PRÉFACE DE L^EDITEUR» XXXJ
Lescaut. Les uns Fadmirent dans les sublimes tableaux de lord Byron ; les autres dans les scènes de taverne de Walter Scott. Ici l'on prétend qu'il n'est que dans l'absence de toute règle et de toute convenance ; là, on assure qu'il n'est que dans les hautes rêveries de l'ame, dirigées toutes vers un but céleste. Celui-ci le veut tout matériel ; celui-là tout spiritualisë. Il en est qui revendiquent, comme appartenant au genre romantique, plusieurs scènes de Racine, plusieurs descriptions d'Homère, plusieurs pages de Voltaire, plusieurs pensées de Corneille , plusieurs tableaux de Bossuet; il en est au contraire qui rejettent avec mépris tous ces grands noms hors de la nouvelle école, et n'y admettent que ce
XXXij PRÉFACE DE L^EDITEUR.
qui en est la caricature et la parodie.
Comment sortir de ce dédale ? Certains classiques et certains romantiques sont également foux dans leurs attaques et dans leurs défenses. Ils ne s'entendent que pour rejeter également M. le vicomte d'Arlincourt; l'un (le classique) trouvant ses productions trop gigantesques , trop bizarres et trop pleines d'innovations; l'autre (le romantique) les trouvant trop réglées , trop assujetties aux unités d'Aristote, écrites sur un plan trop suivi, et enfin d'un style trop soigné. Les deux extrêmes sont en conséquence réunis contre le même écrivain qu'ils se renvoient et se repoussent.
Quel plus bel éloge en pourraient-ils faire ! Mais ce n'est pas tout encore. Les deux
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partis extrêmes ont voulu faire un dëbat politique de leur système littéraire. c( — Le » romantisme^ écrivait dernièrement le » réiacteur d'une feuille royaliste, est » une littérature ne'e de la révolution. Ce » motif suffirait à défaut de tant d'au- )) très, pour la faire condamner, et c'est )> aussi une des raisons pour lesquelles )> nous nous sommes attachés à la re- » pousser de tous nos efforts. Nous » avons toujours vu là, et nous y » voyons encore quelque chose de plus )) qu'une simple discussion littéraire.
» — Que veut le romantisme ? a écrit » à* son tour un journal d'opposition, )) l'ancien régime avec seS vieux préju- » gés, ses lois féodales, et son fanatisme » religieux. Il a la philosophie et la
XXXiv ?R£PAGC: ]>£ L'EDinUR.
» raisou tm. horreur, il na veut que les » folies . çhevaieresfaes. eJt les rêveries » mystiques.». Hàtous-àous de rejeter » uiï genre qui veut nous faire retro- )) grader vers les mœurs du moyeu » âge. »
Voilà d'admirables jugemeus! Mais que deviendra le pauvre lecteur qui lit les deux partis pourformer son opinion?
« Devine y si ta peux, et ekoisis, si tu Toses I »
—«Le romantisme, selon les uns> est
» donc une puissance anarchique et
-^•y «iionstrueuse qui doit naissance à la ré^
\ olùtion^ qui estPennemie de toute rè-
jié, et qu'il faut repousser parce qu'elle
ut renverser tous les sages principes.
-Le romantisme^ selon les autres, ne
e complaît que dans les temps cheva-
*•" 'TTlJkTIl-
PRKFAGfi DE L^BDITfiUR. . jçgçy
» lerjssques avec les traditions mçi^nti!^^, » les çhroniqnes, le$;lQgçndfts pt to^ïçp >} les superstitions du jnoye^âgp, ^smh- » jdejlement taonârç|iîque ej religieuse; )> elle kait les systèmjçs ph^p^ophiqaes. ïl n feut la repousser pMjce ^'ieljie adoodre » les mœurs patri^urchales; et qa'eUe rer >> grette !« bon vieux temps. »,
y} font mal wi cœur y » dis^it^^^i^fierej ,méiit^ dbussa coterie>iwëcrivaii]^g<^(^iîque et hooKKérique. « — /c /»^ voudrais pas » 5%7aer,Mi^rojO(Ç/»s'eerîajt,(^^ un modenie auteur v^ppîreux et fantastique; Mais en voilà;^seis de dit pour montrer krhorame sensé j^ûsqu'où va rextravagauee da^ sept ji^eors exagérés du classique et du romanliquë* Xieurs q^^-
5e!XXVJ PRÉFACE f)E L^ÉDlTEUR.
