‹ L'étrangère: comédie en cinq actesChapitre 25 sur 102 · ACTE DiiUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DiiUXIÈME

MADAME DE RUMlÈRES.

A moins?

RÉMONIN.

A moins qu'on ne fasse intervenir un nouvel élément qui aide les deux premiers à se fondre.

Madame de eumières.

Et ce nouvel élément?

Ça vous intéresse?..

MADAME DE RUMlÈRES.

Ça me change*

RÉMONIN.

Eh bien, ce nouvel élément est justement celui qui a manqué à la première expérience et dont Tabsence a empêché le résultat : 1 amour I

MADAME DE RUMlÈRES.

Mais Tamour sous quelle forme?

RÉMONIN.

11 y en a trois : Tenfant, c'est-à-dire l'amour maternel ; la foi, c'est-à-dire l'amour divin, et l'amant, c'est-à-dire l'amour terrestre. La femme qui n'a pas trouvé l'amour dans le mariage peut être sauvée par une seule de ces trois formes. La duchesse n'a pas d'enfant; vous le voyez, elle est allée instinctivement à réglise ce malin. Si elle n'en rapporte pas de consolation, il n'y a plus que l'amant.

MADAME DE RUMlÈRES.

Mais, malheureux I Tamant ne sauve pas, il perd; il ne guérit pas, il achève.

RÉMONIN.

Ça dépend de l'amant.

MADAME DE RItMIÈRES.

Vous croyez quMl y a des hommes assez aimants et assez nobles pour respecter la femme qu'ils aiment et qu'ils ne peuvent pas épouser?

RÉMONIN, se levant.

J'en suis convaincu... (un silence.) Vous n'avez pas l'air d'y croire.

UADAME DE RUMIERES.

Pas beaucoup, en efiFet. Je comprends que deux personnages chinois et en porcelaine se regardent éternellement d'un bout d'une cheminée à l'autre, surtout s'il y a une pendule entre eux ; mais un Français et une Française en chair et en os, non, je n'y crois pas. Avez-vous jamais aimé?

RÉMONIN.

Moi, je n'ai pas eu le temps... Et vous marquise?

MADAME DE RUMIBBES.

Moi, j'ai aimé mes enfants.

RÉMONIN.

Et votre mari?

MADAME DE RUMIÊRES.

M. de Rumières?

REMONIN.

Oui.

MADAME DE RUMiÈREft.

Ah bien, non! C'était un charmant homme, mais il n'y tenait pas du tout.

RÉMONIN.

£t en dehors de votre mari ?

MADAME DE RUMIÈRES.

Je ne me rappelle rien. Non, vrai. Quelquefois des imaginations, le soir, à la campagne, pendant qu^on faisait de la musique et que je regardais la lune. Mais c'était plus le désir d'être aimée que le désir d'aimer moi-môme, car je crois que, nous autres femmes, nous n'aimons pas ; il y a seulement rertains hommes dont nous voudrions être aimées. C'est ce qu\ fait croire que nous aimons ; mais, une fois l'amour inspiré, une fois le triomphe obtenu, il n'est pas rare que nous pensions à autre chose. Enfin, les gens que je voyais atteints de cette lolie m'ont toujours paru avoir de si drôles de figures que je

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