IV. — L'extériorisation de la sensibilité
Découverte et magistralement étudiée par M. de Hochas, l'extériorisation de la sensibilité a été contrôlée expérimentalement par de nombreux observateurs. Je rappellerai brièvement les principales constatations de M. de Rochas ' :
Chez un certain nombre de sujets, la sensibilité, disparue pendant le sommeil hypnotique de la surface du corps, se retrouve, appréciable pour le magnétiseur, en dehors de lui.
Les explorations montrent cette sensibilité disposée de la façon suivante :
Une première couche sensible, très mince, suit tous les contours du corps, à 3 ou 4 centimètres en dehors de la peau.
Tout autour de cette première couche, il existe une série de couches équidistantes, séparées de la première par un intervalle de 6 à 7 centimètres et se succédant jusqu'à 2 ou 3 mètres, se pénétrant ets'entre-croisant sans se modifier.
Si l'hypnose est poussée plus loin, les couches sensibles se condensent, après la troisième ou quatrième phase de léthargie, sur deux pôles de sensibilité situés l'un adroite, l'autre à gauche du sujet.
t. De Rochas, l'Extériorisation de ta sensibilité.
Enfin, ces deux pôles finissent par se réunir en un seul, et, dès lors, toute la sensibilité appréciable du sujet se trouve reportée sur une sorte de véritable fantôme, capable de s'éloigner Tort loin au gré et à l'ordre du magnétiseur, de traverser les obstacles matériels en conservant sa sensibilité.
Le sujet ou d'autres sujets témoins voient les diverses couches sensibles et le fantôme total. La moitié droite leur semble bleue et la moitié gauche rouge. Pour eux, le fantôme semble éclairer les sujets sur lesquels il se pose.
Enfin, certains objets et substances mis en contact avec les couches sensibles s'imprègnent d'un peu de la sensibilité du sujet et peuvent la conserver quelque temps.
Telles sont les singulières manifestations de l'extériorisation de la sensibilité,
Naturellement, de pareils faits n'ont pas été accueillis sans scepticisme. On a invoqué la fraude, lu suggestion plus ou moins involontaire du magnétiseur sur le sujet, et surtout la suggestion mentale.
De semblables causes d'erreur peuvent être évitées, et des expériences bien conduiles ont été répétées en assez grand nombre pour établir l'authenticité absolue des faits observés par M. de Rochas'.
Quelle est l'explication possible de la découverte de H. de Rochas ? Pas d'autre, évidemment, que celle qu'il a donnée lui-même : il y a extériorisation, de lor-
rit des expériences du Ir" Joire,
es psychiques, années 1897 et 1903.
ganisme du sujet, d'une partie de sa sensibilité ; ou plutôt extériorisât ion de quelque chose qui entraîne et conserve cette sensibilité en lui servant de substratum en dehors de l'organisme.
L'existence de ce substratum est prouvée par la démonstration que M. de Rochas a faite de l'objectivité des effluves perçus dans l'étal hypnotique et de la réalité des fantômes des vivants, manifestation supérieure du même phénomène.
[Vous sommes donc dès maintenant en possession d'une hypothèse solidement établie sur des constatalions positives, et qui nous servira de guide pour l'examen explicatif des phénomènes suivants : l'hypothèse de l'extériorisation.
Avant d'abandonner l'étude de l'extériorisation de la sensibilité, il resterait à examiner si le phénomène peut se produire en dehors de l'hypnose,
11 semble bien que ce soit possible, mais à un degré élémentaire. Les recherches de Reichenbach sur les effluves odiques, celles plus récentes de nombreux expérimentateurs, en particulier de M. Baraduc, prouvent que le « quelque chose » qui peut s'extérioriser par l'hypnose n'est pas étroitement assujetti à l'organisme, même pendant la vie normale, et rayonne plus ou moins de sa périphérie.
Les effluves ainsi émis impressionnent les plaques photographiques, et les impressionnent diversement, suivant l'état moral du sujet.
Je n'insiste pas sur cette question, qui a donné lieu à de nombreuses controverses et nécessite de nouvelles recherches.
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FAITS OHSCUHS HE h' H \ CHU [.MIE AMIHHALE '»9
Le rayonnement péri-organique, dans la vie normale, me parait d'autant plus probable qu'il explique admirablement les phénomènes psychiques élémentaires, obtenus sans sommeil du sujet, soit dans le domaine de la sensibilité, soit dans celui de la motricité ou de l'intelligence (voir chapitres suivants) '.
