LES ENFANTS
Hou ! hou ! au loup ! au loup !
L'Etranger, iulerrompaut son travail, jette sur le groupe un regard bienveillant et triste.
Il écoute.
LE VIEUX
Et Jean-Marie, ton homme, n'est pas rentré ?
LA FEMME
Non ; il va rester toute la nuit en mer pour nous rapporter de quoi vivre demain ; il n'y a plus d'argent à la maison et les enfants ont faim...
LE VIEUX
Misère ! Et moi, je suis trop vieux
l'étranger (prenant une subite résolution).
Ho ! Pierre ! viens un peu.
Vita a reparu au fonH, elle assiste à la scène sans être vue. — La fenioïc regarde l'Etranger avec méfiance.
LA FEMME
Que nous veut-il, cet oiseau de malheur ?
l'étranger (au vieux)
Ecoute : je n'ai pas besoin de ma pêche aujourd'hui ; veux-tu la vendre pour ton compte ?
LE VIEUX
Ah ! c'est trop nous insulter !
Pson, vrai, prends-la, vieux Pierre, je te l'offre de bon cœur. — Nous vendrons de moitié, si tu veux.
Allons, prends. Songe donc que, peut-être, les enfants ne mangeront pas ce soir
l'rtrangrr. 1.-)
Il attaclie sa hotte pleine de poissons sur le dos du vieux qui se laisse faire interdit.
LE VIEUX
Quoi, tu ferais cela ? Tout ra... pour nous ?
l'ktrant.er.
Allons, dépêche ! Vite, descends au port, sans quoi les commis seront déjà partis.
Le vieux descend vers le port et se retourne à l'appel de l'Etranper.
Ho ! Pierre ! — au fait, tu peux bien tout garder
(désignant les enfants) ; c'est pOUr CUX. LES ENFANTS.
Hou ! hou ! au loup !
LA FEMME
Assez ! — Venez, vous autres.
Elle prend les enfants rudement par !a main et s'éloigne dans la direction du port.
L'Etranger s'est assis de nouveau. 11 prend son filet dont il commence à raccommoder les mailles. — Vila, émue, s'avance dabord vivement vers l'Etranger (pii lui tourne le dos, mais, comme si elle avait houle de ce mouvement, elle passe Iranquillemeiil devant lui, sans le regarder.