TOME I* a
ij PREFACE DE I^EDITBUR.
M. d'Arlincourt. a — Maïs en quoi donc?
)) donnez des preuves , » répondent les hommes impartiaux. *^ « Détestable!
» détestable! » reprennent les prétendus juges ; et ils ne sortent pas de là. C'est un parti pris parmi eux de trancher ainsi la question^ et d'éviter les explica-/ tions. Ëii effets s'il leur fallait démontrer par le raîs6niièment la vérité de leurs assertions , dans quel embarras ils se trouveraient. Aucun dé ces messieurs n'a lu les écrits dé M- d'Arlincourt; ils ont isftûléméilt pârcoùm rapidement^ à l'époque de leur publication^ l'analyse qu^en donnaient les journaux; ils ont vu des noms, ont sauté par-deissus les faits 5 ont pris au haâard une phrase > et^ n'ayant rien compris à l'ensemble ^ ont déclaré
PftEFAlGB DE L EDITE» t. ilj
l'ouvrage incompreheDsible , et par cœh M'quent détestable.
Quand le &meux Solitaire parut , les envieux de toute grande rëpatatiobi (qui ne Pavaient pas lu selon leur: coutume) ne prévirent pas sa destinée étonnante et son succès populaire; ils. gardèrent le â-.
lence. Las journaux retentirent d'ëloges :
ils.2dznirèrènt surtout la jDz^re^ du style, Féli^gahtè des phrases , la fiu-ce des ca~ ractères> la grâce dés images^ et la vigueur des pensées. Ce Ait un cri géncbal d'admiration, non-seulement enPrance, mais en Europe ; et le Solitaire eut diiD éditions. Aussitôt la médaille changea jde face. Geu^-mêmes qui. avaient tant vanté le style pur du livre célèbre, commencèrent à le trouver incorrect et ridicule.
îy PBÉrAGÈ DE L^EOITEUk.
Ne sachant qu^imagîner pour- rattaquer> ils le déclarèrent inversify bien que no^ grands prosateurs français aient dans leurs écrits beaucoup plus d'inversions forcées que l'auteur du iSo&'toire (i). Quelques persoanes crurent aveuglement à ce que leur certifiait leur gazette; et ne se donnant pas la peine de s'assui^er du faitj, ils répétèrent « inversif! » comme les autres criaient a détestable ! y» Delà les spirituelles plaisanteries de quel-- ^és petits journaux sur le vicomte inversi/y on mieux y sur Vmversif* pi-comte.
a^mmmmtm
(i) Lisez , par exemple , Bélisaîre et les Incas de Marmontel. Comparés à ces livres , ceux de M. d*ArlinèpiMrV liront point d^nversions du tout; et pcurtant
PHÊFACE BRfeBDirmJRv T
Ce fat alors dëcid^', parmi les ennemis d'un écmmx devénii trop célèbre^' qm tous les ouvrages du chantre d'Elodie ^eraieqt nécessairement illisibles par leurs tïiV€tt^}on& Le Reniai e^ Ipsiboéi^afTWrent. M. d ■ Arlineomt avait eu sbih) de oe pas placer une seule inversion forcée iiaps : ce denuer ûuvi'age / durtout^ - iMais qalimpwtjQ^ à ees^nseasi^msiile eontenu <fes rliyr€8 d^: oeuk dont ' les tpiomphes excitent leur > rage ! Ils * a^ecorièsei^ti^ : fefmt cosoime .de coutuinè ^ à l'apparitiopfd'/p-
ditont sans donteiAel^Étimigèiff)^^^ dipoht :encore: des proidttCti<pn8'^à%Tne»tT
«— ». Il — ^— — — — — ^— 1— IWI— — — —— i^w— — p— — — » I II I I «— — »
qui à jamais reproché à jVïarmbntel son style inversif ?
M»i$' Ift mà^vai^D foi ! « . ;
du même àiiteur i^ effi'î)âiiemenlL ct^etinîmis k fuger )Sans Ur$,> U^ se ri*ëpèt^t h h lâanlèré'deFîgàro t '^ Critiquops^ 4^it >) xdns^ il èa reste toujours quél^jue ^ îcbôse. » En éffeÉy les. oisifs les* éçour icmi, et' les imbedUesdes i^ibjèatf . : . )
: ;EncDrei nue auli?e Motique.de la geiit envieuse h .ils . praamsnt mi , iiasard 'dan» lesi^agm de M» d^Arlîncourt iBsephiaD^ éaer^quayîméima^e bu^die; ils l^isolënt^ ilsTà s^pâreotde ce^qoir k/prëoède «rde^re ^û^lk suit^^t/la^pénsiee qui, âmepéeide loîrireç^pre^acëè^avfec art,jeût pupaxiaitte ^iergiq[ueî«t belle en aon Heu et placer devient nécessairement ^ .^tant ainsi arrachée hf son cadre, folle, gigantesque ou bizarre. Les plus beaux hànis^icbes de
PiiéPAOB DB x^iorrjiOR. vij
nosplus illustres^poete^les hriSanteshardiessës de nos prosatapts: icÉmib^ials» ne résîiteraiettt point ecorifiébifs à ç^txe dis* jsèction pe^de* <c — Racine est devenu 1} (cm, di^t un de ses détracteurs en ))' sortant de la première repr^ntation » de P/y^fc-d; croiriez-vous qu'upi des )> personnages de sa tragédie vient dire )) $ur la scène ^ en racontant je ne sais » qfioi ste Hippoly te , sa croupe se
M. d ArKncourt a dit, selon ce cpi'affirmènt cwtains oracles ^^ de^ coierie :
c(.>iB^ UBafarl^ sont les écbthèdtales de » lœiiaturê*Lesrû/yénsdeVdhsôurit€.
