‹ L'étrangère: comédie en cinq actesChapitre 19 sur 102 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

plus de bonheur et peut-être plus d'originalité que ses semblables. Elle a beaucoup voyagé ; elle a habité New- York, Pétersbourg, Varsovie, Florence, Rome, Naples, Londres, et partout où elle a passé, on a raconté un scandale ou un drame auquel son nom étai^ mêlé. 11 y a eu en Amérique un procès dont elle était Théroïne : d<yix frères dont Fun avait tué Tautre pour elle. On parle d'un grand seigneur russe qu^elIe aurait rendu fou après l'avoir ruiné, et d'un diplomate fameux qui se serait brûlé la cervelle parce qu'elle aurait vendu des secrets d'État qu'il aurait euTknprudence de lui confier I Maintenant, qu'elle reçoive Socrate et se fasse épouser par Périclès, comme Aspasie; qu'elle soit assez riche pour offrir de rebâtir Thèbes comme Phryné; qu'elle soit capable de tourner la tête à un Louis XY comme la Dubarry, ou à un Nelson comme Emma Lyonna, je ne le nie pas et Dieu me garde de le lui reprocher trop haut dans le pays qui a immortalisé Ninon et qui en glorifiera tant d'autres I mais je comprends que, dans ces conditions-là, elle ne reçoive que des hommes parce qu'il ne doit pas y avoir dans le monde entier, parmi les femmes chez qui elle voudrait être reçue, une seule femme qui consentirait à la recevoir.

CATHERINE

Eh bien, mistress Glarkson a changé tout à coup d'avis, elle veut être reçue par nous et peut-être nous recevoir. Elle assiste à la fête qui a Heu dans ma maison, et elle vient de m» faire passer cette carte avec ces mots (eha nt.) : <r Alistress Glarkson sollicite de madame la duchesse de Septttonts l'honneur d'être reçue par elle ce soir, et de prendre une tasse de thé avec les amis qu'elle admet dans son intimité. Gomme mistress Glarkson est une inconnue pour la duchesse de Septmonts, elle payera cette tasse de thé vlngt-^inq mille francs, pour les malheureux au bénéfice desquels cette fête eM donnée. »

SEPTMONTS.

Et qu'avez-vous répondu, chère amie ?

CATHERINE

Comme, jusqu'à nouvel ordre, je suis de Tavis de madame d'Ermelines et de M. des Haltes à Tendroit de mis* tress Clarkson, j'ai répondu sur une de mes cartes : a La duchesse de Septmonts recevra ce soir mistress Clarkson et lui offrira une tasse de thé, s'il se trouve, parmi les parents ou les amis de la duchesse de Septmonts, un homme qui donne son bras à mistress Clarkson. Dans le cas contraire, la duchesse de Septmonts versera elle-même vingt-cinq mille francs dans la caisse de ses pauvres pour que ceux-ci ne perdent rien. » Maintenant, messieurs, que vous avez dit ce que vous savez et pensez de cette dame, s'il est quelqu'un parmi vous qui consente à lui offrir son bras, je suis prête à la recevoir.

Silence général.

SEPTMONTS, tolérant.

J'ai attendu quelques instants pour laisser à quelqu'un de nos invités le plaisir et l'honneur de vous présenter mistress Clarkson. Je suis même étonné que M. Mauriceau, que j'ai vu pour la première fois chez elle, ne se soit pas offert le premier. Comme je ne crois pas auY légendes que mon camarade des Haltes vient de nous répéter , ce qui ne saurait te blesser, mon cher Guy, puisque tu n'as été témoin d'aucun des faits qu'on t^a rapportés; comme mistress Clarkson m'honore de son amitié et de sa confiance ; comme je la tiens pour une personne très-recommandable; comme, dans la circonstance qui nous réunit, elle fait une démarche q^i est une preuve de goût et de générosité; comme enfin, chère amie, vous avez stipulé qu'il lui fallait, pour pénétrer chez vous, le bras d'un de vos parents ou d'un de vos amis, votre père, votre plus proche parent, s' étant abstenu, c'est moi, votre meilleur ami, je crois, qui remplirai le programme.

CATHERINE , se lernt.

Monsieur !

GVT, bat, & Septmontf»

Réfléchis à ce que tu vas faire.

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