‹ L'Etre subconscient: Essai de synthèse explicative des phénomènes obscurs deChapitre 2 sur 53 · Berthelot, Science et philosophie · texte numérisé non relu

Berthelot, Science et philosophie

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« Ces réalités cachées, ces causes premières, l'esprit humain les rattache d'une manière fatale aux faits scientifiques, et, réunissant le tout, il en forme un ensemble, un système embrassant l'universalité des choses matérielles et morales...

a Pour construire la science idéale, il n'y a qu'un seul moyen, c'est d'appliquer à la solution des problèmes qu'elle pose tous les ordres de faits que nous pouvons atteindre... Ici, chaque science apportera ses résultats les plus généraux...

« La vérité, nous devons l'avouer, ne saurait être atteinte par la science idéale avec la même certitude que par la science positive...

i En effet, la science idéale n'est pas entièrement formée, comme la science positive, par une trame continue de faits enchaînés à l'aide de relations certaines et démontrables. Les notions générales auxquelles arrive chaque science particulière sont disjointes et séparées les unes des autres dans une même science, et surtout d'une science à l'autre. Pour les réunir et en former un tissu continu, il faut recourir aux tâtonnements et à l'imagination, combler les vides, prolonger les lignes...

« Ainsi, tandis que la science positive une fois constituée l'est à jamais, la science idéale varie sans cesse et variera toujours. »

Ainsi donc, la philosophie ne s'écartera pas de la méthode scientifique, quand elle ira au delà des faits. Elle avancera toujours très prudemment, du connu à l'inconnu, n'admettra que les déductions parfaitement logiques et rationnelles ; ne fera, en fait d'hypothèses,

ÉVOLUTION DE LA PB1LOS0PBIE SCIENT If'JQL'E 3

que celles qui seront rigoureusement nécessaires, et ne leur donnera jamais qu'un caractère provisoire. Elle n'hésitera pas à sacrifier les hypothèses devenues insuffisantes ou trouvées en contradiction avec an seul fait bien établi.

La science étant indéfiniment progressive, la philosophie scientifique sera elle-même progressive, variable par conséquent.

Aussi constatons- non s que depuis moins d'un demisiècle, par le prodigieux essor des sciences modernes, le caractère général de la philosophie scientifique a subi des transformations radicales.

Du matérialisme pur, il s'est élevé au monisme naturaliste.

Le monisme lui-même semble devoir subir une évolution capitale, grâce au développement récent de la psychologie, et aboutir bientôt à une interprétation rationnelle de l'univers et de la vie ; satisfaisante en même temps, au point de vue idéaliste et moral.

Le matérialisme pur semblait avoir trouvé une solide base scientifique dans les grandes découvertes des sciences naturelles et la théorie transformiste.

Tout paraissait avoir une explication naturelle dans l'évolution progressive de la matière, reliant par une transition insensible les formes inférieures de la vie et de l'intelligence aux formes supérieures.

Comme, d'autre part, il était prouvé jusqu'à l'évidence qu'une corrélation étroite existait entre l'étendue de la conscience et le développement des centres nerveux, et comme cette conscience semblait subordonnée au bon état et au bon fonctionnement du sys-

tème nerveux, il n'y avait plus à espérer de survie de l'intelligence après la destruction de l'organisme.

Maïs la doctrine matérialiste ne devait pas se maintenir longtemps dans son intégralité.

Tout d'abord, la conception de l'évolution, telle que l'admettait la science naturelle, se heurtait à de grandes difficultés philosophiques.

En effet, la connaissance des conditions évolutives essentielles (influence du milieu, sélection naturelle, etc.) ne peut pas exclure l'idée de cause première ni de cause finale.

Des volumes ont été écrits en vue de cette démonstration.

L'argument le plus probant et le plus scientifiquement déduit est le suivant :

Dans aucun cas, le « plus » ne peut sortir du a moins », si le «moins» ne contient pas en puissance toutes les possibilités du « plus ».

Admettre le contraire est tout à Tait illogique et tout à Tait anti-scientifique.

Le chêne sort du gland, parce que le gland contient en germe le chêne futur ; mais le chêne ne pourra dériver d'une graine végétale inférieure, quelque lente que soit cette dérivation, que s'il est déjà contenu en puissance dans cette graine. Les conditions constatées de l'évolution n'en sont donc pas fa cause suffisante.

Les transformations progressives ne peuvent être conçues comme possibles qu'à condition de les supposer en puissance dans l'élément originel le plus simple, quel qu'il soit, placé à la base de l'évolution.

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