y> Lé^ printemps de la tombe.] ètc:.. »
r( --^Maisoii?à quelle pageyMedsij^ûrs? »
n — C'est qti^pié part, p^6rident^ife /»
y ii j URSKACB DB^ I.^BI>I7EUR •
En attendant ^ ils . l'ont écrit dans un journal; ils Fonii persuade aux niais qui s'en rapporteoi à leur article; et si les mots cités ne sont en aucun des livres de M. d'Arlincoupt, ils devraient y être, selon eux; et cela revient au même, cela leur parait absolument la mêmet chose.
Les pensées neuves, et leis. images hardies, qui sont semées daos le^î ou-^ vrages de M. d'Arlincomt, sont principalement ce qui lui ai. *ttir^ Iqs sarcasmes de ses d«tr^«iieur». (( i?^ simpWk i> dû naturel! » s'écrie»t-ils. C?est-à-T dire, a du comimin et dfi m^diofirè! »
A leurs yeôx, tout ce qui s'élève egt gigantesque et lidicule; il ne faut pâ$; quitteras routes battues, i^. sortir du^eercb
PRÉPACB bS-L^nCTEOR. . ix
vulgaire; ils ont ponr principe de ne van»»
ter que la mëdiocriitë ; l^ëcrivain que personne n'admire 5 est celui qu'ils trouvent admirable.
« Q est des littérateurs^ dit madame )} de Staël (1)^ qui veulent nous persua^ » der que le bon goût consiste dans un » style exacte maisconmran^ servant are»
» vêtir des idées plus communes encore*
» Cesystème expose moins à la cri^ » tiqué que tout autre* Ces phrases con^ » nues depuis si longHenlps^ sont comme » les habitues de la maison^ on les laisse )> passer sans lair rien demander. Mak » il n'niste pas un écrivain éloquent et
(i) De la littérature, psbr lUadam^ de Staël, troîjiième éd&tîoii*, t.. I, pages o^ G^ y, 8j
X PRra'A^B- DE L^B&lTEUftv
)» penseur^ dbot le style ne contienne n des ex{»'es6iotis :qpi ont étcmné ceux ï> qni les ont lues pour la prenaâèré fois, )> ceux du moins que la hauteur des )). iddesi ou la ebaleur de Famé, n'a- » ^ent point entraînes. ^ ( * . • j» . Lorsque Bossuet dit cette isuperbe »/rp3irase •• averti par mies tàhei^eux » blancs de. consacrer au troupeau » quûjj^ dois' nourrir de la parole de yt <idey les restée diurne voix qui tombé »: etvd^ûne^ardBut qui s^éteint, il s'est D iroHvë sûrement quelques <naïbéureux i^î eriti^pies qui ont demandé ce que c'^ ]» tËutjqué^ les. restes d\né v<Â(x> et ». d^ une ardeur y^ce^ifÀe c'était ^ue des )> cheveux^ qui axmrtissent. ..... Lors-
» que Pascal a écrit : U homme est un
RR»*AX& DE ilfSDlT JUR. Xj
n roseau, h phis^JkiMédàiaJiatkrej :» mais c'est un roseau pendant* Un )> carkîque/ sëpeo'aiit la première pin^se » de la seconde^ aurait pu dire } sayex^ D -voasiqpDueiiBascal: appelle l'homme^^^ » rùseaoi pensant l i^ plus parfait de y^ nos pôëtes^ Bacinevëst edim doiut les »< exprQ8si0ns jrardies: ont excite' b^plus )i ;dé.cfi(iisùres9.Bt le plus .doqœm de » icis^ écâk'JÙ^^.vïax^^^ et
» i d^Hdloîse^resl; celbi de tous sur lequd Il ua^ eqariti kiseEijfible aiiofiarme. de^ 1'^ 9) loqpénce^ pbdrraii^ ç2^ ^> /cilemèm^^cntiqiie^ » en dfery ' le ' style de; ^loosseîsai , sv taù >i partageait ei\ deux; ^s^ phrases^ sir Voû » le» ç^uirait jdé lem* prôgressioti^ ' de » leur intérêt 5 de leur mouvemem, et
xi} BRâPACE 0£ L^BDf TEUir.
