‹ L'étrangère: comédie en cinq actesChapitre 27 sur 102 · ACTE DEUXIÈME. 4f · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME. 4f

moment, il n'a aucune envie de disparaître. Il est vivant et bien vivant.

RÉMONIN.

Il en a Tair, parce qu'il mange, parce qu'il boit, parce qu'il s'agite, parce qu^il parle, parce qu'il a la forme humaine ; mais ce n'est qu'une apparence. En réalité, ce n'est pas un homme.

MADAME DE RUMIÈRES.

Ah !.. Qu'est-ce que c'est donc?

RÉMONIN.

C'est un vibrion.

MADAME DE RUMIÈRES.

Vous dites?

RÉMONIN.

Je dis : un vibrion.

MADAME DE RUMIÈRES.

Qu'est-ce que c'est que ça ?

RÉMONIN.

Gomment! vous lisez mes articles et vous ne connaissez pas les vibrions? Je vous en ferai voir, c'est très-curieux. Ce sont des végétaux nés de la corruption partielle des corps, qu'on ne peut distinguer qu'au microscope et qu'on a pris longtemps pour des animaux, à cause d'un petit mouvement ondulatoire qui leur est propre. Ils sont chargés d'aller corrompre, dissoudre et détruire les parties saines des corps en question. Ce sont les ouvriers de la mort. Eh bien, les sociétés sont des corps comme les autres, qui se décomposent en certaines parties, à de certains moments, et qui produisent des vibrions à forme humaine, qu'on prend pour des êtres mais qui n'en sont pas, et qui font inconsciemment tout ce qu'ils peuvent pour corrompre, dissoudre et détruire le reste du corps social. Heureusement, la nature ne veut pas la mort, mais la vie. La mort n'est qu'un de ses moyens, la vie est son but. Elle fait donc résistance à ces agents de la destruction et elle retourne contre eux les principes morbides qu'ils contiennent. C'est alors qu'on voit le vibrion humain, un soir qu'il a

trop bu, prendre ea fenêtre pour sa porte, et se casser ce qui lui servait de tête sur le pavé de la rue ; ou, si le jeu le ruine ou que sa vibrionne le trompe, se tirer un coup de pistolet dans ce qu'il croit être son cœur, ou venir se heurter contre un vibrion plus gros et plus fort que lui qui l'arrête et le supprime. Les gens distraits ne voient là qu'un fait, les gens attentifs voient là une loi. On entend alors un tout petit bruit...

quelque chose qui fait hu...U...U...U. (Il souffle un peu d'air entre

ses lèvres.) C'est cc qu'on avait pris pour l'âme du vibrion qui s'envole dans l'air... pas très-haut. M. le duc se meurt, M. le duc est mort. Allons, bonsoir 1

MADAME DE RUMIÈRES, lui prenant les mains.

Vous êtes complètement fou !

RÉMONIN.

On l'a dit, on l'a même imprimé, mais ce n'est pas sûr. Du reste, regardez dans le creuset, vous verrez bien comment les éléments se comportent.

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