relies , au reste , sur le système Uttëraîf^
xpjte chacun deux veut e'tablir, tl'orit rien âe vraîrùeht dangereux/ Ils se coin^ battent dans le vide ; ils se cherchent dans les tenèbrélS; et sur le terrain mouvant où ils se tiennent tant bien que mal , ils se créent éés fantômes qu'ils poursuivent à outrance. Nî les uns ni les autres lie i^vrèndront de lorig-tempà à FeVidence et'à là raison.
"• Poiir tout lecteur, sage et raisonnable »
lé' seul parti à prendre dans cette lutte
opiniâtre, est de réster^peCtàteur neutre, d'adifiirer le b^u partout où il sfe trouve, de rendre'justice auraient sous quelque forme quMl se^ ttàontre, d'aimer ce qui charme FeSjJHï^et le cêôUr , soit classique, soit roîliantiqtièyîét de dire avec un
PREFACE DE L^ÉDITEUR* XXXvij
auteur célèbre, qu'en fait d'ouvrages d'imagination ,
« Tous les genres sont bons j liors le genre ennuyeux. »
. On a dopnë àM.le vicomte d'Arlincourt le tikre de prince des romantiques ; mais M. d'Arlincourt est-il vraiment de l'école moderne? c'est ce qui est encore à savoir. Quelques coteries littéraires qui be sont de'clarées romantiques , qm croient avoir droit à ce nom par l'extravagance de leurs idées, et qui écrivant à tort et à travers à ce sujet, se sont nommées, de leur pleine autorite', les défenseurs de ce qu'elles appellent la jeune littérature ^ ont décidé que M. d'Arlincourt était absurde et classique. Il est curieux et rîsible de voir la gravité prétentieuse et so-
tXXViij PRél^ACB DE L^ÉDITBUR.
lettiielle avec laquelle leura chefs rëpon*dent à ceux qui, admirant M. le vicomte d'Aj»lincourt\ veulent pdpler en sa feveur.
« — Allons donc,, c'est un homme jw gé.y) Après cela, il n'y a plus rien à dire.
Condamné par un tribunal si éclairé^ d ûonscienoiéux et si éqïdtabl&! Jugé par ces messieurs / tout est fini. Il ne
reste plus qu'à les admirer et se taire.
Au resté, s'ils jettent M- d'ArKncourt hors^de leur Parnasse , ils le jettent en bonne compagnie ; car tous nos écril^ains immortels sont repousses par eux âvfec le même mépris ; ils ne les trouvent nullement remarquables, et ce sont aussi des hommes Jugés. Or, écoutez le jugement.
' « Boileau n'était qu'un ennuyeux pé- >,
PREFACE DB L^BDITBUR* XXxix
)!> dagogae^ Racine qu'un génie ëtroit^ » Corneille qu'un déclamateur ampoulé^ » Mdière qu'un petit esprit , Ddille » qu'un froid versificateur..... etc. »
Certes y M. d'Arlincourt n'a et n'dun jamais rien de commun avec de sem* Uâbles juges et de pareilles décisions. Il serait honteux et désespéré d'étreregardé €omaxe romantique , si. ce titre devait lui donner lé moindre rapport avec les champions de l'absurde, . .
Si le romantique ( et ainsi l'entend M. d'Arlincourt) est l'élan passionné d'une ame grande et religieuse, vers le sublime et l'infini ; s'il consiste à élever constamment sa pensée hors du cercle étroit de l'existence commune; si son princi-
Xl PREFACE OE L^EDITBUR.
