‹ L'Etoile du Nord, opéra-comique en trois actesChapitre 8 sur 59 · PÉTERS, GEORGE · texte numérisé non relu

PÉTERS, GEORGE

Vive la diplomatie !

Vive une femme jolie I

{A part, regardant Catlierine).

Ccsoiaif, stir mon honneur, Un habile ambassadeur !

GEORGE, s' adressant à Cathejme. Mais ces conditions qu'il exigeait pour me donner sa nièce, explique-moi comment tu as pu les exécuter?

CATHERINE, frappant sur son baril d'eau-de-vie. Esl-ce que depuis deux ans, il n'y a pas là pour moi , une mine d'or potable et liquide... rien qu'en tournant le robinet!

GEORGE

C'est vrai I

CATHERINE

Et si j'ai rêvé la fortune ce n'était pas pour moi... mais pour toi, frère, que ma mère m'avait recommandé de protéger et d'établir ; mes économies seront ta dot, et tu épouseras celle que tu aimes 1 •

GEORGE

Non... non... ce n'est pas possible... je n'accepte pas!... car toi aussi, lu dois te marier.

CATHERINE

Je n'y songe pas...

GEORGE

Épouser un jour quelque brave garçon... quelque bon ouvrier... qui t'aime 1...

CATHERINE, froidemeut.

Je n'en connais pas !

r ET ERS.

Pour ce qui est de ça, Catherine, tu ne dis pas vrai 1 CATHERINE, toumant la tête vers lui d'un air dédaigneux.

Ah 1 vous êtes encore là, maître Péters?

Tu sais bien que quelqu'un a pour toi de l'amour 1

CATHERINE

De l'amour!, .allons donc! est-ce qu'on a le temps d'y songer quand on se grise ou quand on se querelle toute la journée?

PÉTERS

Autrefois, c'est possible ! mais j'ai juré... CATHERINE, vivement.

Hier... c'est vrai !... vous avez j uré de ne plus jamais boire, ni vous disputer... et Danilowilz, le pâtissier que je viens de rencontrer, m'a raconté, avec fierté, qu'à vous deux tout à l'heure, vous vous étiez batlus contre tous les ouvriers du port.

PÉTERS

Ils sont venus nous chercher querelle 1 mais ils avaient commencé par me proposer de boire... et je les ai refusés... parce que jamais... je l'ai dit, jamais I

CATHERINE

C'est pour cela que dans ce moment encore... vous étiez là... le verre à la main...

PÉTERS

Morbleu 1...

CATHERINE

A merveille .. de la colère...

GEORGE, avec impatience ' C'est ta faute aussi 1

PÉTERS , vivement. N'est-ce pas?

GEORGE

Et si lu le rudoyais moins...

PÉTERS

C'est justement ce que je dis !

CATHERINE

Écoute, George? te rappelles-tu ce que me disait ma mère... quand elle regardait si attentivement dans nos traits, dans nos yeux...

GEORGE

Oui...

CATHERINE

Et la nuit de sa mort... (]uand elle cherchait à lire pour nous dans les astresl... Cath(rine... disait-elle... chacun a son étoile, la tienne qui brille au Nord, au-dessus de toutes Irjs autres, te réserve de bizai res destinées...

pÉTERs, avec intérêl, Éa vérité.,.

CATHERINE

Quelqu'un viendra qui, par son mérite, s'élèvera bien haut... et cette fortune qu'il le devra en partie... il la partagera avec toi I

PÉTERS, vivemimt.

Ta mère a dit cela?

C'est vrai! je l'entends encore... à telles enseignes qu'elle a ajouté... « Tu seras cause par là de la fortune de ton « frère... qui, sans cela, ne la ferait jamais... » CATHERINE, à Geovgc,

Ce n'est pas là ce que j'ai voulu dire [sereiournantversPé' ters). Mais ceci , Péters 1 lorsque tu étais sans connaissance... prêt à mourir... et que je t'ai secouru... il y avait dans ton regard, au moment où te revins à la vie, quelque chose de noble, d'élevé, que parfois je retrouve encore... c'est comme un éclair de feu que je n'ai vu briller dans les yeux de personne; aussi... je me disais : ce n'est pas là un homme ordinaire...

PÉTERS

Tu pensais cela...

CATHERINE

Oui, d'abord... mais maintenant...

GEORGE

Tu n'a plus la même idée...

CATHERINE

Non!

PÉTERS , vivement.

Et pourquoi? Dis-le donc... je le veux !... je le veux! CATHERINE, oprès uïi inslaut de silence.

Voilà un mot que tu prononces trop souvent! Eh bien, tu veux Irop vite et trop vivement pour vouloir longtemps ! Je ne te parle pas ici d'amour, mais de tes autres penchants... Tu avais appris l'état de charpentief, et tu le savais à peine que tu as voulu prendre celui de menuisier 1... Tu commençais à y réussir que tu as voulu devenir musicien , et comme

tu fais déjà quelques progrès, tu vas probablement t'en dégoûter bientôt. Tu commences tout... tu ne finis rien ; or, on n'arrive que par la patience et la persévérance,et tu n'en as pas! pÉTERs, s'animant.

J'en aurai... J'aurai de la fermeté... Tu le verras!

CATHEUINE.

Erreur!... Tu te crois de la fermeté... parce que tu as de la colère.

PÉTERS, se contenant d peine.

Ne répète pas cela ?

CATHERINE

Et dans ce moment même, parce qu'en amie je te dis tes vérités et tes défauts... tu as peine à m'écouter jusqu'au bout et à rester calme 1

PÉTERS

Ahl ce n'est pas cela... mais c'est toi qui, avec ton sangfroid et ton indifférence, me rendrais furieux, et je ne sais qui me retient...

CATIIEIUNE.

Me battre aussi {avec fier té jl te crois-tu déjà mon seigneur et maître.

PÉTERS

Pardon 1 pardon, Catherine, c'est plus fort que moi... c'est un malheureux défaut que je n'ai jamais"~pu réprimer.

CATHERINE

Qui ne peut se vaincre soi-même , ne sera jamais, ni un bon mari... ni un bon maître !

PÉTERS, hors de lui.

Ah! c'en est trop! ce mot-là... Catherine... ce mot-là... (s' arrêtant et cherchant d se modérer.) Je te prouverai, à toi qui parles... que j'ai une volonté... et que je sais la maintenir... d'abord je venais ici ce matin pour te faire mes adieux !

CATHERINE, avcc émotion.

Ahl...

PÉTERS

Mes derniers adieux... j'o quitte ce pays... je n'y reviendrai plus... je ne t'aimerai plus... je t'oublierai l

cATBERiNE, de même.

Soit!

PÉTERS

Et tu ne sais pas CatheriDe... tu ne sais pas ce que lu perds...

CATHERINE

Je retrouverai toujours aisément un aussi mauvais caractère... et toi Pélers, tu auras peut-être de la peine à rencontrer une amie aussi sincère !

PÉTERS, revenant.

Que dis-tu?

CATHERINE

Va-t-endonc!... va-t-eni tu y est décidé... tu nous Tas dit!

PÉTERS

Eh bien, oui... je pars.

(// fait quelques pas pour sortir,)

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