‹ L'étrangère: comédie en cinq actesChapitre 75 sur 102 · ACTE QUATRIEME lit · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIEME lit

Tous (tes cruelle et imprudente,

CATHERINE

11 est probable que Tétrange discours que vous venez de me tenir cache quelque arrière- pensée. J'aime mieux le croire que d'admettre que l'insulte soit encore plus grande, et que, pour comble d'itf^mie, vous soyez sincère. Je ne veux rien approfondir; je ne veux rien savoir; mais, comme cette con' versation est sans doute la dernière que nous aurons ensemble, quoi qu'il arrive; comme c'est vous qui l'avez exigée, je veux qu'elle soit claire et précise. Quand nous nous sommes mariés, je ne vous aimais pas, mais je croyais fermement ne plus aimer l'homme qui renonçait à moi par dignité. Dans monigno- ' rance des choses, je ne demandais qu'à l'oublier, et, si vous m'aviez tena alors, de bonne foi ou non , le langage que vous m'avez tenu tout à l'heure, il est probable, il est certain que j'aurais été une femme heureuse et fidèle. Il fiiui si peu de chose à un mari pour convaincre une jeune fille, à qui Dieu et les hommes ont dit que c'est elle qui a tous les devoirs et que c'est lui qui a tous le» droits ! Malheureusement, vous ne m'aviez épousée que pour payer les folies, les écarts, les fautes de votre vie passée et pour pouvoir continuer cette vie à votre aise. Vos amis coinmençaient à rougir de vous, votre famille s'apprêtait à vous renier, votre monde n'attendait que l'occasion de vous exclure, votre cercle allait vous afficher et vous chSfeser pour vos dettes de jeu, quand vous les avez payées par une combinaison que je commence à entrevoir. Vous en étiez à vouloir épouser mistress Clarkson. Elle a mieux aimé que ce fût moi ; elle me l'a dit hier.G^est à n'y pas croire quand on se rappelle le nom que vous portez, que nous portons, heureusement pour vous. J'ignorais tout cela, bien entendu. Eh bien, tout cela, monsieur, je vous le pardonne parce que ce n'est pas votre faute. On vous avait élevé dans le luxe, la paresse et le plaisir; on ne vous avait pas appris le travail et vous aviez désappris le respect de vous-même; mais ce que je ne vous pardonne pas, ce qui fait que je vous bûs, c'est que vous n'avez pas su estimer, c'est que

1\t L'ÉTRANGÈRE,

vous n'avez môme pas su respecter cette jeune fille qui vous rendait non pas à l'estime, mais au respect des autres, et qui vous réintégrait dans votre monde où vous étiez censé la faire entrer; c'est que vous ayez assimilé cette enfant, qu^on vous livrait ignorante et sans défiance, aux plus dégradées de vos filles de plaisir; c'est que j'ai dû, moi, des mains que voici, vous jeter hors de ma chambre nuptiale, où vous entriez trébuchant de débauche et d'ivresse; c'est que j'ai tellement rougi de vous et de moi, que j'ai enseveli ces effroyables souvenirs au plus profond de mon âme, d^où ils ne se seraient jamais exhalés môme devant vous, si vous n'aviez eu l'audace de m'offrir de nouveau ce que vous avez appelé votre amour. Misérable I (sept-

monts, qui a écouté Jusque-là avec indifférence d'abord, puis arec une impatience

eontenue. se lère.) Eh bien, oui, j'ai retrouvé l'ami de ma jeunesse, ce cœur généreux, cette âme loyale et fière, et je lui ai rendu tout mon cœur; oui, en sortant de chez cette femme que vous m^avez imposée chez moi et chez elle , et qui vaut encore mieux que vous ! oui, j'ai écrit à cet homme la lettre que vous avez volée, et où je lui dis que je vous méprise et que je l'aime. Et, si vous lui manquez de respect une seconde fois, il vous soufflettera, et il vous tuera; et alors, je pourrai être tout entière à lui, car 11 y aura eu assez de larmes et assez de sang pour effacer la trace de vos abominables baisers.

SEPTMONTS, au paroxysme de la colère, portant la main Ters eUe

et la saisissant par les bras.

Madame !

CATHERINE

Frappez-moi donc 1 ce sera complet, et vous savez bien que je ne le dirai pas plus que le reste, (a Kauriceau qui entre.} Ah I vous voici mon père ! Je vous ai écrit de venir, parce que je prévoyais ce qui vient de se passer. Je regrette que vous no soyez pas arrivé plus tôt, vous auriez pu voir par vous- même où aboutissent les unions formées par l'ambition du père, l'ignorance de la fille et la bassesse de l'époux. Gela s'est terminé par une scène d'un goût exquis, vraiment, que nous venons d'avoir, monsieur et moi. Au moins cette scène aurai-e!leeucet avantage de rendre désormais entre nous tout rap*

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