pial ôbjei est de sonder les mystères de Fame^ et de développer les grandes passions da cœur ; M. d'Arlincourt est de cette école. Si le romantique consiste à rattacher continuellement les choses de la terre aux choses du ciel , à offrir aux misères de la vie présente les consolations de la vie future , à tourner vers un but moral tous récits^ tableaux et pensées y ainsi que l'ont fait les Bernardin de Saint-Pierre , les Chateaubriand , les Byron, les Goethe, les Schiller, etc....,
M. d'Arlincoûrt est romantique.
Mais si le romantique ( et ainsi Fen-
t<^adent les fan^^iques de l'école ) esjt l'absence de toute règle et de toute mesure, l'oubli de toute convenance, l'éloignément pour tout plan sage et médité, la
PREFACE DE L^EmTBUH. xlj
recherche du mauvais goût y le dédain pour tous lestalens passes ^ Tadmiration pour toutes les monstruosités pr^entes ^ le mélange de l'ignoble et du grandiose ^ du. vrai et du faux; enfin la haine pour tout style élégant et soigné, M. d'Arlincourt n'e§t et ne sera jamais romantique. , •
En effet, ce que les lecteurs impartiaux ont constamment remarqué dans
les œuvres de Fauteur du Solitaire , c'est
la sagesse de ses plans qui, assujettis à toutes les unités et règles commandées par la raison , ont toute là sévérité classique, et n'ont àé romantique y à la façon des Byron et des Schiller , que le style plein de chaleur et d'images (i).
(t) Un article fort bien fait sur le genre roman^
%lij PREFACE DE L^EDITEUR.
Les étrangers , plus équitables dans leurs jugeinens sur les auteurs français que les Français eux-mêmes , ont surtout vanté , dans les compositions dé
/^ueaparu dernièrement dans un journal de théâtres ; en voici quelquies passages :
« Les ennemis de la littérature romantique ont fait » plus que la calomnier ^ ils l'ont poursuivie avec tour » tes les armes de la fureur et de la haine.... Ils osé- » rent même un moment rêver l'intervention du pou- » voir y mais le ridicule était là prêt à faire justice de » l'expédient et à les marquer de son redoutable • sceau. Ils reculèrent devant le ridicule. Alors de » nouveaiue moyens furent mis à contribution , et les » rdles furent changés. Ce qui jusqu'à ce jour avait » été attaqué sérieusemen^ne fut plus qu'un texte de » railleries. Au dire de nos détracteurs , que fallait- » il pour ruiner ^ pour anéantir la littérature roman- »^ tique ? La désigner au sarcasme , proclamer partout » qu'elle était réprouvée par F opinion, que ce n'était i> qu'une folie monstrueuse , et que déjà le mépris
PHÉFArCb DE L^EDITBQft. xliij
M. d^Arlineouit ^ le goût pur qui y a présidé ^ et Pharmoaieuàe correction de son style. Jamais dans ses romans (si ce nom peut être donné à ses productions.
» pour ce genre était à Tordre du jour : c'est ce qui » fut essayé et ce qui fut sur le point de réussir en m France , où mallieureusement la mode remplace » si aisément l'opinion publique , en France , où l'on » veut rire à quelque prix que ce puisse être. Alors » furent réunis et classés les rieurs et les contempteurs » de toute espèce , alors furent fabriqués tous ces pe- » tits mensonges littéraires à la faveur desquels il est » si facile parmi nous de discréditer les réputations. 9 Au mot de romantique j le sourire était de rigueur ; » la mode le voulait ainsi ; et certes , il faut le dire j » on ne se montrait pas difficile sur ce point, car de- • puis le rire spirituel jusqu'au rire niais , depuis la » censure de l'académicien jusqu'aux huées de Pécon lier de sixième , depuis le coup de gr^e du lion » jusqu'au coup- de pied de l'Ane , tout fut prodigué ^
Xliv PJRfiFAGR DK L^EDITEUK.
qui tiennent à la fois du rc»nan , de Phîgloire, et surtout du poème), jamais il n'offre pour héros à ses lecteurs des étres^ surnaturels , des monstres à ongles cro-
» tout fut applaudi ^ tout fut estimé de bon aloi. Et
» pourtant quelle était la cause d^une persécution si
» constante ? De quel crime pouvait-on convaincre le
» genre romantique? Venait-il changer, nos mœurs ou
» détruire parmi nous Tempire des illusions ? Venait-
» il renverser les monumens de notre littérature ou
» insulter à la gloire de la nation dans la personne
» des écrivains qui Tout illustrée par leurs chefs-
» d'œuvre ? Méconnaissait-il les bienfaits de Tanli-
» quitc et les sages préceptes qu'elle nous a tracés ?
