VI. — Extériorisation et action à distance de la motricité
L'extériorisation et l'action à distance de la motricité ont été révélées par les manifestations médiumniques. Ce n'est que dans le médiumnisme qu'elles se produisent avec toute leur intensité.
On a pu, cependant, obtenir des phénomènes de motricité à distance dans l'hypnose. On les a même observés sans sommeil apparent du sujet.
Mais, dans ces cas, ce ne sont jamais que des manifestations élémentaires.
Le sujet, soit spontanément, soit par suggestion, exerce simplement une action motrice légère et à très proche portée.
Les phénomènes importants de motricité à distance s'obtiennent soit avec très léger contact du médium, soit absolument sans contact.
Ils dénotent souvent une force considérable : des objets très lourds sont déplacés ou soulevés, parfois loin du sujet.
Des objets plus légers sont transportés d'un point à un autre de la salle des séances.
Les mouvements ont un caractère très important :
1. Consultée surtout; VExl-t'itrisation de la motricité de de Rochas,
c'est de n'être jamais incohérents. Ils sont toujours dirigés dans un but manifestement voulu, et parfois sont fort complexes.
L'un des phénomènes les plus remarquables de cet ordre est celui de Yécriture directe (plume ou crayon écrivant sans soutien apparent et sans contact du médium.)
Les phénomènes importants de motricité à distance ne s'obtiennent que par des sujets spécialement entraînés (sauf exception).
Le plus souvent, pendant leur production, le sujet se trouve plongé dans un sommeil particulier appelé transe, analogue au sommeil profond de l'hypnose.
D'autres fois, il n'est pas endormi, mais, même alors, les phénomènes se produisent indépendamment de sa volonté consciente.
Après la séance, le sujet accuse une fatigue considérable.
Lorsqu'il a dormi, il ne sait rien au réveil de ce qui s'est passé.
Enfin, pendant la production des phénomènes, les membres du sujet esquissent souvent de légers mouvements, synchrones aux mouvements à distance, dirigés comme ils le seraient pour les produire directement.
Mais ces mouvements sont toujours très faibles et sont inconstants ; ce sont de simples mouvements réflexes ou associés '.
1. Voir surtout les expériences avec le médium Eusapia Paladino (rapportées dans les Annales des sciences psychiques, les ouvrages de de Rochas, etc.).
Les phénomènes, qui échappent presque toujours, je le répète, à la volonté consciente du sujet, sont dirigés par une intelligence en apparence distincte de lui. C'est une personnalité différente de sa personnalité normale qui produit les phénomènes avec la force extériorisée du sujet.
Les personnalités médiumniqucs qui se manifestent ainsi semblent utiliser à leur gré, indépendamment de la volonté du médium, ses organes et ses facultés sensibles et motrices.
Elles peuvent avoir des capacités et des connaissances psychiques autres que celles de la personnalité normale.
(J'étudierai en détail les personnalités médiumniques dans un chapitre spécial.)
Aux phénomènes d'extériorisation de la motricité peuvent se rattacher les coups frappés à distance du sujet sur les meubles, plafond, plancher, tentures, etc., de la salle des séances l.
Les coups frappés, appelés généralement raps, ont la mémo caractéristique que les mouvements sans contacts : ils se produisent dans les mêmes conditions et ils dénotent une direction intelligente qui n'est pas celle de la personnalité normale du sujet.
Implication des actions motrices a distance — Les aclions motrices à distance nécessitent une double explication :
1° Explication relative à l'origine de la foïce agissante ;
i. Voir spécialement : Les •phénomènes psychiques de Maxwell. Paris, F. Alcan.
2° Explication relative à la direction intelligente de cette force.
1° En ce qui coneernela force agissante, il est évident que c'est une force extériorisée du sujet. Tout le prouve :
La présence indispensable d'un médium ; sa fatigue considérable après la séance, la constatation des mouvements associés, etc.
Il n'est pas de doute possible.
Le « quelquechose » qui peut s'extérioriser entraîne donc avec lui non plus seulement de la sensibilité, mais aussi de la force.
2° En ce qui concerne la direction intelligente de celte force, le problème est plus difficile.
Il est certain que l'intelligence directrice n'est pas ' intelligence personnelle normale du sujet.
Doit-on conclure qu'elle lui est extérieure et étrangère ?
Ce n'est pas nécessaire, puisque nous avons la ressource de faire de l'intelligence directrice une personnalité subconsciente.
Seulement nous sommes alors forcément entraînés à admettre l'existence de personnalités subconscientes non seulement entièrement différentes de la personnalité normale, mais encore pourvues de capacités que cette dernière ne possède pas et capables d'agir en dehors de l'organisme.
C'est dire, une fois de plus, que la subconscience ainsi comprise est fort différente de la subconscience automatique classique. Elle constitue cette subconscience supérieure que l'examen des faits précédents nous avaient déjà appris à reconnaître.
FAITS OBSCI'US DE l'SYCUOLOGlE ANORMALE 57
VII. — Action à distance d'une faculté organisatrice ou désorganisatrice sur la matière r.
Il semble que, dans les états hypnotiques et médiumniques, le sujet puisse avoir sur les molécules matérielles une véritable puissance organisatrice ou désorganisatrice. On connaît les effets possibles de cette faculté sur l'organisme même du sujet : production de stigmates sur le corps des hystériques, soit par autosuggestion mystique, soit par suggestion expérimentale (par exemple, vésication par un timbre-poste).
