V. — Lucidité
On désigne sous le nom de clairvoyance ou de lucidité la faculté d'acquérir des connaissances précises sans le secours des sens normaux et sans lecture de pensées.
Les faits de cet ordre ont été recueillis en assez grand nombre; quelques-uns semblent bien convaincants, mais ils ont malheureusement jusqu'à présent échappé en grande partie aux tentatives d'expérimentation méthodique.
C'est que ces phénomènes se dérobent absolument à la volonté du sujet. Ils se produisent « par éclairs » el oe peuvent être soumis à des conditions déterminées d'avance.
lis se produisent en général dans les états liypnotujues.
l. Des appareils ont été imaginés dans le but de démontrer et d'apprécié* la valeur <lu rayonnement péri-organiquo. Le plus ingénieux et le meilleur est l'appareil invente par le Dr Joire et présenté bous 1<i nom de sthénomètre, Annalei des i cieneti psychique*, juillet-août 1904.
'. Voir spécialement les études de Myers, La eomdenee subliminale et La personnalité humaine, ta survivance, ses manifestations supranormakt, Paris, F. Alcan,
Le sujet endormi rapporte le plus souvent le phénomène à la vision, dit voir ce qu'il raconte (c'est la clairvoyance typique).
D'autres fois, il l'attribue au sens de l'ouïe (clairaudience).
Tantôt le sujet parle comme s'il se trouvait en présence de la scène qu'il décrit; tantôt il semble projeter sa vision sur une surface réfléchissante (miroir, verre d'eau, etc.) par laquelle il obtient sans doute l'auto-hypnose.
En général, le sujet « voit » plus facilement quand on lui fournit quelques points de repère, quelques indications comme pour le guider sur le chemin à parcourir.
Souvent aussi, la clairvoyance est facilitée par le contact du sujet avec un objet quelconque émané de l'endroit qu'il s'agit de voir, ou de personnes avec lesquelles le rapport doit être établi (c'est la psychométrie).
Dans quelques cas, la lucidité semble indépendante de tout état hypnotique apparent ; mais on sait combien un état léger d'auto-hypnose peut facilement rester inaperçu. Dans ces cas, le sujet prétend trouver les connaissances dont il fait preuve par certains procédés trop en dehors de la méthode positive pour qu'il me soit possible d'en parler dans ce travail (cartes, marc de café, lignes de la main, etc.). Je cite tout cela pour être complet, sans m'y arrêter aucunement.
En ce qui concerne les connaissances acquises par lucidité, on observe qu'elles sontparfois extrêmement précises et exactes l.
i. Dans certains cas la lucidité se traduit par des symboles plus ou moins clairs (jui ont besoin d'être interprétés»
D'autres fois, le sujet se trompe du tout au tout, sans qu'il soit possible de distinguer dans quel cas et pourquoi il se trompe ou voit juste.
Les connaissances acquises par lucidité peuvent être relatives au passé, au présent ou à l'avenir.
Explication des faits de lucidité. — Comment expliquer le phénomène de lucidité, lorsqu'il est indépendant de toute lecture de pensée ?
11 semble qu'une première explication, dans beaucoup de cas, puisse être simplement l'extériorisation de la sensibilité.
Il y aurait projection et action à distance de la sensibilité extériorisée, télesthésie, suivant l'expression de Myers.
Comme la distance et les obstacles matériels n'ont qu'une importance relative sur cette projection extraorganique, cette explication embrasserait tous les faits de lucidité dans le présent.
Pour les cas de lucidité dans le passé ou dans l'avenir, en admettant bien entendu que leur authenticité soit bien établie, l'explication est plus difficile.
Si l'on pouvait supposer que les faits passés ont laissé une image ou une empreinte quelconque et quelque part, sur la planète ou dans l'éther, on en déduirait que les sens extériorisés du sujet ont su retrouver et déchiffrer cette image. Mais une pareille supposition esl bien invraisemblable. Il est plus logique, peut-être, d'admettre que le sujet possède dans sa subconscience ou puise dans la subconscience d'une autre personne la connaissance des faits passés dont il fait preuve. (Cette hypothèse semblera moins extra-
ordinaire quand nous aurons passé en revue tout ce qui concerne la subsconscience.)
La prévision de Y avenir pourrait s'expliquer d'une manière analogue : l'avenir découle nécessairement du passé et du présent (le hasard n'est qu'un mot vide de toute signification, et le libre arbitre ne peut être isolé des motifs d'action, quelque opinion qu'on ait à son sujet).
11 suffirait donc de connaître tout ce qui touche une personne quelconque dans le passé et dans le présent (ou même simplement dans le présent, qui résume tout le passé dont il découle) pour connaître dans les grandes lignes l'avenir de cette personne.
En réalité, cette explication de la lucidité est insuffisante et peu vraisemblable, surtout en ce qui concerne le passé et l'avenir. Du reste, dans beaucoup de cas, la lucidité se manifeste 501/5 une forme synthétique qui exclut toute réflexion et toute recherche. C'est comme une lueur qui frappe brusquement le sujet et lui procure instantanément, soit la connaissance d'un fait ignoré et inaccessible aux voies sensorielles, soit une connaissance complexe qui nécessiterait normalement un travail compliqué sur de nombreux éléments de recherche (par exemple la solution d'une opération d'arithmétique difficile). Dans des cas semblables, la lucidité nous est parfaitement inexplicable, dans son mécanisme comme dans ses résultats.
On ne peut que la considérer comme une faculté subsconsciente qu'il est impossible de rattacher aux facultés conscientes connues.
Sa constatation oit une preuve nouvelle en faveur de
l'existence de cette subconscience supérieure mystérieuse dont les phénomènes précédemment étudiés nous ont déjà suggéré l'hypothèse.