OUVRIÈRE
Oui, l'Angelus sonne seulement.
Les deux ouvrières passent et s'éloignent par la roule' vers le village.
Alors, c'est une théorie déjeunes filles, se tenant par la main, (jui entre eu deux groupes, dans le balancement rythmique d'une ronde populaire.
LES FILLES
« Dans la tour du palais, Le long du quai, Joli mois de mai ;' Dans la tour du palais
Y a-t-une Flamande,
Y a t-une Flamande.
« Sont deux gentils cadets.
Le long du quai,
Joli mois de mai ;
Sont deux gentils cadets.
Tous les deux la demandent,
Tous les deux la demandent. »
Les jeunes filles du premier groupe s'arrêtent. Après s'être coùcertées entre elles, elles se rangent en rideau devaiit l'Etranger et interpellent l'une de leurs compagnes.
Sst ! Sst ! Hé ! Vita ! Vita ! regarde : voilà ton amoureux.
L ETRANGKR.
Au moment où Vita s'avance vers elles, les jeunes fiiles démasquent
l'Etranger en riant aux éclats.
Vita s'est arrêtée subitement. Les filles l'entourent et la questionnent.
VITA
Grandes folles ! -
LES FILLES
On dit que tu lui parles à cet étranger, à ce sorcier de grève
VITA
Oui, quelquefois Il me dit les courses lointaines;
il me raconte les secrets de la mer ; je n'ai pas. comme vous, de haine contre lui.
Bonsoir, les filles.
Elle se dirige vers le fond, à gauclie ; les filles l'arrêtent, moqueuses.
LES FILLES
OÙ vas-tu ? Où vas-tu donc, Vita ? Ce n'est pas là le chemin qui mène chez ta mère
d'autres.
Mais c'est par cette route que doit venir André, André, le beau douanier.
Vila se retourne vers les jeunes filles.
VITA
Eh bien, oui ; c'est André, mon bel André qui m'aime et m'a choisie et que j'épouserai dans quelques jours. — Il porte le galon d'argent sur la manche, et je l'aime parce qu'il est beau !
LES FILLES
Bonsoir, Vita, bonsoir ; embrasse-le pour nous !
Vita s'éloigne par le sentier fie gauche, au fond.
Les filles ont reformé leurs théories ; elles disparaissent en chaulant au tournant de la route.
« Sont deux gentils cadets,
Le long du quai,
Joli moi de mai ;
Sont deux gentils cadets,
Tous les deux la demandent,
Tous les deux la demandent. »
On voit paraître sur la route, à droite, une femme, tenant deux enfants par la main. Elle va au-devant d'un vieillard qui est entré au premier plan à gauche. — Dès que les enfants ont aperçu l'Etranger, ils le menacent en des gestes craintifs.