On connaît les cas analogoes, si souvent cités, d'Archi
son comme un vagabond ; personne ne voulant croire malgré ses cris, qu'il fût bien Beethoven.
Schopenhauer dit de lui-même : « Mes postulats philosophiques se sont produits chez moi sans mon intervention, dans les moments où ma volonté était comme endormie, et mon esprit non dirigé dans une direction prévue d'avance... Ainsi ma personne était comme étrangère à l'œuvre. »
Parfois l'influence subconsciente est tellement nette qu'elle semble une influence extérieure :
C'est ce que Musset exprimait dans ces vers :
On ne travaille [ias, on écoute, on attend,
C'est comme un inconnu qui vous parle à l'oreille.
Les exemples de Socrate, de Pascal, de Mozart sont classiques à ce point de vue.
L'influence s ubcon sci ente a l'état de veille est difficile à distinguer du travail conscient et volontaire.
On pourrait la retrouver cependant dans les cas d'artistes ou d'écrivains ne composant une œuvre qu'avec des interruptions prolongées, l'abandonnant en présence d'une difficulté sérieuse pour la reprendre aisément plus tard.
Parmi ces derniers, le D' Chabaneix cite Renan, Broca, Gœthe qui abandonna et reprit Faust à de longues années d'intervalle.
Enfin, l'influence subconsciente est évidente dans les observations de manifestations géniales chez des enfants (Pascal, Mozart, etc.).
L'activité psychique latente présente, on le voit, une importance capitale, même dans la psychologie
normale. Dès lors, le moi nous apparaît comme extrêmement complexe et difficile à analyser. Connaître tout ce qui constitue la conscience est déjà fort compliqué ; mais savoir, en outre, tout ce qui, dans la synthèse psychique, échappe à cette conscience, constitue un nouveau et formidable problème. Dès maintenant, nous constatons que ce qu'on désigne sous le nom de subconscience comprend des éléments de nature très diverse, bien qu'ayant le caractère commun d'échapper en majeure partie à la connaissance et à la volonté directes.
Certains deces éléments, tels que ceux qui se révèlent dans les rêves ordinaires, semblent de nature très inférieure. D'autres, tels que ceux qui se manifestent dans l'inspiration géniale, sont d'une nature très supérieure aux phénomènes conscients normaux.
On est donc autorisé à se demander si l'on a pas confondu à tort, sous l'étiquette commune d'automatisme psychologique ou de subconscience, des manifestations d'origine et d'essence différentes ; s'il n'est pas nécessaire de distinguer tout au moins deux catégories de phénomènes subconscients : g Les phènonomènes d'ordre inférieur relevant de l'automatisme cérébral; les phénomènes d'ordre supérieur encore inexpliqués.
Nous verrons l'importance et le développement de cette hypothèse nouvelle dans les faits de psychologie anormale.
5° Une dernière et très importante difficulté d'interprétation psychologique est celle du sommeil.
Au point de vue physiologique même, l'explication
du sommeil n'a consisté, pendant longtemps, que dans des théories hypothétiques; c'est tout récemment, grâce aux recherches histologiques, qu'on est enfin arrivé à le comprendre d'une manière satisfaisante.
La thèse du D* Pupin — le Neurone el les hypothèses histologiques sur son mode de fonctionnement. Théorie histologique du sommeil — donne un résumé très clair et très complet de la question, des théories anciennes et des idées nouvelles :
Les théories anciennes étaient aussi nombreuses qu'incertaines et contradictoires.
Une première théorie, la théorie circulatoire, attribuait le sommeil à des variations périodiques dans la circulation sanguine du cerveau.
Seulement, les partisans de cette opinion ne s'accordaient pas surles caractères de ces variations :
Les uns, avec de Haller, Cabanis, etc., croyaient à la congestion, Vhyperémie du cerveau pendant le sommeil. Les autres avec Durham, Cl. Bernard, Mosso, etCi croyaient à l'anémie.
Une autre théorie, la théorie chimique, faisait dépendre le sommeil de la diminution de la quantité d'oxygène du sang et des tissus (l'oxygène s'accumnlant pendant le sommeil et diminuant pendant la veille par les divers processus d'activité vitale).
