ACTE TROISIÈME
Dieu sait, par quels chemins, au milieu des roches, des boià, des broussailles, des troncs d'arbres abattus. ••
IIISTRBSS GLARKSON.
Je connais le pays.
GLARKSON.
J'escalade un bloc de rocher, et je regarde autour de moi. Â dix pas à peine, j'aperçois un de mes bonshommes, assis par terre, qui m'avait vu, et qui tire son revolver, à tout hasard, car il ne pouvait savoir dans quelle intention je venais là. Au mâme moment, un des hommes de la bande lève son fusil, appuyé contre un rocher, à tout hasard aussi. Charmantes relutions ! Tirer, tuer le premier, et me retourner vers l'autre, fut l'affaire d'une seconde. Celui-ci se cache derrière son rocher. Je ne voyais plus qu'un de ses yeux et le haut de sa tète. C^était assez, et, avant qu'il eût épaulé, je l'avais touché en plein front. Restait le troisième, où était-t-il? Je regarde aux alentours, je l'aperçois qui se sauve à cent pas devant moi ; je l'avais beau, comme on dit, mais il n'y avait que lui qui pût me dire où les lingots étaient cachés. Je le tire, non pas à la tète, mais aux jambes. Il roule à son tour ; je le désarme et le menace de l'achever s'il ne me dit pas où est le trésor; il m'y conduit en boitant, et, comme tout pionnier, trappeur et mineur qu'on a été, on est toujours chrétien, quand on est citoyen de la libre Amérique, je vais chercher de Peau à la rivière, je mouille mon mouchoir, et je panse la plaie de mon drôle, d'autant plus que, comptant bien qu'il serait pendu en arrivant au camp, je ne voulais pas qu'il mourût là, et que les camarades fussent privés de ce spectacle, qui les intéresse toujours un peu. Là-dessus, je vais chercher un renfort de quelques hommes. Nous transportons la cassette et le blessé sur la route. On m'amène une charrette où nous déposons le tout. Je charge mon voleur de tenir les a:uides, je remonte sur mon cheval, et nous rentrons. Toute la population m'attendait. Vous entendez d'ici les acclamations. On me porte en triomphe ; je fais raconter la vérité par mon prisonnier; puis, séance tenante, on le juge et on le pend à un
réverbère qui, le soir, n'en brilla que mieux. Voilà, ma chère, rbistoire de vos cinquante mille dollars.
MISTRESS CLARKSON
Mais si vous aviez été tué ?
GLÂRKSON.
J'en ai vu biert d'autres! Puis, tous nos papiers sont en règle, et mon premier commis, qui est au courant de tous nos intérêts et qui est un très-honnète bomme, vous aurait facilité toutes les formalités de partage et de liquidation. Vous n'auriez donc perdu que moi, ce dont vous vous seriez facilement consolée.
IIISTRESS CLARKSON.
Vous VOUS trompez, je vous aime beaucoup.
CLARKSON
Pourquoi n'en a-t-il pas toujours été ainsi I
HISTRESS CLARKSON.
C'est vous qui l'avez voulu, ce n'est pas moi. Vous n'auriez pas dû si facilement me croire coupable.
CLARKSON
Tout autre, à ma place...
IIISTRESS CLARKSON.
Soit! mais il fallait que ce qui a été fût. Ne regrettez rien. Cela vaut mieux comme cela est. Nous nous revoyons toujours avec plaisir, et nous pouvons causer de tout, comme de vieux amis.
CLARKSON
Eh bien, moi, je ne vous revois jamais sans une grande émotion. Quand je suis là-bas, dans le travail et dans l'action, je me figure que je ne pense plus du tout à vous. Dès que je vous retrouve, je m'aperçois que j'y pense toujours.
HISTRESS CLARKSON.
Ça passera. Quand j'ai reçu votre dépêche m'annonçant votre arrivée pour ce matin, j'ai été vraiment heureuse. Je