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Le névropathe supérieur, en outre des inalaises
organiques, souffre moralement, parce qu'il voit toujours mieux ce qui lui manque que ce qu'il possède, parce qu'il a l'intuition trop claire de la limitation de ses forces, de ses facultés et de ses connaissances, de ses sentiments affectifs. D'autre part, la conscience intuitive ou raisonnée qu'il a de la solidarité universelle multiplie pour lui les émotions pénibles. L'humanité est encore trop loin de son idéal de liberté, de justice et d'amour.
Les névropathes supérieurs sont légion : la majorité des grands écrivains, artistes ou savants, la plupart des hommes de grand talent, tous les hommes de génie sont, à des degrés divers, des névropathes supérieurs.
Cette conception de la névropathie explique suffisamment les ressemblances de surface qu'on peut trouver entre des êtres inférieurs comme les hystériques vulgaires ou les monomanes et les êtres supérieurs dont s'honore l'humanité. Elle rend vaine cette pitoyable théorie de la dégénérescence dont la psychologie moderne avait fait un si lamentable abus. Les analogies de conduite qu'on invoquait, en faveur de cette théorie, entre les névropathes inférieurs et les névropathes supérieurs s'expliquent aussi simplement que les analogies morbides.
On conçoit, par exemple, que l'idée fixe et l'intuition géniale puissent avoir, temporairement, même apparence ou même résultat : dans les deux cas, on constatera l'indifférence pour ce qui n'est pas le but à atteindre, le mépris ou l'inattention des obstacles, des bizarreries d'allure, etc.
Mais ce qui, du loufoque maniaque, artiste dévoyé,
1 1 i LES FAITS OBSCCRS DE LA PSYCHOLOGIE
Taux inventeur ou Taux prophète, distingue l'homme de génie, grand artiste, savant, philosophe ou fondateur de religion, ce n'est pas l'absence de défauts graves ni d'erreurs grossières ; c'est, en dépit de ces erreurs possibles, le caractère d'élévation générale de l'inspiration ; c'est l'esprit de suite inlassable, le bon sens réel arrivant toujours à dominer les écarts de l'imagination, la saine raison venant seconder l'intuition et lui donner toute sa valeur pratique.
La lumineuse intelligence du névropathe supérieur ou génial pourra être occasionnellement éclipsée ou troublée ; mais dans aucun cas sa puissante originalité ne pourra se confondre longtemps avec l'extravagance imbécile du névropathe inférieur.
Beaucoup d'hommes de génie ont été dédaignés ou persécutés parce qu'ils heurtaient les passions, les préjugés ou simplement l'ignorance et la sottise de leurs contemporains. Bien peu, sans doute, ont été complètement et définitivement méconnus.
Beaucoup de déséquilibrés ont pu attirer sur eux l'attention, trouver des admirateurs ou des disciples ; aucun n'a pu s'assurer un succès persistant,
Entre les cas extrêmes de l'homme de génie et du déséquilibré banal se placent naturellement bien des cas intermédiaires de névropathes d'ordre inférieur par certains côtés et d'ordre supérieur par d'autres côtés.
Leurs diverses facultés se montrent très inégales, soit par suite d'une évolution antérieure inharmonique, soit par manque de concordance ou d'affinité entre tes deux psychismes.
Aussi n'est-il pas rare d'observer chez certains
artistes, écrivains ou philosophes de cet ordre, un mélange curieux de qualités et de défauts contradictoires ; une originalité vraie et une extravagance affectée ; du talent et du manque de goût ; parfois même une inspiration qu'on sent très puissante, mais dont les manifestations sont trop souvent faussées ou perverties.
La folie essentielle s'expliquera aussi simplement que l'hystérie par l'impuissance de la direction subconsciente. Seulement, dans la folie, l'impuissance du principe centralisateur n'est plus relative et partielle, mais complète.
Le résultat en est Y anarchie des centres du psychisme inférieur.
Les divers genres de folie essentielle s'interprètent ainsi tous aisément. Donnons quelques exemples : supposons le psychisme inférieur en pleine anarchie et plongé par des causes secondaires (toxiques, infectieuses, réflexes, etc.), dans un état de prostration anormale : nous avons la mélancolie. Supposons le psychisme inférieur dans les mêmes conditions morbides, mais surexcité au lieu d'être déprimé, nous avons la manie aiguë.
Supposons le psychisme inférieur en état d]anarchie vis-à-vis de la direction subconsciente, mais arrivant à se subordonner à un groupe d'éléments mentaux prédominant, nous avons le délire systématisé 1 , etc.
gitized I:, GoOgk
IV. — Interprétation des cas de personnalités multiples et généralement des altérations de la personnalité.
Les cas de personnalités multiples, et généralement toutes les altérations de la personnalité se comprennent sans peine avec les notions nouvelles sur la complexité de la synthèse psychique et sur la possibilité d'une décentralisation momentanée plus ou moins accentuée de cette synthèse.
La condition essentielle de ces manifestations est la suppression plus ou moins complète et plus ou moins durable de la direction su h consciente.
L'incoordination qui en résulte va jusqu'à permettre la manifestation prépondérante, accaparatrice ou isolée d'un des groupes psychologiques.
Les cas observés dans l'hypnotisme et les états connexes, dans certains états pathologiques, dans le médiumnisme élémentaire, relèvent simplement de pseudo- personnalités de la subconscience inférieure, purement automatiques, ou d'origine suggestive.
Les cas observés dans le médiumnisme élevé ou dans la psychologie anormale en dehors de l'hypnose et du médiumnisme sont le plus souvent des manifestations fragmentaires de la subconscience supérieure.
Quand il s'agit d'une personnalité très complète, ayant toutes les capacités et apparences que nous sommes habitués à reconnaître dans les personnalités normales, on en peut conclure sans trop de témérité
ligirized I:, GoOgk
qu'elle représente simplement plus ou moins nette ou plus ou moins déformée, l'une des personnalités antérieures du sujet 1 .
Quand il s'agit de personnalités incomplètes, de souspersonnalités plus ou moins bien caractérisées et plus ou moins autonomes, comme on en observe si fréquemment dans le médiumnisme, on est autorisé à ne voir en ehacune d'elles que la manifestation isolée d'un groupement mental secondaire de l'Être subconscient ; ce groupement ayant été lui-même déterminé et systématisé par diverses conditions (époque particulière de la vie intellectuelle du sujet, préoccupation dominante, événement impressionnant, concentration de l'attention sur un point spécial, etc., etc.).
Ces sous -personnalité s pourront se montrer plus ou moins déformées et modifiées par la suggestion ou l 'auto-suggestion, par des adjonctions imaginatives de valeur et d'intérêt très variables, etc.
Le cas fameux d'Hélène Smith, si magistralement analysé par le P r Flournoy, offre, on le sait, des exemples remarquables de ces diverses altérations de la personnalité ; manifestations purement automatiques; sous-personnalités enfantines dans le roman Martien; personnalités déjà élevées dans le cycle Hindou et le cycle royal ; personnalité très complète et supérieure à la personnalité normale dans le rôle de « l'Esprit guide » Léopold.
Toute réserve étant expressément faite sur la valeur
i. A moins, bien entendu, d'en faire une personnalité sj
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des preuves données par le P r Flournoy en faveur de son interprétation exclusive de ces personnalités et de certaines de leurs connaissances inattendues, il est permis de soutenir que son opinion, même acceptée intégralement, n'a rien de contradictoire avec les idées exposées dans mon travail.