SCÈNE II
DANILOWITZ revient de Péter s qui est resté seul, debout^
au milieu du théâtre.
DANILOWITZ (à Péters, lui frapj:ant sur lépaule, après un
instant de silence]. Tu es Moscovite?
PÉTERS
C'est vrai I
DANILOWITZ.
Comment te trouves-tu dans la Finlande ?
PÉTERS
Je ne voulais que la traverser... et un jour que je m'étais mis en colère... je suis tombé comme frappé d'un coup de sang.,, dans ce village.
DANILOWITZ.
Étais-tu seul?
PÉTERS
Non. Mais des ouvriers avec qui je voyageais, et qui étaient comme loi, qui ne me connaissaient pas... m'ont abandonné... une jeune tille qui demeure là... [montrant la maison à gauche) m'a secouiu.
DANILOWITZ.
Mais dès le lendemain lu allais mieux... et tu n'es pas parti?
PÉTERS
Ce village me convenait.
DANILOWITZ.
N'est-ce pas plutôt la jeune fille qui te plaisait...?
PÉTERS
C'est possible !
DANILOWITZ.
Ils disent tous que lu en es amoureux...
PÉTERS
Peut-ôlrcl un caprice 1...
DANILOWITZ.
Ils prétendent que tu as pris de l'ouvrage [montrant la
droite),., là, dans ce chantier, parce qu'elle y vient tous les jours vendre de Teau-de-vie ou du rhum aux ouvriers.
PÉTERS
La vérité est que son rhum est excellent.
DANILOWITZ.
Ils ajoutent même que pour la voir de plus près, tu vas soir et matin chez son frère George Skawronski , menuisier et ménétrier du village, pour y étudier sur la flûte l'air que Catherine préfère.
PÉTERS
Si je le préfère aussi, qu'est-ce que cela te fait? mais, par saint Nicolas, voilà assez longtemps que \u m'interroges... et toi, qui est si curieux, qui es- tu?
DANILOWITZ.
Danilowitz, Moscovite comme toi, et maître pâtissierl Mais il n'y a rien à faire dans ce pays ; j'ai envie de retourner dans le mien servir le czar Pierre.
PÉTERS
Bah! un brutal 1
DANILOWITZ.
Je ne dis pas non ! mais il a de la tête , du cœur, et il en donne à ses soldats, qui, rien qu'en entendant retentir la Marche sacrée, se feraient tous tuer.
PÉTERS
Qu'est-ce que c'est que la Marche sacrée?
DANILOWITZ.
Celle que sa garde jouait à Pultawa , et qu'il a , dit-on , composée lui-même.
PÉTERS
Ah !... il est musicien?
DANILOWITZ.
Il fait, dit-on, tous les métiers.
Tant pis !
DAKILOW^ITZ.
Tant mieux... il y en aura dans le nombre quelqu'un qui me conviendra, et comme je veux arriver...
PÉTERS
OÙ cela ?
DANILOWITZ.
Aussi haut que possible.
pÉTEBs, le regardant avec étonnement.
C'est justement là que je vais.
DANILOWITZ.
Eh bien, si tu veux faire roule ensemble...
PÉTERS
Tu me suivras ?
DANILOWITZ.
Fût-ce au diable !
PÉTERS
Il se peut que je t'y conduise.
DANILOWITZ, lui tenant la main.
Alors, tu es mon homme.
PÉTERS
Tu seras le mien [la lui prenant).., soldat, puis officier.
Et général l
PÉTERS, riant.
Et prince l
DANILOWITZ.
Pourquoi pas?
PÉTERS , de même.
Tu vas plus vite que moi...
DANILOWITZ.
Et des richesses, des honneurs, des plaques, des cordons...
PÉTERS, de même.
Tu ne m'en laisses pas...
DANILOWITZ.
Dam 1 quand on prend du ruban 1...
PÉTERS
A tantôt... c'est dit.
[Daniloivitz lui donne une poigjiée de main et sort.