TOME II
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conduite à l'échafaud ! il a recouvré quelques forces, il veut se lever à l'instant même et partir pour Saint-Irénée ; pas une minute n'est à perdre. En "vain l'écuyer s'y oppose;
il quitte le lit des souffrances; et pâle, presque mourant, tel qu'un spectre évoqué des tombes , 41 apparaît au monastère.
Les religieux du dehors , à son aspect , redoutant les cris de la multitude , le dérobent à tous les yeux. Ils le conduisent par des passages obscurs à l'entrée secrète de la salle du tribunal ; et. les accusés sont absous.
Arthur est au castel de Montolin. Comment y est-il revenu? qui l'y a ramené? Il n'en a nulle souvenance. La scène du juge*ment , au cloître de Saint-Irénée , est comme la seule époque de sa vie; il n'a qu'elle dans sa mémoire , tout le reste en est effacé.
L'arrestation d'Alaïs, les écrits d'Agnès de
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Méranie et de Philippe-Auguste , la procédure et la sentence , sont pour lui des faits obscurs , incompréhensibles, confus; mais l'apparition deValdebourg, le regard sévère de son ami , la main qui Ta repoussé , et les paroles qu'il a entendues, ne lui présentent rien de douteux ni de vague ; ils sont encore là devant lui; ils le poursuivent; ils le tuent»
Le baron existe; Ravenstel a perdu à la fois son amitié et son estime; il n'a plus à attendre de lui que les effets de son ressentiment. Alaïs, dévouée à son frère, obéira aveuglément à ses volontés ; Arthur la voit perdue pour lui. Son avenir décoloré devient nu et vide à ses yeux ; il n'aura connu de la belle saison que ses orages , et de l'amour que ses souffrances.
Une de ses blessures était profonde, il ne l'a point soignée, elle s'envenime de jour en jour. Ses peines morales et ses
maux physiques se disputent ensemble leur proie. La vie lui est devenue insupportable ; il ne parle et n'agit qu'avec un effort continuel. Ses paroles sortent une à une et lentement, comme si chacune était un dard intérieur qui, pour échapper de ses lèvres, avait à percer sa poitrine*
Semblable à l'aiguille d'une horloge dont le mouvement est brisé, il ne tient plus compte du temps qui passe. Il se cache à tous les regards, et s'enferme dans sa retraite. Le sire de Montolin , Izolette et 01burge ne peuvent presque plus le voir. Inabordable, il hait l'approche de tout être vivant. Il se consume en ses douleurs. Jeune d'années, vieux de souffrances, il dépérit à vue d'œil ; et sa raison égarée , son printemps flétri, ses forces épuisées, semblent, lui montrant déjà le cercueil, le dénoncer à la poussière.