Cette théorie, soutenue par Humboldt, Purkinje, Pettenkofer, etc.. fut combattue par Voit, qui démontra que la quantité d'oxygène n'augmente pas pendant le sommeil.
Enfin une dernière théorie, la théorie toxique, attri- Geley. 2
bue le sommeil à l'accumulation de leucomaïnes produites par l'activité célébrale (Armand Gauthier, Bouchard, etc.)
Les recherches histologiqucs ont mis fin à ces incertitudes explicatives en permettant une théorie nouvelle très claire et très rationnelle du sommeil.
Voici, toujours d'après le D r Pupin, cette théorie hittologigue qui repose sur les connaissances ana forniques et physiologiques récentes relatives aux neurones.
On sait qu'on entend par neurone la cellule nerveuse pourvue de son micléus, de ses prolongements protoplasmiques, de son prolongement cylindraxile arborisé.
Ces prolongements ramifiés ne s'anastomosent pas avec ceux des cellules voisines, comme on croyait autrefois; les rapports se font non pas pur continuité, maispar contiguïté.
Chaque neurone constitue une « individualité anatomique, physiologique et bistogénique, un tout isolé et indépendant ». Le système nerveux, dans son ensemble, n'est qu'un « agrégat de neurones sans soudure entre eux ».
Or, dans l'état de veille, l'activité fonctionnelle du cerveau serait caractérisée par la mobilité et l'allongement des prolongements ramifiés « des tentacules». des neurones qui se mettent ainsi en contact de cellule à cellule.
Dans le sommeil, au contraire, il y arélraction et immobilité de ces « tentacules », qui s'isolent ainsi, arrêtant ou ralentissant le courant nerveux.
Aucundoute n'est donc possible, physiologiquement,
si cette théorie est vraie : le sommeil est essentiellement le repos des centres nerveux. Toutefois, l'existence de ces mouvements amiboïdes n'est pas admise par tous les histologistes. Un certain nombre pensent que les neurones sont toujours immobiles et que la transmission nerveuse se Tait par une sorte de véritable décharge.
Mais, dans cette hypothèse encore, le sommeil n'est concevable que comme le repos des centres nerveux.
Passons maintenant à Y explication psychologique du sommeil. On la fait généralement consister tout simplement dans .cette notion de repos du système nerveux.
a. Le sommeil, dit Mathias Duva), est la cessation réparatrice, totale ou partielle, des fonctions de relation. »
Pour Broussais, le sommeil n'est que la cessation des fonctions intellectuelles ou affectives.
Pour Preyer, il consiste dans la disparition périodique de l'activité cérébrale supérieure.
La plupart des physiologistes professent une opinion semblable. Cependant, la question est loin d'être aussi simple :
S'il ne s'agissait, dans le sommeil, que d'une obnubilation passagère de l'intelligence, l'explication naturellement tiendrait tout entière dans le fait d'une diminution d'activité psychique par diminution d'activité fonctionnelle dn cerveau.
Mais, précisément, et c'est là que réside la difficulté, la diminution de l'activité psychique n'est pas le phénomène essentiel, ni même nécessaire du sommeil.
repos du cerveau est surtout caractérisépar l'oblalion de la volonté consciente normale, obnubii qui n'empêche pas les autres modes d'activité hîque de persister ou même de s'accroître, male sommeil.
us parler de l'intensité émotive de certains rêves ou tristes, il suffit de se reporter aux manifestasi importantes du travail subconscient pour conque le sommeil n'a pas son explication psycho- •ue suffisante dans une diminution de l'activité '.ionnelle du cerveau.
cependant la physiologie démontre que le somn'est que le repos des centres nerveux.
us sommes donc en présence d'une contradiction elle que j'essayerai de Taire disparaître, dans rprétation finale que je donnerai de la subconce et de tous les faits obscurs de la psychologie.
Sommaire : I. Les névroses et l'hystérie- — La folie essentielle. — Impuissance de l'anatomie et de la physiologie à les expliquer.
IL Les manifestations de personnalités multiples. Explications principales qui en ont été données. — Leur interprétation par l'hypothèse d'une subconscience supérieure.
III. L'hypnotisme et ses manifestations principales. — Ses explications classiques. — Suggestion ou névrose. — Illogisme des explications classiques d'ensemble et de détail. — Nécessité d'une hypothèse nouvelle : l'extériorisation.