LIVRE XI
» — Oui, vous; il me récrit lui-même.
* Agnès ! il e*t épris de vos charmes*
» — < Qui, lui!.... jamais il ne m'a vue.
j> — Non : mais un heureux hasard a fait » tomber entre ses mains un portrait plein » de ressemblance, où.... »
Le cri le plus douloureux interrompt Léopold. Agnès cache son front dans ses mains , comme si quelque sceau flétrissant venait d'y empreindre sa. honte; elle est demeurée anéantie comme si le ciel venait en
ce moment de l'effacer à jamais de la liste de ses élus . Puis, se levant précipitamment r elle échappe aux yeux de son frère.
Léopold n'a pu rien comprendre à l'étrange douleur d'Agnès, qui seule, en un lieu retiré, s'est renfermée plusieurs jours, et n'a voulu recevoir personne; il respecte sa solitude, il ne Fa plus interrogée*
Mais un ambassadeur français est député près de Berthold. Il demande solennellement au nom de son roi la main de la princesse de Méranie; et cet illustre messager est Maurice évéque de Paris (i). Le prieur de Saint- Irénée, aumônier de Philippe-Auguste, et le comte Guillaume des Barres grand sénéchal du royaume accompagnent le saint prélat.
Berthold se rend près d'Agnès.
« — Ma tille ! dit le souverain , la France » et son roi vous appellent; vous allez mon- » ter au plus beau trône de la terre ; et le » plus brillant destin vous attend.»
Mais le visage de la princesse est decomposé; c'est plus que du trouble qui s'y peint, c^est de la terreur.
« •; — Non, non, répond-elle avec déses- » poir, rien d'heureux ne m'est réservé.
(i) Voyez tous les historiens.