On désigne sous le nom de clairvoyance ou de lucidité la faculté d'acquérir des connaissances précises sans le secours des sens normaux et sans lecture de pensées.
Les faits de cet ordre ont été recueillis en assez grand nombre ; quelques-uns semblent bien convaincants, mais ils ont malheureusement jusqu'à présent échappé en grande partie aux tentatives d'expérimentation méthodique.
C'est que ces phénomènes se dérobent absolument à la volonté du sujet. Ils se produisent « par éclairs » et ne peuvent être soumis à des conditions déterminées d'avance.
Ils se produisent en général dans les états hypno-
tu,,*.
1. Des appareils ont tHr iinsfjiiii's dans lr luit de démonlnr et d'apprécier la valeur du rayonnement péri-organique. I.c plus ingénieux et le meilleur est l'appareil inventé par le D' Joire et présenté sous le nom de sthé nom être, Annales des sciences psychiques, juillet-août 1004.
3. Voir spécialement les études de Myers, La c< btiminale et La personnalité humaine, sa survivant fellations supranormales. Paris, F. Alcan.
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Le sujet endormi rapporte le plus souvent le phénomène à la vision, dît voir ce qu'il raconte (c'est la clairvoyance typique).
D'autres fois, il l'attribue au sens de l'ouïe (clairaudience).
Tantôt le sujet parle comme s'il se trouvait en présence de la scène qu'il décrit; tantôt il semble projeter sa vision sur une surrace réfléchissante (miroir, verre d'eau, etc.) par laquelle il ohtient sans doute l'auto-liypnose.
Engénéral, le sujet a voit » plus facilement quand on lui fournit quelques points de repère, quelques indications comme pour le guider sur le chemin à parcourir.
Souvent aussi, la clairvoyance est facilitée par le contact du sujet avec un objet quelconque émané de l'endroit qu'il s'agit de voir, ou de personnes avec lesquelles le rapport doit être établi (c'est la psyehomètrie').
Dans quelques cas, la lucidité semble indépendante de tout élat hypnotique apparent ; mais on sait combien un état léger d'auto-hypnose peut facilement rester inaperçu. Dans ces cas, le sujet prétend trouver les connaissances dont il Tait preuve par certains procédés trop en dehors de la méthode positive pour qu'il me soit possible d'en parler dans ce travail (cartes, marc de café, lignes de la main, etc.). Je cite tout cela pour être complet, sans m'y arrêter aucunement.
En ce qui concerne les connaissances acquises par lucidité, on observe qu'elles sont par fois extrêmement précises et exactes '.
plus
D'autres fois, le sujet se trompe du tout au tout, sans qu'il soit possible de distinguer dans quel cas et pourquoi il se trompe ou voit juste.
Les connaissances acquises par lucidité peuvent être relatives au passé, auprêsent ou à l'avenir.
Explication des faits de lucidité. — Comment expliquer le phénomène de lucidité, lorsqu'il est indépendant de toute lecture de pensée ?
11 semble qu'une première explication, dans beaucoup de cas, puisse être simplement l'extériorisation de la sensibilité.
Il y aurait projection et action à distance de la sensibilité extériorisée, télesthésie, suivant l'expression de Myers.
Comme la distance et les obstacles matériels n'ont qu'une importance relative sur cette projection extraorganique, cette explication embrasserait tous les faits de lucidité dans le présent.
Pour les cas de lucidité dans le passé ou dans l'avenir, en admettant bien entendu que leur authenticité soit bien établie, l'explication est plus difficile.
Si l'on pouvait supposer que les faits passés ont laissé une image ou une empreinte quelconque et quelque part, sur la planète ou dans l'éther, on en déduirait que les sens extériorisés du sujet ont su retrouver et déchiffrer cette image. Mais une pareille supposition est bien invraisemblable. Il est plus logique, peut-être, d'admettre que le sujet possède dans sa subconscience ou puise dans la subconscience d'une autre personne la connaissance des faits passés dont il fait preuve. (Cette hypothèse semblera moins extra-
ordinaire quand nous aurons passé en revue tout ce qui concerne la s ubscon science.)
