant rapidement devant moi, on m'a demandé : As-tu exécuté mes ordres ? — Oui, mon officier, autant que j'ai pu! — Bien ! continue ainsi? El il m'a remis un autre papier qui contenait trente kopecks , et hier soir, quarante... en me disant : Place-les de même?... ce que j'ai fait... [montrant son gousset) , mais bientôt il n'y aura plus de place... tant il y a foule... Sakinka !
CATHERINE, aVCC finCSSC.
C'est que vous avez gardé les papiers ?
Oui, sans doute...
CATHERINE
C'est un toil... ça tient de la place.
GUITZENKO.
C'est juste !
(// les lire de sa poche et va pour les déchirer.) CATHEHiNE, Ic retenant.
Un instant... je peux vous dire ce qu'il y a là... moi qui
GRITZENKO , avec étonnement,
CATHERINE
sais lire...
Tu sais lire..
Sans doute !
GRITZENKO.
Et lu ne sais pas faire l'exercice... voilà un cadet singulièrement éduquél {A Catherine qui a pris les papiers et qui les lit.) Eh bien... qu'y a-t-il?
Il y a : Gratifications pour le caporal Gritzenko.
GRITZENKO.
Preuve que la lecture est inutik', car sans le savoir... j avais deviné cela...
CATHERINE, à part , lisant le papier,
a Dix kopecks par jour, pour chacun des soldats que le ca- « poral enrôlera dans notre entreprise. » Quelle entreprise? et qu'est-ce que cela signifie ?
Silence !... voici mon colonel, avec d'autres de ses amis 1... le vieux colonel Kcrmoloff, un ancien Strelitz. Saluez, jeune soldat? [Grifzenho et Catherine portant la main à leur front et restent immobiles,