‹ L'Etre subconscient: Essai de synthèse explicative des phénomènes obscurs deChapitre 3 sur 53 · MÉTHODE ET ÉVOLUTION DE LA PHILOSOPHIE SC1ENTIFIQI · texte numérisé non relu

MÉTHODE ET ÉVOLUTION DE LA PHILOSOPHIE SC1ENTIFIQI

Le raisonnement est rigoureux et semble bien scientifiquement irréfutable. Par conséquent, bon gré mal gré, on est ramené à la recherche de cette cause première que Ton espérait éviter.

Autre difficulté :

La matière, prise comme base de l'évolution, n'offrait bientôt plus le solide point d'appui que l'on croyait trouver en elle.

Ses qualités les plus essentielles, étendue, impénétrabilité, soumises à l'analyse, apparaissaient tout à fait illusoires. Les solides n'avaient de solide que l'apparence et cette apparence était essentiellement relative à nos sens.

Avec Ampère, Faraday, Tyndall, etc., on ne pouvait plus voir dans un corps prétendu solide qu'un agrégat de milliards d'atomes mobiles, gravitant les uns autour des autres, ne se touchant nulle part, mais séparés par des distances relativement considérables.

L'atome lui-même n'apparaissait bientôt plus que comme une nécessité de logique, une fiction commode mais sans réalité vraie. L'atomisme devenait dynamisme : l'atome n'était plus qu'un tourhillon(He\motz), un centre de forces ; et les forces elles-mêmes se ramenaient logiquement au mouvement.

Les découvertes récentes sur la radio-activité de la matière appuient fortement les conceptions dynamiques en nous montrant, dans l'agrégation d'éléments qui constitue l'atome chimique, des réserves insoupçonnées et formidables d'énergie.

Le matérialisme n'a donc pas plus de valeur ni d'importance scientifique que le spiritualisme.

« Le matérialiste, dit admirablement Guyau 1 , croit e de la science positive; il fait, lui aussi, tout une l'idéaliste, de la poésie métaphysique ; seuleit ses poèmes, avec leurs constructions imaginati- , sont écrits en langue d'atomes et de mouvements, lieu d'être écrits en langue d'idées... ceux de nos ants qui spéculent ainsi sur la nature des choses t des Lucrèce qui s'ignorent. »

in réalité, le seul système de philosophie scientifii actuelle est le monisme, avec sa conception granse d'un principe unique, à la fois intelligence, force nattère, embrassant tout ce qui est et tout ce qui est sible, cause première et cause finale, dont les difm dations ne seraient .que des formes diverses de uvements.

>tte doctrine est d'accord avec toutes les constatais scientifiques ; elle s'appuie non seulement sur les ;nces naturelles, mais sur tout ce que nous ensei- :ntla physique, la mécanique et la chimie, touchant îmortalité de la matière et de la force ; leurs transnations et leur unité probable.

-es conséquences du monisme sont des plus importes :

'out d'abord, c'est le rejet définitif de /a concepi, non pas de la divinité, mais d'une divinité externe à l'Univers.

l'est, en effet, une « hypothèse inutile », conforment au vieil et irréfutable argument panthéiste qui is montre la cause première, elle-même sans cause,

Guyau, ['Irréligion de l'avenir. Paris, F. Alcan.

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comme au moins aussi incompréhensible pour nous en dehors de l'univers que dans l'univers même; de sorte que placer cette cause première en dehors, c'est simplement reculer la difficulté et non la résoudre.

De plus, même au point de vue moral, c'est une hypothèse vraiment peu rationnelle, comme l'a bien montré Guyan. En dépit des subtilités théologiques, et des paradoxes de l'optimisme, le Dieu tout-puissant serait responsable de tout le mal constaté dans l'univers.

Il semblerait plus logique d'attribuer le mal à la nature aveugle :

S'il est des malheureux, il n'est point de bourreaux,

Et c'est innocemment que la nature tue.

Je vous absous, soleil, espace, ciel profond,

Étoiles qui glissez, palpitant dans la nue,

Ces grands êtres muets ne savent ce qu'ils font.

(Guriu, Vers d'un philosophe.)

Les conceptions du monisme naturaliste sont-elles plus satisfaisantes que celles du matérialisme pur ?

Au point de vue métaphysique, sans doute; car son essence panthéistique supprime les difficultés de ce système.

Au point de vue moral, non.

C'est en vain qu'Hœckel prétend placer dans le monisme, tel qu'il le conçoit, une sorte d'idéal religieux. Il lui manque tout ce qui caractérise essentiellement les religions ; une explication non seulement physique, mais aussi morale de l'Univers, une espérance et une consolation.

En vain, il nous fait entrevoir, comme explication

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B ITSTRODCCTION

du ma), le perfectionnement de l'espèce et le bonheur futur :

La perspective du perfectionnement, d'ailleurs non rigoureusement certain, de l'espèce, n'est qu'une consolation très relative au sacrifice de l'individualité, aux souffrances sans compensation des êtres vivants. Les espérances de justice et de bonheur personnel s'évanouissent et, dès lors, le pessimisme apparaît comme la conséquence inévitable de cette interprétation scientifique de l'univers.

Toutes les objections faites au pessimisme ne peuvent tenir devant la simple et très ancienne constatation de la prédominance des douleurs sur les plaisirs dans la vie terrestre.

La prédominance des douleurs est hélas indéniable !

Elle est évidente d'abord pour tous les hommes un peu élevés.

Leurs plaisirs, sauf exceptions, ne sont pas complets : ils sentent trop la limitation de leurs forces et de leurs facultés, l'impuissance de réaliser leurs espérances ou d'atteindre pleinement leur idéal.

D'autre part, leur sensibilité trop développée multiplie pour eux les occasions de douleur et la douleur elle-même et l'instinct ou la conscience de l'universelle solidarité leur fait trop ressentir tout ce qu'il y a de misères, d'injustices et de souffrances autour d'eux et loin d'eux.

Pour les médiocres, qui constituent la masse de l'humanité, les conclusions pessimistes sont moins évidentes :

La vie terrestre semble leur offrir souvent une

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