E PSYCHOLOGIE NORMALE
Les principales difficultés d'interprétation physiologique dans la psychologie normale proviennent des constatations suivantes :
1" Les inégalités intellectuelles et morales considérables entre individus très rapprochés par les conditions de naissance et de vie ; leur développement psychique, l'étendue et la diversité de leurs facultés n'étant pas en rapport apparent appréciable avec des inégalités cérébrales constantes et proportionnelles '.
2° La différence entre l'hérédité ou l'atavisme psychique et l'hérédité ou atavisme physique. — Il est d'observation courante que l'enfant ressemble parfois absolument aux parents, au point de vue organique, et diffère non moins totalement, au point de vue de l'intelligence et du cœur.
Deux frères, nés et élevés dans des conditions identiques, peuvent se ressembler physiquement et n'avoir rien de commun moralement.
Les hommes de talent et de génie sortent souvent de milieux inférieurs, et procréent non moins souvent des enfants fort médiocres.
On peut conclure de tout cela que les ressemblances
, inutile d'insister sur ce point : on connaît l'échec «v. », u »uTds faites pour établir un rapport étroit entre l'intelligence d'une part, et le poids du cerveau, la complexité des circonvolutions, etc., d'autre part.
psychiques, lorsqu'elles existent, sont plutôt le fait de l'éducation et du milieu ambiant que de l'hérédité.
Nous sommes donc en présence duo premier ordre de constatations embarrassantes. On propose, en général, l'explication suivante :
Les difficultés d'interprétations physiologiques résulteraient de la grossièreté et de l'insuffisance de nos moyens actuels d'investigation vis-à-vis de l'extrême délicatesse de l'organe cérébral.
Des différences anatomiques inappréciables produiraient toutes les différences psychiques.
Enfin, ces différences anatomiques pourraient provenir elles-mêmes, en dehors de l'hérédité, d'une foule de causes restées inaperçues, telles que certaines influences pathologiques, traumatiques, toxiques, réflexes, etc., pendant la vie intra-utérine, ou telles que certaines conditions encore obscures de la génération.
Cette explication n'est pas fort satisfaisante, puisqu'elle ne s'appuie que sur une présomption nécessaire d'ignorance, mais elle n'est pas irrationnelle,
On peut l'accepter provisoirement, réserve faite sur laquelle il sera loisible de revenir.
3" Une difficulté d'un autre ordre consiste dans l'interprétation physiologique de la permanence de la personnalité, malgré les perpétuelles variations moléculaires de l'organisme.
Cette question a donné lieu à d'interminables controverses, relatives.! la nécessité, affirmée par les uns, niée par les autres, d'un principe fixe servant de siibstratum à la matière organique incessamment renouvelée.
Je crois inutile d'entrer dans une semblable discussion. Je me contente de signaler cette difficulté d'une réelle importance, que les physiologistes esquivent volontiers et que, faute d'une explication satisfaisante, ils affectent trop de ne pas prendre au sérieux.
Nous aurons à revenir sur ce sujet.
4° Les phénomènes psychiques inconscients, ou du moins échappant en majeure partie à la volonté consciente, constituent une autre énigme physiologique. Ces faits ont été groupés sous l'étiquette d'automatisme psychologique '.
Connus de tous temps, ils ont été trouvés, depuis les progrès récents de la psychologie et de la neuropathologie, beaucoup plus nombreux, complexes et importants qu'on ne pensait.
Parmi les plus anciennement connus de ces faits, on peut citer :- Les rêves.
La conserva/ion, à notre insu, d'une multitude de souvenirs, en apparence oubliés, mais pouvant réapparaître sous l'influence d'une émotion violente, d'un danger menaçant, etc.
L'activité psychique latente se traduisant :
Par des émotions sans cause appréciable, des déterminations inattendues, des modifications brusques en apparence dans le caractère et les idées.
Par des résultats conscients d'opérations intellectuelles inconscientes, tels que la solution inattendue d'une recherche abandonnée après de vains efforts, etc.
