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Maxwell, Les phénomènes psychiques. Paris, F. Alcali

144 LES FAITS OBSCmS DR I,

esprits » de la déformation fatale qu'impose à ces enseignements le mécanisme même du médiumnisme :

Pour se manifester sur le plan physique par la parole, l'écriture ou tout autre moyen, le communicateur est obligé d'emprunter au médium les éléments matériels nécessaires, de faire usage de sa cérébration, de collaborer avec son psychisme inférieur.

On comprend, dès lors, le trouble considérable que doit produire fatalement l'usage inaccoutumé d'organes adaptés au médium, façonnés par lui et pour lui et d'un cerveau habitué à un certain courant d'idées.

De plus, par le fait même de l'usage d'un organisme d'emprunt, le communicateur subit une sorte de réincarnation relative el momentanée, laquelle, comme l'incarnation complète, s'accompagnera plus ou moins de l'oubli de l'état réel, d'une obnubilation des facultés et connaissances transeendantales.

On constate en effet que les eommiinieateurs semblent ramenés invinciblement aux conditions psychiques qui les caractérisaient avant leur mort : ils se manifestent non pas tels qu'ils sont, mais tels qu'ils étaient.

Toutes les communications un peu élevées * décrivent expressément l'obnubilation fatale qu'impose à la pensée le mécanisme du médiumnisme. Jamais cette pensée n'est reçue intégralement et dans sa pureté, mais toujours mêlée à des éléments étrangers issus du psychisme automatique du médium ou suggérés par

s d'Hodgson, d'Aksakof, de M" d'Es-

les expérimentateurs, parfois très déformée ou même totalement perdue.

Les enseignements les plus précieux seraient évidemment ceux qui seraient donnés non par action physique, mais par action de pensée à pensée.

Mais là encore, la déformation est fatale :

Si les enseignements sont bien reçus par le psychisme supérieur du médium, ils se perdent ou se dénaturent pendant la transmission à son psychisme inférieur.

En somme, dans l'état actuel de noire évolution, les conditions de la pensée sur le plan physique ne permettent de connaître, positivement et exactement, que ce qui est relatif au plan physique.

Les connaissances qui ne sont plus relatives au plan physique ne nous sont accessibles que d'une manière incertaine et fragmentaire, soit par l'intuition directe et le raisonnement, soit par l'action médiumnique.

Qu'il soit désincarné ou extériorisé, l'Être subconscient tend à oublier tout ce qui concerne son essence transcendantale en s'unissant de nouveau à la matière.

Faut-il donc faire abstraction complète des « enseignements des esprits » ?

Non, quelques bribes de vérités nous arrivent toujours, suffisantes pour aider l'intuition.

Seulement il ne faut jamais s'en rapporter aveuglément à une communication spirite, quelle que belle qu'elle nous paraisse. 11 est nécessaire de l'étudier et de la discuter avant d'en tirer profit.

En second lieu, il faut faire un choix dans lesinnom-

brables communications. 11 ne faut comparer entre elles que celles qui ont été reçues dans des conditions à peu près identiques, grâce à des médiums égaleraient évolués et également entraînés, par des observateurs également sagaces.

. Il ne faut pas opposer, à des enseignements très concordants dans les grandes lignes quand ces conditions sont observées (quel que soit le pays où ils sont donnés et quelles que soient les idées philosophiques ambiantes) ; il ne faut pas, dis-je, leur opposer de prétendues révélations, banales et contradictoires, trouvées n'importe où, et dont la plupart ne sont que Je reflet sinon le produit du psychisme des médiums ou des expérimentateurs.

Au surplus, il est parfaitement permis de ne pas tenir compte des théories d'origine spirite.

On peut arriver, comme je me suis efforcé de le prouver, par l'examen rigoureux des faits, à la conviction de la survivance de l'Être et à une connaissance relative de sa destinée.

Une théorie de transition.

(Le système du P r Grasset'.)

Je ne puis terminer cette étude sans consacrer quelques lignes à la théorie que le P r Grasset vient

d'imaginer pour expliquer tous les faits obscurs de psychologie. Je le fais d'autant plus volontiers que cette théorie, destinée dans la pensée, sinon de son auteur, du moins de ses partisans, à réfuter toute doctrine idéaliste basée sur le psychisme anormal, apporte au contraire, à mon avis, l'appui le plus précieux et le plus inattendu à ma conception de l'Être subconscient, La base de l'explication générale du P 1 Grasset est, en effet, la même que celle de l'Être subconscient : c'est la distinction de deux psychismes, supérieur et inférieur, leur séparation possible, leur action isolée.

Mais ce qui distingue absolument les deux systèmes, c'est la manière de comprendre l'essence du psychisme supérieur et du psychisme inférieur.

Pour le P r Grasset, le psychisme inférieur est lié au polygone schématique de Charcot. Le polygone, siège des centres cérébraux sensoriels et moteurs, serait également celui du psychisme inférieur et de l'automatisme psychologique (rôle dévolu, dans ma théorie, à i'écorce cérébrale tout entière).

Le psychisme supérieur, loin d'être indépendant du fonctionnement organique, serait lié à un centre cérébral spécial, le centre 0, localisé quelque part dans la substance grise corticale.

Cette conception cérébrale du psychisme supérieur interdit au P' Grasset toute interprétation rationnelle de la psychologie dite s upr anormale.

Aussi n'en tente-t-il aucune explication.

Il ne fait pas comprendre davantage, à mon avis, l'inspiration géniale, car pour lui le travail inconscient se réduit à l'automatisme du psychisme inférieur.

Au contraire, il donne des autres faits obscurs de la psychologie une explication identique ou presque identique à la mienne.

Citons quelques exemples :

Le sommeil est dû à la dissociation des deux psychismes, à La disparition du psychisme supérieur et à la persistance du psychisme inférieur qui produit les rêve s.

Les névroses sont dues à la relation défectueuse des deux psychismes et à l'impuissance directrice du psychisme supérieur.

L'hypnotisme et les états connexes sont dus à la séparation de deux psychismes et à l'action isolée du psychisme inférieur.

La suggestion est due à l'émancipation du psychisme inférieur vis-à-vis de son psychisme supérieur et à sa soumission à un psychisme supérieur étranger.

Le mèdiumnisme élémentaire, les altérations de ta personnalité s'expliquent toujours par la sécession et l'action isolée et automatique du psychisme inférieur.

Le système du P r Grasset, que la haute autorité scientifique de son auteur a imposé à l'attention générale, aura eu le très grand mérite d'appeler la discussion sur l'idée si féconde des deux psychismes- et de montrer avec quelle lumineuse simplicité cette idée rend compte des difficultés psychologiques.

Mais il ne semble pas possible de considérer cette doctrine comme définitive.

Elle se heurte, telle quelle, à de graves objections générales : on conçoit mal, par exemple, comment des centres cérébraux de même essence anatomique peu-

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vent si aisément se séparer dans leur fonctionnement et on ne comprend ni le processus physiologique ni l'intérêt vital de cette sécession continuelle. De plus, le système n'embrasse qu'une faible portion, ta moins importante, de faits que, logiquement, l'on ne doit pas plus séparer dans la théorie qu'on ne le peut dans ta pratique.

T6t ou tard, ce vaste et lumineux esprit synthétique qu'est le P r Grasset devra, sous peine de renier son œuvre, se décider à lui donner toute l'extension qu'elle comporte.

Sa thèse actuelle n'est qu'une transition magistrale entre la psychologie d'hier et la psychologie de demain.

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