LIVRE. IV
» première grâce, que j "^implore de votre » amitié ! Venez avec moi , ce jjour même , à n la demeure d^Alaïs. Vous , accoutume à » sonder les âmes , à discerner le vrai du » faujK , TOUS écouterez ses discours , vous » observerez son visage ; et quand nous sor«* » tirons d^auprès d^elle , si vous me dites : u Fufezr-ta , je ne la reverrai jamais, j»
Il dit ; sa noble confiance et sa vive prière ont touché Tame du baron, u — Venez , Ar- » thur , lui répond-il , venez ! je, consens à » vous suivre} mais rappelez - vous votre » promesse. Je dévoilerai Fimposture ; j^ai » souvent déjoué Fintrigue ; et, pour confon-^ w dre Fartifice , mon œil pénétrera peut-^tre » au fond du cœur de FËtrangère. Partons. »
Us sont descendus de la montagne ; mais à mesure qu^ils approchent de la maison isolée , Arthur sent ses forces se perdre ; Panxiéié de son esprit s'^accroit à chaïque
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instant. Que va penser TEtrangère de la vi:site des 'deux amis ? comment s^excusera-t-il auprès d^elle de sa démarche extraordinaire ? Elle lui a défendu Tentrée de sa demeure, et non-seulement il y retourne , mais il y mène encore un inconnu. Quelle conduite inconvenante ! quelle hardiesse impardonnable ! Cest manquer à tous les égards dus à son sexe y c^est insulter à Finfortune.
Arthur s^arréte à peu de distance de la retraite d^Alaïs.... Il nV plus le courage dVvancer. Un moment encore , et FEtrangère sera jugée. Il sent que le sort de sa vie va dépendi*e de cette entrevue. Ses lèvres pâle.» et tremblantes ont voulu articuler quelques mots , aucun son n^en a pu sortir ; il s'appuie contre un vieux chêne ; il voudrait dire à' son ami : « Retournons sur nos pas : »
mais il est trop tard maintenant. Il porte un
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regard suppliant vers le baron de Valdebourg j comme pour en ^peler d'^avance à son indulgente pitié en faveur de celle dont il va prononcer en quelque sorte Tarrêt ; et sans lui parler il Pimplore. Il est des douleurs aiguës qui ne peuvent s'exprimer que par Fabsence de toutes les facultés humaines : alors que Finertie est puissante ! que d'énergie dans le silence I
Le baron prend la main d'Arthur ; il a pitié de sa souffrance. « — Ami ! point de » honteuse faiblesse ! Les peines l'emportent » sur toi , sache l'emporter sur les peines ; » c'est à leur douloureuse école que se forï» ment les grandes âmes. Le premier orage w passé , tu sauras braver les tempêtes. L'a- »mour, momentané comme un son, qui » passe aussi rapide qu'une ombre ^ est l'é- » cueil de l'adolescence : c'est , à l'âge des w passions , une fièvre ardente , une crise ,
» et souvent un funeste oubli. Que pour toi » ce songe soit court ; fils de héros ! éveille- » toi. )»
Arthur n^écoute point ; il tressaille ; et Pœil fixé sur le bocage : « -^ La voilà I répond-il » d^un air égaré , oui , la voilà ! c'^est elle-^ » même ! Cruel ! où suis-je et qu^ai-je fait ! »
Il est caché par des buissons, et Alaïs ne Ta point vu ; mais son plaintif accent est parvenu jusqu^à elle. Écartant le feuillage ,
elle approche Dieu! quel cri sVchappe
de son sein à Paspect de Valdebourg ! Elle se précipite vers lui , se jette avec transport dans ses bras ; et posant sa main sur la bouche du baron , elle étouffe FexClamatîon de sui'prise et de joie qui peut-être allait la nommer.
Quel spectacle pour Arthur ! Les récits du batelier se retracent à sa mémoire. T^ sé-^