La prévision de Y avenir pourrait s'expliquer d'une manière analogue : l'avenir découle nécessairement du passé et du présent (le hasard n'est qu'un mot vide de toute signification, et le libre arbitre ne peut être isolé des motifs d'action, quelque opinion qu'on ait à son sujet).
Il suffirait donc de connaître tout ce qui touche une personne quelconque dans le passé et dans le présent (ou même simplement dans le présent, qui résume tout le passé dont il découle) pour connaître dans les grandes lignes l'avenir de celte personne.
En réalité, cette explication de la lucidité est insuffisante et peu vraisemblable, surtout en ce qui concerne le passé et l'avenir. Du reste, dans beaucoup de cas, la lucidité se manifeste sous une forme synthétique qui exclut tonte réflexion et toute recherche. C'est comme une lueur qui Trappe brusquement le sujet et lui procure instantanément, soit la connaissance d'un fait ignoré et inaccessible aux voies sensorielles, soit une connaissance complexe qui nécessiterait normalement un travail compliqué sur de nombreux éléments de recherche (par exemple la solution d'une opération d'arithmétique difficile). Dans des cas semblables, la lucidité nous est parfaitement inexplicable, dans son mécanisme comme dans ses résultats.
On ne peut que la considérer comme une faculté subsconsciente qu'il est impossible de rattacher aux facultés conscientes connues.
Sa constatation est une preuve nouvelle en faveur de
l'existence de cette suhconscience supérieure mystérieuse dont les phénomènes précédemment étudiés nous ont déjà suggéré l'hypothèse.
VI. — Extériorisation et action a distance de la motricité 1 .
L'extériorisation et l'action à distance de la motricité ont été révélées par les manifestations médiumniques. Ce n'est que dans le médiumnisme qu'elles se produisent avec toute leur intensité.
On a pu, cependant, obtenir des phénomènes de motricité à distance dans l'hypnose. On les a même observés sans sommeil apparent du sujet.
Mais, dans ces cas, ce ne sont jamais que des manifestations élémentaires.
Le sujet, soit spontanément, soit par suggestion, exerce simplement une action motrice légère et à très proche portée.
Les phénomènes importants de motricité à distance s'obtiennent soit avec très léger contact du médium, soif absolument sans contact.
Ils dénotent souvent une force considérable : des objets très lourds sont déplacés ou soulevés, parfois loin du sujet.
Des objets plus légers sont transportés d'un point à un autre de la salle des séances.
Les mouvements ont un caractère très important :
i. Consulter surtout : l'Extériorisation de la motricité de de
c'est de n'être jamais incohérents. Ils sont toujours dirigés dans un but manifestement voulu, et parfois sont fort complexes.
L'un des phénomènes les plus remarquables de cet ordre est celui de l'écriture directe (plume ou crayon écrivant sans soutien apparent et sans contact du médium.)
Les phénomènes importants de motricité à distance ne s'obtiennent que par des sujets spécialement entraînés (sauf exception).
Le plus souvent, pendant leur production, le sujet se trouve plongé dans un sommeil particulier appelé transe, analogue au sommeil profond de l'hypnose.
D'autres fois, il n'est pas endormi, mais, même alors, les phénomènes se produisent indépendamment de sa volonté consciente.
Après la séance, le sujet accuse une fatigue considérable.
Lorsqu'il a dormi, il ne sait rien au réveil de ce qui s'est passé.
Enfin, pendant la production des phénomènes, les membres du sujet esquissent souvent de légers mouvements, synchrones aux mouvements à distance, dirigés comme ils le seraient pour les produire directement.
Mais ces mouvements sont toujours très faibles et sont inconstants ; ce sont de simples mouvements réflexes ou associés 1 .
i. Voir surtout les expéri' ladino (rapportées dans les ouvrages de de Hochas, etc
Les phénomènes, qui échappent presque toujours, je le répète, à la volonté consciente du sujet, sont dirigés par une intelligence en apparence distincte de lui. C'est une personnalité différente de sa personnalité normale qui produit les phénomènes avec la force extériorisée du sujet.
Les personnalités médiumniques qui se manifestent ainsi semblent utiliser à leur gré, indépendamment de la volonté du médium, ses organes et ses facultés sensibles et motrices.
Elles peuvent avoir des capacités et des connaissances psychiques autres que celles de la personnalité normale.
(J'étudierai en détail les personnalités médiumniques dans un chapitre spécial.)
