ACTE QUATRIÈME
CATHERINE
 moins qu'il ne vous tuât. Quant h moi, s'il meurt, Je Tiourrai,
SBPtMONTS.
On dit ces choses-là.
CATHERINE, fièrement. . ^ ,
Et on les fait, quand on est la Temme que je suis.
SEPT M ONT s, changeant de ton. v
Alors, il me reste un dernier moyen, et je dois djre^que c'était le seul auquelje pensais en entrant ici. .
CATHERINE
Et ce moyen est?.. ; * .
SEPTMONTS, '
De vous pardonner. . .': .
Vous, monsieur! avec quoi? ' - * ^
SEPTMONTS.
Avec Tamour que j'ai pour vous, v ' -
CATHERINE. *
Ne plaisantons pas,, monsieur, je'vous assure qàe Tbaure est solennelle.
SEPTMONTS. - '
Pourquoi ne vous aimera is-je pas?
CATHERINE
Parce que vous ne m'avez jamais aimée.
SEPTMONTS.
Je ne vous connaissais pas; je puis apprendre à vous coîïnaltre; serais-je le premier mari qui se repentirait et réparôraÛ ses torts? / ;
CATHERINE
Où Noulez^vous en venir?
SEPTtfONTS.
Vous êtes franche avec moi, je serai franc avec vous. Quand
110 L ÉTRANG'ÈKE,
j'ai lu cette lettre adressée à un autre, il s'est passé une chose étrange en moi. D'abord, bien que les expressions de cette lettre soient celles de l'amour le plus tendre , et qu'elle puisse ' vous accuser aux yeux des juges les plus impartiaux, j'ai senti tout de suite que vous étiez aussi innocente et aussi pure que le jour où je vous ai reçue de votre pore. Voyez un peu le cœur humain : au lieu d'en vouloir à cet homme, je l'ai envié , au lieu de vous accuser, je vous ai comprise, et je me suis plu à me figurer que celte lettre m'était adressée, à moi ! Je la relisais et je médisais : « Quelle éloquence! quelle noblesse! Il faut que je reçoive un jour, de la même personne, une lettre semblable à celle-là... » C'est dans ces dispositions, aussi nouvelles pour moi que pour vous^ que je me suis présenté tout à l'heure; et ce qui a motivé mon attitude vis-à-vis de M. Gérard, voulez- vous le savoir? C'est un mouvement de jalousie auquel je n'ai pu résister; j'ai pris plaisir à humilier, devant vous, cet homme que vous aimez, et à qui son amour pour vous interdisait de me répondre autrement qu'il ne l'a fait. Mais je suis prêt à lui tendre la main quand il va revenir; cela' dépend de vous. Tandis que vous vous demandez , si injustement, quelle combinaison machiavélique je médite pour vous remettre en possession de cette lettre, je ne cherche, moi, que le moyen de vous la restituer aussi galamment que possible, et je suis prêt ti l'échanger contre la seule espérance d'en recevoir, un jour, une pareille. Puisque votre mari a été un maladroit qui n'a pas su vous apprécier, permettez -moi de vous disputer à lui, et de faire tout mon possible pour vous le faire oublier. Je regretterai peut- être un peu cette colère de tout à l'heure qui vous seyait à merveille; mais j'aurai tant de plaisir à la calmerî et l'indulgence doit vous aller tout aussi bien, si ce n'est mieux. Ed vérité, je ne suis plus le môme homme depuis que j'ai lu CdbtQ îeiire, prona'uiernenb parce que vous n'êtes plus la même femnâ6 depuis que voua Tavez écrite. Dites un mot, et je vous rends cett« lettre.
n lai tend 4a lettre.
CATHERINE, se levant et le laissant avec la lettre dans la main.
Gardez-la, monsieur.