SCÈNE XII
{Le jour vient de se lever.) Les précédents ; GRITZENKO, paraissant au fond,àla tête d'une patrouille, tandis qu'un officier entre sous la tente par la droite.)
l'officiek, présentant une lettre.
Au commnjandant Péters, le {jonéral...
pÉTERs, tout à fait gris.
Au diable !
Que me veut-il?
{A Danilowitz.)
Tiens, lis !
DANILOWITZ, après avoir lu.
Ah î c'est inconcevable !
(A Péters,)
Venez 1
PÉTERS, chancelant.
Non pas, je reste î
DANILOWITZ , regardant Péters avec frayeur.
O ciel !
PÉTERS
Vas-y, vas-y !
Pour moi, je suis trop bien ici I
{Danilowitz sort vivement par la droite avec le soldat, laissant Péters seul avec les deux vivandières. Pendant ce temps, Gritzensko et sa patrouille^ après avoir relevé le factionnaire qui est derrière la lente, et qu'on ne voit jms , revient à gauche vers tatherine.)
GRITZENKO.
Le caporal, à son devoir fidèle, Viens lelcvcr la sentinelle !
(Apercevant Catherine qui vient de retourner vers la la tente et qui regarde.)
CATHERINE, avcc coUve et jalousie.
Seul à présent î
GRITZEKKO.
Que vois-jeî un soldat indiscret D'épier ses chefs se permet !
(Frappant sur V épaule de Catherine.)
Jennc soldat I
CATHERINE , avec tnipatience et sans se retourner.
C'est bien !
GRITZENKO
Voici votre heure !
On vient vous relever.
CATHERINE , regardant toujours.
Je ne veux pas partir 1 GRITZENKO.
Quittons ces lieux 1
CATHERINE, avcc jalousie.
Non pas ! non, non, non, j'y demeure.
Je reste là ! quand j'y devrais mourir ! GRITZENKO.
Mais la consigne !
CATHERINE
Elle me choque !
La discipline l
Je m'en moque î GRITZENKO.
Le châtiment...
CATHERINE
Ça m'est éjjal !
Et je me ris de lui...
{A Gritzenko qui veut Vemmener de force.)
Comme du caporal !
[Elle lui donne un soufflet.) GRITZENKO, poussant un cri et portant sa main à sa joue.
Sakinkn I
ENSEMBLE
GRITZENKO.
Je suffoque de rarje !
Un sonfllet au visag-c, Caporal, quel ouhagc !
Pour moi, quel dé'^lionneur !
Accourez lout le monde, A moi ! qu'on me seconde Et qu'ici lout rci)onde A ma juste fureur !
CATHERINE, regardant du çôlé de la tente.
C'en est fait ! son outrage A jamais me dég:age !
Wécou(onr> que la rag-c Qui fait battre mon coeur.
Dans ma haine profonde, Qu'ici je le confonde, Et que le ciel seconde Ma jalouse fureur !
pÉTERs, SOUS la lente entre les deux^femmes,
O charmant badinage !
Amour libre et volagt", Qui pour un jour engag-c La Icte et non le coeur !
Beautés, reines du monde, Ç^WQ votre amour réponde A l'ivresse profonde DonI je ressens l'ardeur !
EKIMONNA et NATHALIE.
Cessez ce badinage.
Non, vous serez volage !
Et jamais jo n'engage Ma raison ni mon coeur !
Nous connaissons le monde.
Et, loin qu'on vous réponde, Bla sagesse profonde Défendra mon honneur !
A la voix de Gritzenko , plusieurs soldais viennent d'accourir. Le morceau finit à cet endroit avec grand bruit; mais larilournelle continue encore à V orchestre seulement, et en sourdine.
EKïMONNA, courant ouvrir les rideaux de la tente à gauche.
Eh I mais qu' 1 est ce l)ruil ?
{Les rideaux' de la tente qui sont ouverts laissent voir Peler s assis près de la table ^ tenant à la main sort verre que S aihalie vient de remplir,
GRiTZENKo, apcrcBvant Péter s en uniforme. Un capilaine l... c'est ce qu'il me faut... Justice, mon capitaine...
(// entre par les rideaux à gauche^ qu'Ekimonna vient d'ouvrir et s'avance sous la tente près de Pélers, Derrière lui, entre également Catherine que les soldats amènent.)
PÉTERS, complètement gris.
Encore un imporlim ! que viens -tu m'annoncer ? Parle, mais ne m'impatiente pas !
GRITZENKO.
Un soufflet que moi, caporal , j'ai reçu d'une recrue, d'un simple soldat.
pÉTERS, tenant son verre.
Eh bien I qu'on le fusille !... et sur le champ !
GRiTZEisKo, aux soldats qui entourent Catherine.
En avant ! marche !
CATHERINE, s'élançanl près de Péters.
0 ma mère ! fais que ma voix arrive a son cœur !
Pélers 1... Pélers l... regarde bienî... reconnais mes traits... c'est moi.
PÉTERS, ivre at regardant Catherine sans la reconnaître.
Toi I eh bien qu'on le fusille 1
CATHERINE, avec indignation.
Ah ! dana son ivresse il ne me voit pas... il ne m'entend pas... Soit, la mort 1 mais n*oublie pas qu'elle me vient de toi, Péters !
A ce dernier mot, gu'elle prononce avec force, Péters,
comme accablé jusque-là par les fumées de Vivresse ,
lève la tel c qu'il tenait baissée, aperçoit Catherine,
laisse tomber le verre qu'il tenait à la main ^ re-
pou5«o Ekimonna, c^NATiiAiiE,^tti accouraient auprès de lui^ et se lève en poussant un grand cri.
Pendant ce temps , les soldais de Gritzenko ont emmené Catherine, qui sort enjelant sur Péti:rs un dernier regard d'indignation et de mépris,
Péters sest levé. Il porte la main à son front et cherche à rappeler ses idées. La commotion violetite qu'il vient déprouver n'a pas encore totalement chassé l'ivresse; il y a encore un instant de lutte entre elle et sa raison; lutte que Vorchestre doit peindre. Enfin, il revient à lui.., fait un pas en avant et s'écrie avec force,
PÉTERS
Arrêtez I
{Ici finit la ritournelle sur un grand air d'orchestre,) GRITZENKO, qui S est tenu à la porte de la tente à gauche, accourt à la voix de Pélers, Que voulez -vous dire, capitaine?...
PÉTERS, toujours avec égarement.
Cette ressemblance... cette voix!... ce dernier mot surtout... {A Gritzenko.) Je veux voir ce soldat... et l'interroger... Cours !... ramène-le moi... ou le knout... GRITZENKO, poussant un cri, Sakinka !...
{Il sort en courant par la gauche de la tente, au moment où Danilowiiz entre par le fond.)