‹ L'étranger; action musicale en deux actesChapitre 19 sur 23 · UN VIEUX PÊCHEUR · texte numérisé non relu

UN VIEUX PÊCHEUR

Hier soir, il est sorti malgré les menaces de grain, car il n'avait rien pris de la semaine.

d-es hommes.

C'est vrai ; il a passé toute la nuit en mer.

tous.

Dieu ait pitié de lui ; Dieu sauve son âme !

Quol(iucs-uns font le signe de la croix el les deux groupes se séparent,

allant en deux directions opposées.

De plus en plus forte se fait la houle. Au milieu d'une rafale on voit arriver André, liàtif. Il apcrcjoit Vila et

court à elle.

ANDRK.

Vita ! Que regardes-tu donc, Vita ? Tu vas te faire rouler par la lame 1

Voyant qu'elle ne bouge pas, il la saisit par le bras et l'entraîne vivement jusqu'au premier plan.

Ecoute ; il faut que tu t'expliques ! On me dit que c'est toi, toi-même, qui as fait différer l'annonce de notre mariage... Est-ce possible ?

Vita, sans se tourner vers lui, fait un signe d'affirmation.

As-tu donc oublié, méchante, mes baisers, mes caresses, tous nos serments d'amour ? Tu ne m'aimes donc plus ?

Vita secoue la tôte tristement.

Allons donc ! C'est sûrement pour rire ! — Vois, je viens de chez toi ; là, ta mère m'a dit que tu étais ici, et je suis accouru sans rancune.

Il lui présente un écrin.

Tiens, regarde ; en gage de nos fiançailles, je t'apportais ce collier d'argent fin...

Lentement, sérieusement, Vita tourne la léle cl regarde André.

VITA

Est-ce ta part de prise ?

ANDRÉ

Je ne comprends plus... Depuis hier lu es toule changée ; peut-être c'est l'orage...

VITA

A la mer je suis fiancée !

l'iîtiunger. 37

ANDRE

Ah ! ça, Vita, tu te moques de moi !

(Avec un àci-e -lépit.) EIi bien, si, maintenant, tu renies tes promesses, si tu ne veux plus de moi, reprends ta parole, la belle ! Bien d'autres me consoleront ! Car il me faut, à moi, une amoureuse, une vraie amoureuse de chair, et non pas une fille insensible, sans cœur, sans foi, sans âme, comme toi !

Il va comme pour s'éloigner, puis se retourne encore vers Vila, toujours immobile, indifférente.

Tu ne dis rien ?... A ton aise, la blonde ; tu t'es jouée de moi, à présent c'est mon tour.

Je m'en vais... Tu entends: je m'en vais ! Et je ne viendrai plus te chercher, tu peux le croire !

Il s'éloigne définitivement par le sentier au premier plan, à gauche.

Vita est restée debout à la place où André 1 avait laissée, au premier

plan, à droite. Elle est complètement tournée vers la mer. La tempête s'est élevée. De puissantes lames déferlent jusi|u'au-dessus du

môle, couvrant la place d'une écume lumineusement verdàlre. Quelques hommes arrivent par la route de droite. Ils restent au fond, agités,

les regards vers la mer

Des femmes accourent, venant du village, puis, de toutes les directions,

une foule de pécheurs et de paysans. Tous désignent un point de l'autre

côté du môle.

LA FOULE

Le bateau ! Ohé ! le bateau !

Il est là ! — Il n'a plus de mature. Voyez ! il dérive vers le grand rocher...

Il dérive tout droit vers le grand rocher !

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