» Était-ce pour introduire dans notre système litté-
» raire des élémens de dégradations ? Était-ce enfin
» pour entraver ou rebuter le talent ? pour favoriser
» la médiocrité qu'ildemandait si modestement Thos-
» pitalité j lui qui ne fut jamais un étranger , et qui ,
» plus légitimement que tout autre , pouvait prendre
PR«FACE DE L^£l>ITËCJR. xlv
chus^ des spectres, des damons, dés •damnes , des Vampires.^, etc Ses e'vënemens sont simples et clairs , ses récits peu chargeas de personnages et à^épir sodés. Ce n'est jamais que le désordre et les passions du cœur qu'il essaie de peindre; et si parfois il cherche à ef-
» plfice dans la.ÊEimille ? Nob , et à Dieu ne plaise
» qu'il en fut ainsi ! Son crime ne 'fut pa» celut-la.
» Jayiais avQc de. pareils .mojensid^atiaque* nos ad-
» versairei^ n'avivaient fait desirendre leurs récrimina-
» tions juS4{tt'à Vabsurde'.i Ajouter» une corde k la Ijrc
» antique î.tres$er pour les: Grâces i une couronne de
» fieivs nou^veliés, d^tiiiée:À'reflîpâbiGereelle''que les
» siècles cdnuixencei4 à flétrir ; prêter à l^a poésie des
» couleurs plus vdhiées etplhs fraîches ; faire planer
». sur ses vastes domaines là pensée f eligieuse ; im-
» primer à notre langue une allure plus franche y plus
» décidée et plus hardie ; rajeunir une littérature
Xlvj PREFIkCB DR L EJPITBUR.
frayer ses lecteurs par des images fortes et terribles i ses tableaux ne sont point ceux des dijOTormités du corps , mais des boule versemens de l'ame. Aussi ses écrits ont charme tous les âges > tous les sexes > toutes les classes et toutes les naûo«s.
presque épuise dans sa sèv«; livrer un nouvel uni- T«rs au ^nie; purifier et multipUcar en même temps ;les soureetdes. iiuages et dés oomparatsdns ; ^argir la scène française y en retremper qfuelques ressorts , Tenric^ de earactères nouveaux ^ préférer de marcher sous les inspirations de la religion et des sou- Ycnirs qui sont les nôtres, que d'obéir senrilement à des impressû>tt8 étrangères ; vivre enfin quelquefois de notre propre fonda : telle est . la glorieuse mission que la littérature romantique est venue remplir chen nous : tel a été le but qu'elle s'est proposé. »
P^ÉFAjBE DE L^EDinOR. xlv^
La morale de V Etrangère est plus digne d'attention encore qœ celle des livres qui l'ont précëdëe. On y voit les dangere de l'exaltation dans une ame ardente et pure ^fui n'a point appris à se modérer 3 qui a dédaigné la vie ordinaire^ qui s'est coiuplue dans le vague et 1'^ déalisme^ qui s'est perdue dans les rêveries contemplatives^ et dont aucun principe religieux n'a basé l'éducation > et fortifié les principes. On y voit ju*^ qu'à quels excès peut se laisser entraîner un cœur plein de loyauté , de vertus et d'honneur^ lorsque^ se fiant à ses pro* près forces, il méconnaît tout autre appui , méprise les usages reçus et néglige les saints devoirs. Le caractère d^ Arthur est tracé de manière à laisser de pro-
Xlviîj PREFACE DE L^EDITEVK.
fondes impressions dans Famé des lecteurs; et plus d'un jeune honune peutêtre ne lira point sans fruit ce dernier roman diP chantre de Gharlemagne.
Ce dernier roman ! C'est avec regret que ces mots ont éxè prononces; mais malheureusement il parait certain que M. le vicomte d'Arlincourt renonce désormais à ce genre de compositions.
L'histoire va occuper ses loisirs , il compte revenir aussi à la poésie; puisse-t-il, en de nouvelles carrières , obtenir de nouveaux triomphes !
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