‹ L'étrangèreChapitre 41 sur 161 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

Quelquefois, se rappelant le silence d'Alaïs qui au tribunal eût pu d'un mot se justifier en révélant le nom du coupable y il revient à la douce idée .qu'elle s r intéresse à son sort, et que peut-être il est aimé; mais son esprit ne s'arrête point à cette image séduisante ; il a renoncé à toute espérance ; il.range parmi les illusions toute pensée consolatrice ; il ne- croit plus à rien qu'au malheur.

De tous les serviteurs du castel 11 n'en est qu'un; dont il supporte patiemment les soins et la présence ; c'est le jeune page Edovar qui lui remit la lettre de Nicette le matin du grand jugement. Il connaît son amour pour la villageoise; il l'en entretiendrait peut-être , si dans son état d'abattement il pouvait trouver quelques mots pour exprimer quelques pensées. *

Un matin , au lever de l'aurore, assis contre une croisée solitaire , il voyait se dérouler devant lui le tableau magique et vivant d'une nature enchanteresse. Une légère ondulation balançait les eaux du lac. Le fond bleu de la voûte céleste était parsemé de nuages d'or dont le vent brisait à chaque instant les formes indécises. Les arbustes bordant le bassin de la vallée étendaient autour de la rive de longues guirlandes festonnées dont les fleurs toujours agitées mêlaient et variaient leurs couleurs. Les montagnes en un lointain vaporeux réfléchissaient par intervalles les feux pourprés de Fhorizon. Le vallon , comme dilaté par les douces haleines du printemps , semblait ouvrir un temple aux plaisirs 5 et l'oscillation à peine visible des arbrisseaux du bocage que caressait la brise matinale, ressemblait aux tendres palpitations d'un jeune cœur que le

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