3) si Fon détachait de sés^ écrits quelques y> mots bizarres^ lorsqu'ils sont isolés^ o> tout-puîssans. lorsqu'on les met à leur » place!
)) Je le répète^ un style commun n'ca ». rien à craindre de ces attaques. Sub<- » divisez les phrases dé ce style autant » que vous le voudrez ^ les mots qui )) les cranposent se rejokidront d'eux."- » mêmes ^ accoutumés ^- ils sont à se )> trouver ensemble p mais jamais un » grand écrivain n'exprima le sentiment )) . qpa.'il c^rouvait , jamais il i^e développa »i les pensées qui lui appartenaieat>réel^ » lement» sans porter dans son style ce » caractère, d'originalité > qui seul- atta^ )> che et captive l'intérêt et l'imfigiDauoa » des lecteurs. » :
PREFACE DE L^01T£U1l. XÎij
Un journal, maintenant dëfunt ( car lAue infinité de petits journaux qui ont annonce la mort des compositions de M. d'Arlincourt, ont commence' d'abord eux-mêmes par mourir), un journal, dis- je, parlant l'hiver dernier de Iq Catoléide, en citait des passages 3^e la façon suivante : il prenait un vers à une page, en cherchait un autre qui rimait avec lui, dans les pages prece'dentes ou suivantes; les accolait ensemble; et présentait hardiment au lecteur, connue venant de M. d'Arlincourt, le distique le plus ridicule et le plus incompréhensible. Voilà ce que r^m^ar^z/^ appelait, juger un auteur. Eh bien! quelques personnes crédules ont été dupes de Farticle, et demandaient stupidement : —
Xiv PREFACE DE L^EDITECft.
<c Comment Fauteur du Solitaire a-t-il » pu faire ces deux vers, en parlant d'un » guerrier combattant?
» Même force toujours , même art , même valeur ; » Sur sa base immobile, il repose vainqueur (i).
» Et placer ces deux autres dans la )) bouche de la Vierge des forets?
» La voix des voluptés , et l'écho de.ramour,
» Là de rtle j en chantant , sept fois firent le tour (a}.
C'est absolument de cette manière, qu'on faisait dire à Racine, en parlant d'Hippolyte : a Sa croupe se recourbe. »
( I ) Dans le premier vers y page !i4 1 troisième édition , il est question de Guise; dans le second , page aS, il est question d'un rocher.
(a) Le premier vers est page 68 'y le second^ pa^e 67.
FRRFACS DB t^BDlTBUR» XV
Qi\eK]aefoi^ méme^ les prétendus critiques . adoptent une marche moins pénible ; ils composent eux-mêmes des phrases entières qu'ils attribuent à M. d'Arlincoiirt; car pour aller ea chercher dans ses .productions, il faut encore ouvrir ïe livre détesté; et les intrépides détracteurs de Fauteur du Solitaire > ont ses écrits trop en horreur pour vouloir même les toucher. Gela > d'ailleurs^ n'est pas nécessaire pour tonner contre les inversions et les fxateB dont ils sont convenus qu'ils devaient nécessairement être pleins.
Mais quand s'apercevront-ils donc que plus ils s'acharnent contre un écrivain aimé de toutes les nations^ plus ils accroissent sa célel)ri(é; et que maintenant
XVJ PRéPAGE DE L^EDlTEUR.
Fhomme impartial, avant même que d'avoir lu les compositions de M. le vi-^ comte d'Arlincourt, est de'jà convaincu d'avance de leur mërite , en voyant avec quelle rage opiniâtre il est poursuivi par l'envie.
Rendons néanmoins justice aux grands journaux de la capitale, à ceux qui ont acquis et mérite l'estime publique : jamais leurs rédacteurs, en parlant des (Euvres de M. d'Arlincourt, n'ont déshonoré leufs plumes par des attaques injurieuses et des personnalités indécentes. Ils ont trop le sentiment du beau et du bien pour jamais s'écarter de la route honorable qu'ils se sont tracée.
M. le. vicomte d'Arlincourt a cons-
PRÉFACE DE L^BDITEUR. XVÎj
taimnent dédaigne de répondre aux invectives qui lui ont été' adressées. Les personnalite's les plus outrageantes n'ont obtenu de lui que le silence du mépris.
(( Si mes ouvrages sont mauvais , disait- » il, on aurait beau les vanter, ils n'en )) mourraient pas moins; s'ils sont bons, )) on aura beau les décrier, ils vivront. »
Or, qu'est-ce qui fait vivre les ouvrages?
l'imagination, la hardiesse, la chaleur, l'invention surtout; et c'est -là ce qui constitue le talent de l'auteur de la Caroléide.
On n'ignore point que tous les arts, la peinture, la sculpture, la poésie, la musique, les mécaniques, la gravure, la litographie, etc., etc., etc., ont reproduit les différentes scènes dramatiques