Aux phénomènes d'extériorisation de la motricité peuvent se rattacher tes coups frappés à distance du sujet sur les meubles, plafond, plancher, tentures, etc., de la salle des séances *.
Les coups frappés, appelés généralement raps, ont la même caractéristique que les mouvements sans contacts : ils se produisent dans les mêmes conditions et ils dénotent une direction intelligente qui n'est pas celle de la personnalité normale du sujet.
Explication des actions motrices a distance — Les actions motrices à distance nécessitent une double explication :
l'Explication relative à l'origine de la force agissante ;
ligirized I:, GoOgk
Ixplication relative à la direction intelligente de
'nce qat concerne la force agissante, il est évident :st une force extériorisée du sujet. Tout le prouve : irésence indispensable d'un médium ; sa fatigue érable après la séance, la constatation des moûts associés, etc.
est pas de doute possible.
: quelquechose » qui peut s'extérioriser entraîne ivec lui non plus seulement de la sensibilité, ussi de la force.
n ce qui concerne la direction intelligente de jrce, le problèmeest plus difficile, t certain que l'intelligence directrice n'est pas gence personnelle normale du sujet, -on conclure qu'elle lui est extérieure etétran-
'est pas nécessaire, puisque nous avons la resde faire de l'intelligence directrice une personsubconsciente.
ement nous sommes alors forcément entraînés :ttre l'existence de personnalités subconscientes ulement entièrement différentes de la personnarnale, mais encore pourvues de capacités que ernière ne possède pas et capables d'agir en de l'organisme.
d'ire, une fois de plus, que la subconscience unprise est fort différente de la subconscience tique classique. Elle constitue celte subconsupérieure que l'examen des faits précédents raient déjà appris à reconnaître.
VII. — Action à distance d'une faculté organisatrice ou désorganisatrice sur la matière ' .
Il semble que, dansles états hypnotiques et médiumniques, le sujet puisse avoir sur les molécules matérielles une véritable puissance organisatrice ou désorganisatrice. On connaît les effets possibles de cette faculté sur l'organisme même du sujet : production de stigmates sur le corps des hystériques, soit parautosuggestion mystique, soit par suggestion expérimentale (par exemple, vésication par un timbre- poste).
Je n'insiste pas sur ces faits, aujourd'hui classiques; je me contente de faire remarquer qu'ils nous entraînent bien au delà de ce qu'on savait touchant l'influence du moral sur le physique, et qu'ils permettraient peut-être de comprendre centaines observations de guérisons, dites miraculeuses; certains récits des prouesses des Aissaouas et des prodiges attribués aux Fakirs.
Je veux surtout m'occuper de l'action à distance de cette faculté organisatrice ou désorganisatrice.
Prouvée, cette action à distance pourrait expliquer certaines apparitions et visions, mystiques et autres, lesquelles ne relèvent pas simplement ni toujours de l'hallucination.
I. Voir surtout Aksakof, Animisme et spiritisme. — Crookes, Recherches sur les phénomènes du spiritualisme.' — Maxwell, Les phénomènes psychiques. — On consultera aussi avec fruit l'autobiographie de M™ d'Espérance, Au pays de l'ambre.
Or, là encore, l'étude du médiumnisme montre l'existence d'une semblable faculté.
Le sujet peut, soit désorganiser à distance certains objets, soit organiser dans des formes plus ou moins complexes une trame matérielle émanée ou extériorisée elle-même de son organisme(c'est la téléplaslie).
Pour que de semblables phénomènes puissent être considérés comme réels et non hallucinatoires, il faut que leur réalité objective soit rigoureusement prouvée. Elle l'est, dit Aksakof, lorsque sont constatés les caractères suivants :
1° Vision de lu s forme » par plusieurs personnes à la fois ;
2° Vision et contact de la forme par plusieurs personnes, avec impressions concordantes des deux sens ;
3" Effets physiques produits par la forme j
4° Effets physiques durables (écriture, empreintes, moulages, photographies, effets sur le corps d'an assistant).
Dans ce dernier cas seulement, la preuve est absolue ; mais précisément, ce dernier cas est des plus fréquents. Une forme bien nette peut presque toujours laisser après elle des effets physiques durables.
Pour plus de facilité, je considérerai successivement l'action organisatrice et l'action désorganisatrice.
a) Action organisatrice. — Elle peut aboutir à des formations très variables comme netteté et comme complexité.
Les manifestations élémentaires sont caractérisées