ACTE QUATRIÈME
CATHERINE
Vous voulez me le faire dire? Vous trouvez que ce n'est pas assez qu6je vous Taie écrit? Eh bien, je vous disais que je vous aime.
GÉRARD
Impradentel
CATHERINE
Pourquoi?
GÉRARD
Si Cette lettre est égarée I
CATHERINE
Elle sera égarée!
GÉRARD
Si elle est ouverte et lue?
CATHERINE
II y aura quelqu'un qui saura que nous nous aimons. Gomme je suis prête à le dire au monde entier, cela m'est fort indifférent.
Et si c*est votre mari ?
CATHERINE
Il le saura. S'il doit le savoir, mieux vaut que ce soit tout de suite.
GÉRARD
Et s'il nous sépare?
CATHERINE
Je l'en défie bleni Est-ce que, quand une femme aime yéritablement, il y a quelque chose dans le monde qui peut la séparer de l'homme qu'elle aime ? Celle qui n'est pas prête à tout sacrifier à son amour a peut-être raison, mais elle n'aime pas.
GÉRARD
Alors, tout cela est vrai, je n*ai pas rêvé?
CATHERINE
Je n( pense qu'à vous I Si je vous perdais maintenant, je me tuerais
LE DOMESTIQUE y rentrant.
Le portier a mis à la poste, comme à Tordinaire, toutes les lettres qu'il a trouvées sur la table.
CATHERINE
C'est bien.
Le domestique sort.
Il n'y a peut-être qu'un retard de la poste.
CATHERINE
Non. Il y a autre chose ; mais qu'importe!.. J'ai donc vu mistress Ciarkson, comme vous m'avez dit de le faire. Eh bien, monsieur, quoiqu'elle vous aime... (Mouvement de Gérard.) c'est elle qui me l'a dit, ici et chez elle!., quoiqu'elle soit libre, je ne la crains pas, ou plutôt, je ne la crains plus. Elle a un peu trop dévalisé, dénoncé et tué les gens pour vous plaire. Mon ami n'est pas fait pour elle. Aussi, quand, après son long récit de haine et de vengeance, cette femme m*a pour ainsi dire intimé l'ordre de partir avec le duc et de ne plus vous revoir car c'était là qu'elle voulait en venir, je lui ai répondu tout simplement : « Non! » et je suis partie aussitôt pour respirer à mon aise. J'avais hâte de m'éloigner de cette femme, qui n'est ni de ma race, ni de mon monde, ni de mon sexe. Mais laissons ces gens ; la vie n'est pas assez longue pour que nous nous occupions si longtemps d'eux. Vous avez travaillé. IJt puis après ?
GÉRARD
Tai dormi toute la nuit, ce qui ne m'était pas arrivé depuis des années et j'ai chanté ce matin, comme autrefois, les matins des jours où je venais vous voir. C'est au point que ma mère est entrée dans ma chambre et que, me «^oyant si gai, elle m'a dit, avec cette intuition des mères qui sont deux fois femmes: « Tu l'as revue! » Alors, je lui ai tout raconté. Elle m'a écouté jusqu'au bout, et elle m'a embrassé en ajoutant : « Prends garde! son honneur et ta vie sont en jeu dans un amour comme celui-là. »
CATHERINE
Craignez-vous pour vous? Non, n'est-ce pas? Vous n'ôlei