‹ L'étrangère: comédie en cinq actesChapitre 17 sur 102 · ACTE PREMIER. Î · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER. Î

pas, et qui ne puisse vous renseigner sur elle; mon mari et mon frère par exemple; seulement je ne vous garantis pas leur sincérité : ils sont des plus grands admirateurs de cette dame.

d'hermelinbs.

Mais, chère amie, nous sommes allés chez mistress Clarkson comme on va partout à Paris. Je vous Fai raconté. D'ailleurs, c'est votre frère, c'est Bernocourt qui m'y a mené.

BERNBGOtJET.

Mol, je l'ai connue à Monaco. Je ne jouais pas, bien entendu ; je regardais. Elle était là, debout, souriante, à la table de la roulette. Je la vois encore chiffonnant les billets de banque de ses petites mains ou plutôt de ses petites griffes gantées qui passaient au milieu des têtes des joueurs pour déposer sa mise ou ramasser son gain. Elle jouait le maximum à chaque coup. On eût dit qu'elle cherchait une émotion qu'elle ne parvenait pas à trouver. Ce soir-là, elle perdit soixante-dix ou quatre-vingt mille francs et quitta la table en disant comme s'il se fût agi de quelques pièces d'or : «Je n'ai pas de chance aujourd'hui.» Le lendemain, elle gagna cent mille francs sans témoigner plus d'émotion que la veille. « La chance est revenue », dit-elle toujours du même ton. Ht, poussant sa masse de billets et d'or devant l'inspecteur, elle ajouta : a Ayez la bonté, monsieur, dem'envoyer tout ça demain. » Après quoi, elle prit le bras d'un de ses courtisans qui Tescortaient au nombre de trois ou quatre. Je les connaissais tous; je me fis présenter à elle. Depuis, je la retrouvai à Paris» toujours élégante, toujours entourée, toujours impassible.

MADAME d'hERHELINES.

Cet argent qu'elle gagne au jeu, je vois bien d'où il lui vient; mais celui qu'elle perdait, d'où lui venait-il? Et ces rivières de diamants qui inondent ses épaules b l'Opéra, si bien qu'elle a l'air d'un second lustre...

d'hermelines.

Qui éclaire mieux que le premier.

MADAME d'hermelines.

D'où viennent-elles, ces- rivières?

MADAME GALMERON.

Gomme toutes les grandes rivières, des petits ruisseaux.

GALMERON.

Pour le plaisir de faire un mot, chère amie, vous accusez peut-être faussement; car j'ai regu, moi, cette année, près de deux millions pour mistress Clarkson, sans compter pareille somme qu'elle avait déjà en dépôt chez moi, et je sais qu'elle a en outre un compte important à la Banque.

MADAME GALMERON.

Et d'où avez-vous reçu cet argent, car ce n'est pas moi qui tiens vos livres de caisse?

GALMERON.

D'Amérique, et, comme en Amérique on trouve de l'or dans les petits ruisseaux, votre mot devient un peu moins méchant.

MADAME GALMERON.

Et cet argent lui était envoyé par qui ?

GALMERON.

Par M. Clarkson.

MADAME d'hERMELINBS.

Son mari ?

GALMERON.

Son mari évidemment, qui fait de très-grosses affaires dans le Grand-Ouest, et qui, d'après les renseignements que mes correspondants m'ont transmis, est un homme des plus entrepi^enants et en même temps des plus honorables. Du reste, messieurs, vous aurez peut-être bientôt occasion de le voir, car, la dernière fois que j'ai dîné chez mistress Clarkson...

MADAME d'hERMELINES.

Avec madame Calmeron?

GALMERON.

NoQ. Elle n'avait invité que moi.

MADAME GALMERON.

Elle avait bien fait.

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