ACTE TROISIEME
le commencement, il s'est abattu de bandits dans ce nouveau campement, avant que le chemin de fer y arrivât, ce que nous avons échangé de coups de fusil, de revolver et de couteau avec les Indiens, ce que nous avons assommé et pendu de gens, cela ne se compte pas. Il est certain que je mourrai un jour; mais, après tout ce que j'ai vu, je serai curieux de voir comment la mort s'y prendra.
HISTRESS GLARKSON.
Et cette mine d'or dont vous me parliez dans votre dernière lettre ?
CLARKSON
Elle existe, et dans des terrains qui sont bien à nous. Je les ai achetés et payés à l'État ; nul ne peut y toucher, même en mon absence. Un jour que je me promenais dans la montagne, en frappant de temps en temps le sol, pour voir si je ne découvrirais pas une veine métallique, car c'est le plus souvent par hasard qu'on les découvre, je rencontre un Indien qui me dit : « Frère blanc cherche mine d'or? — Oui, — Viens par ici. » Il me découvrit une mine, et il s'en alla tranquillement. Ces gens-là méprisent absolument l'or.
HISTRESS GLARKSON.
C'est pour cela que leur race diminue tous les jours, et qu'elle disparaîtra tout à fait. Les hommes ont inventé bien des *dieux depuis le commencement du monde; ils n'ont pas encore détrôné celui-là. a Le temps est de l'argent», disent vos compa- ' triotes; ils auraient dû ajouter : c Et Targent est tout. j> Je ne sais pas plus ce que je ferai de cette puissance que vous ne savez ce que la mort fera de vous, Clarkson, mais cette puissance, je la proclame la première du monde. Elle aide à posséder ce qu'on désire et à ne pas regretter ce qu'on n^ peut avoir. J'ai voulu cette puissance, je l'ai; je la veux plus grande encore. Ainsi donc, fais-nous riches, ISlarkson I trèsriches, et peut-être, un de ces jours, quand je serai tout à fait lasse de leur civilisation européenne, qui me paraît quelquefois bien étroite et bien courte, peut-être te donnerai-je rendezvous sur un Océan quelconque, pour que nous nous en allions
dans rinde ou dans TÂfrique, nous faire roi et reine, ou dieu et déesse, si le trône ne mè suffit pas et qu'il me faille le temple. Là-dessus, embrasse-moi, Glarkson, et, si tu cherches bien sur ma joue, tu y retrouveras le dernier baiser que tu y as mis. Personne ne Ta encore effacé.
CLARKSON, l'embrassant.
Vrai?
HISTRESS CLARKSON.
Sur ma mère. Ah I ils me l'auront payée, ma mère, puisqu'ils n'auront pas pu me la rendre.
EUe appuie un moment sa tête sur l'épaule de Clarkson. LE DOMESTIQUE, onnongant.
M. Rémonin.