SCENE m
L'Etranger a disparu — Vita, sortant de sa prostration, se dresse soudain, tournée vers l'Océan.
VITA
0 mer ! sinistre mer aux colères charmeuses ; 0 mer ! ô mer ! ô mer !
Très douce mer aux caresses mortelles, Entends-moi, entends-moi, entends-moi !
Solennelle, illuminée, quasi hiératique, elle marche vers la mer, tandis que des voix mystérieuses se font entendre au lointain.
Arrêtée au coin du môle, elle étend la main droite vers l'infini.
Je jure que ma vie est à lui pour toujours ; Je jure qu'il emporte avec lui mon âme ; Je jure que mon corps de vierge, toi seule, ô mer, tu le posséderas !
En un geste de consécration, elle élève au-dessus de sa tète l'émeraude sainte, rayonnante de sinistres lueurs.
Reçois, Ô mer, en gage du serment, la pierre sacrée, la sainte émeraude !
Que nul ne puisse plus invoquer sa puissance ; que nul n'éprouve plus sa vertu salvatrice ; mer jalouse, reprends ton bien, dernier présent de ta fiancée !
D'un large geste elle lance l'émeraude dans les flots qui se colorent soudainement en vert sombre sous le ciel plus noir.
La surnaturelle lueur verte va s'étendant peu à peu jusqu'à la ligne d horizon et la mer s'émeut en une houle menaçante.
A cet instant, deux groupes de marins et de pêcheurs, l'un venant du village, l'autre remontant du port, se croisent au milieu de la scène. Revêtus du suroît dont la plupart ont rabattu le capuchon sur leur tète, ils se parlent un moment, aux premiers plans, sans voir Vitaqui, immobile, sculpturale, n'a pas bougé de place et considère obstinément la mer.
La fantastique lueur verte s'est effacée, mais le temps est resté sombre cl terrible.
DES HOMMES
Sainte Vierge, quel temps I
l'ktuangeu. 35
1) AUTllES.
La tempête vient du large.
LKS l'IlKMlKRS.
Est-il quelque bateau sorti ?