‹ L'étrangèreChapitre 31 sur 161 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

désordre ! la confusion est générale Un

jeune homme, le glaive nu, pale, furieux, égaré, se fait jour, non sans résistance, à travers la multitude. Il ne respecte aucun pouvoir; il renverse tous les obstacles; il s'élance au pied de l'estrade... C'est le comte de Ravenstel.

Arthur, pendant trois jours, grâce aux précautions d'Olburge, n'avait pu rien savoir du péril qui menaçait Al aïs. Mais Nicette cherchait partout des protecteurs à sa maîtresse ; elle s'était pénétrée de l'idée , après sa scène avec Arthur, que, jaloux de Valdebourg, il était épris de l'Etrangère; et quelques lignes écrites de sa main , où elle l'appelait au secours de l'innocence , lui avaient

été remises le matin même par un des pages du castel, amoureux de la villageoise* Le comte , au reçu de la lettre , a voulti voler au couvent. O surprise ! les portes du .castel sont fermées; on refuse de les lui ouvrir.

L'amant fougueux tire son glaive, il s'emporte, il frappe , il renverse. Tous les serviteurs du manoir ont pris la fuite devant lui. Il a triomphé, il est libre. Il est enfin au tribunal.

Quelle apparition pour Olburge ! et quel moment pour l'Etrangère ! « — Juges ! s'est » écrié le comte , arrêtez !.... elle est inno- » cente.

» — Audacieux ! répond le prieur. Pour » justifier cette femme quels moyens hardis » prenez-vous l

» — Et que m'importent les moyens !...

» Alaïs ! j'accours te sauver.

» — Comte ! dit l'abbé avec calme , re- » prenez vos esprits ; et malgré l'inconve- » nance de votre entrée en cette enceinte, » nous consentirons à vous écouter. Il nous » est presque prouvé que cette femme, qui,

Page 1