TOME I. i
2 L^éTRANOERE.
sur une île étroite , au milieu d\in lac immense , ses murailles étaient battues de toutes parts par des flots souvent agités ; et quelques rochers à Pautre rive s'oflfraient de loin en loin aux regards comme les fortifications avancées d'une citadelle imprenable.
Selon d'anciennes traditions, une plage fertile et peuplée occupait jadis l'emplacement du lac; il s'y trouvait même une ville; des combats s'y étaient livrés ; des faits héroïques en avaient illustré les chefs; et la plage , les chefs , la ville , tout avait disparu depuis : leurs noms mêmes s'étaient effacés du souvenir des hommes , l'onde avait tout enseveli; l'on eût dît que les habit ans des bords du lac de Montolin , comme ceux des rives du Lethé , buvaient , dans ses limpides
eaux, le complet oubli du passé (i).
(i] De tels éyénemens paraissent avoir été fréquens en Bre-* tagne. Il en est parmi eux qu'on explique par des miracle» r
LIVRB I. 3
' DejàTômbre s'étend sur les montagnes de la vieille Armorique ; leur cime se perd à rhorizon sous les vapeurs bleuâtres de l'atmosphère ; et la nappe argentée du lac de Montolin ne réfléchît plus , depuis quelques instans , le globe d'or du soleil.
Quelles nouvelles clartés succèdent à celles de Tastre du jour! Quel magnifique spectacle vient charmer les regards des h^bitans de la contrée ! Le château de Montolin , tel qu'un météore enflammé, resplendit au
milieu des eaux , et rappelle au peuple crédule les merveilles du Castel de Joyeuse--
(( Une jeune fille poursuivie dans la forêt de Mazerolles, et » craignant pour sa pudeur, conjura la Vierge de protéger son » innocence. Sa prière fut exaucée. L'eau se répandit tout-4- » coup dans la forêt , et ne laissa au-dessus de son niveau que » File du Chêne de Mazerolles où la jeune fille fut sauvée , 2> et celle de Saint-Denis, où ceux qui la poursuivaient furent » renfermés.» (Richer. Fbyage pitt, dans le département de la Lolre-Inférieare y Lettre i ^e, p. /| i . )
Gtf^rde (i), les enchantemëns du prophète Merlin, et les magies (Je la Roche ^-aux" Fées (2).
Pourquoi ces phares brillans couronnent-ils ces tourelles ? pourquoi ces drapeaux armoriés flottent -ils sur chaque flèche du manoir? pourquoi ces lumières étincelantes marquent-elles en lignes de feu et les contours des croisées gothiques , et les pignons des galeries crénelées , et Tarchitecture tout entière du noble séjour des sires de Montolin ? C'est que ce jour mémorable est Panniversaire de la délivrance des Bretons; ce jour a vu fuir les Anglais devant les légions triomphantes de Timmortel Philippe- Auguste.
(i) Séjour des paladins. {Foy, TressaD. Romans de cheya-^ lerie.)
(3) Suivant labbë Déric et M. de la Houssaie, c'était untem-