Les recherches modernes ont considérablement "u le domaine attribué à la psychologie inconte.
y fait rentrer, non seulement, comme nous le ns, toute la psychologie anormale, mais aussi >ortion de plus en plus importante de la psychonormale. L'activité intellectuelle latente jouerait 51e dans les manifestations de nos facultés, et ■alement dans toutes les opérations conscientielles. nann, on le sait, attribue à l'inconscient une part mdérante dans les manifestations élevées de , et considère volontiers le génie comme son éman directe ' .
us les travaux récents sur le génie s'accordent à rer le bien fondé de cette opinion, me contenterai de citer l'un des plus complets, vue d'ensemble du D r Chabaneix intitulée le onscient chez les Artistes, les Savants et les tains, et de donner une analyse rapide des docus réunis dans ce travail.
nfluence subconsciente peut se manifester, avec puissance remarquable, souvent prépondérante, les productions scientifi(|ues, artistiques ou litté-
e peut être observée :
t pendant le sommeil ou au réveil.
t pendant l'état de veille.
t dans une sorte d'état intermédiaire à la veille sommeil.
r la PkUoiophie de fin
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Voici quelques-uns des exemples qu'en donne le ])' Chabaneix :
Exemples d'àctjvivité subconscients pendant le soumeil ou au réveil. — Ils sont multiples. On peut citer d'après leurs propres observations, comme ayant observé et utilisé le travail psychique pendant le sommeil : Condorcet, Franklin, Michelet, Conduise, Arago.
Voltaire raconte avoir rêvé une nuit un chant complet de la Henriade autrement qu'il ne l'avait écrit.
La Fontaine composa en rêve la fable des Deux Pigeons.
Cardan dit avoir composé un de ses ouvrages tout entier en rêve.
Maignan aurait ainsi trouvé des théorèmes imporlants.
o J'ai eu souvent dans mes rêves, rapporte Surdach, des idées scientifiques qui me paraissaient tellement importantes qu'elles m'éveillaient. Dans bien des cas, elles roulaient sur des objets dont je m'occupais à la même époque, mais elles m'étaient entièrement étrangères quant à leur contenu, n
Le cas suivant de Coleridge est fort net :
a Coleridge s'endormit en lisant et, à son réveil, il sentit qu'il avait composé quelque chose comme deus ou trois cents vers qu'il n'avait qu'a écrire. » Cinquante-quatre furent écrits sans effort et « aussi vite que la plume pouvait courir ; mais ayant été interrompu par quelqu'un qui resta environ une heure pour une affaire, Coleridge, à sa grande surprise et mortification, trouva que, quoiqu'il eût encore un vague
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i FAITS OBSCURS DE LA PSYCHOLOGIE
r de l'ensemble général de sa vision, à l'exception de Unit ou dix vers épars, tout le reste avait disparu sans retour. »
M. de Bosny déclare qu'il a l'habitude de mettre à côté de son lit un crayon et du papier et qu'il se réveille parfois en sursaut pour écrire des notes importantes.
Dans quelques cas, l'influence subconsciente dans le sommeil se traduit par un rêve hallucinatoire, ainsi dans le cas bien connu de Tartini, rêvant que le diable exécute sur son violon une sonate merveilleuse, se réveillant brusquement et l'écrivant de mémoire.
Exemples d'activité subconsciente, soit a l'état de veille, soit dans un état intermédiaire a la veille et au sommeil. — Ce qu'on appelle inspiration se produit fort souvent dans un état d'obnubilation plus ou moins complète de la réalité consciente :
« Diderot oubliait souvent les heures, les jours et les mois, et jusqu'aux personnes avec lesquelles il avait commencé à causer. »
Théophile Gauthier dit en parlant de Balzac : « Son attidude était celle d'un extatique, d'un somnambule qui dort les yeux ouverts ; perdu dans une rêverie profonde, il n'entendait pas ce qu'on lui disait. »
o Hegel termina tranquillement la Phrénologie de l'esprit à léna, le 4 octobre 1806, sans même s'apercevoir que la bataille faisait rage autour de lui '. »
Beethoven, tout absorbé par l'inspiration, sortit un jour, à Neudstadt, à moitié vêtu. H fut conduit en pri-