Je n'insiste pas sur ces faits, aujourd'hui classiques ; je me contente de faire remarquer qu'ils nous entraînent bien au delà de ce qu'on savait touchant l'influence du moral sur le physique, et qu'ils permettraient peut-être de comprendre certaines observations de guérisons, dites miraculeuses ; certains récits des prouesses des Aissaouas et des prodiges attribués aux Fakirs.
Je veux surtout m'occuper de l'action à dislance de cette faculté organisatrice ou désorganisatrice!
Prouvée, cette action à distance pourrait expliquer certaines apparitions et visions, mystiques et autres, 1 Mjuelles ne relèvent pas simplement ni toujours de l'hallucination.
1. Voir surtout Aksakof, Animisme et spiritisme. — Gronkrs, ■ relies sur Us phénomènes du spiritualisme. — Maxwell, Les phénomènes psychiques. — On consultera aussi avec fruit l'autobiographie de Mn" d'Espérance, Au pays de l'ombre. '
Or, là encore, l'étude du médiumnisme montre l'existence d'une semblable faculté.
Le sujet peut, soit désorganiser à distance certains objets, soit organiser dans des formes plus ou moins complexes une trame matérielle émanée ou extériorisée elle-même de son organisme (c'est la tèléplastié).
Pour que de semblables phénomènes puissent être considérés comme réels et non hallucinatoires, il faut que leur réalité objective soit rigoureusement prouvée. Elle l'est, dit Aksakof1, lorsque sont constatés les caractères suivants :
1° Vision de la a forme » par plusieurs personnes à la fois ;
2° Vision et contact de la forme par plusieurs personnes, avec impressions concordantes des deux sens /
3° Effets physiques produits par la forme ;
4° Effets physiques durables (écriture, empreintes, moulages, photographies, effets sur le corps d'un assistant).
Dans ce dernier cas seulement, la preuve est absolue ; mais précisément, ce dernier cas est des plus fréquents. Une forme bien nette peut presque toujours laisser après elle des effets physiques durables.
Pour plus de facilité, je considérerai successivement l'action organisatrice et l'action désorganisatrice.
a) Action organisatrice. — Elle peut aboutir à des formations très variables comme netteté et comme complexité.
Les manifestations élémentaires sont caractérisées
i. Aksakof, Animisme et spiritisme.
par la production éphémère et incomplète d'objets ou d'organes.
Ces formes éphémères peuvent néanmoins laisser des traces physiques (photographies, empreintes dans le mastic, la farine, le noir de fumée, la paraffine, le plâtre, etc.).
D'autre fois elles n'apparaissent que comme des lueurs bleuâtres, phosphorescentes.
Les manifestations supérieures de la faculté organisatrice sont des formations organiques, toujours éphémères, mais complètes. Il y a alors matérialisation, suivant le terme habituel, d'organes ou d'organismes parfaitement caractérisés ; copie exacte, parfaite, physiquement et physiologiquemcnt d'organes ou d'organismes naturels. Ces manifestations peuvent être spontanées ou d'origine mêdiumnique.
Dans les cas spontanés, très rares, on note la formation d'un organisme (à distance du sujet et parfois fort loin de lui), semblant la copie minutieuse « le double » du sujet.
Ce dédoublement se produit à l'insu de sujet, tombé pendant ce temps dans un sommeil plus ou moins profond el ayant tout oublié au réveil.
Le double peut influencer la vue et les autres sens des personnes qui le constatent. Il peut agir matériellement et se transporter à une grande distance.
Les matérialisations complûtes obtenues expérimentalement dans les séances médiumniques présentent des caractères importants à considérer :
La forme matérialisée, je crois devoir le répéter, est parfois complète, os, muscles, viscères; elle ne diffère
en rien d'un être vivant par le fonctionnement organique.
Elle ressemble souvent plus ou moins au médium. Quelquefois la ressemblance est assez forte pour donner l'impression d'un véritable dédoublement du sujet.
D'autres fois, la forme diffère du sujet par des caractères importants (couleur des yeux et des cheveux, taille, sexe, etc.).
Même parfaitement matérialisées, les apparitions sont toujours éphémères et de courte durée.
h) Action désorganisatrice. — La faculté désorganisatrice peut se manifester:
a. Dans l'organisme même du sujet;
fi. Dans des objets extérieurs à lui.
a. Désorganisation dans l'organisme même du sujet'.
Il s'agit d'une véritable dématérialisation, laquelle coïncide précisément avec les formations matérielles à distance.
Le sujet perd exactement le poids qu'acquiert la forme matérialisée. Après sa disparition, il recouvre son poids primitif, moins quelques centaines de grammes. Il pourrait devenir complètement invisible quand la forme est entièrement matérialisée.
p. Désorganisation d'objets extérieurs au sujet. — Des objets divers pourraient être décomposés dans leurs molécules constituantes et reconstitués dans leur état primitif, soit sur place, soit après transport dans un autre lieu.
i. Voir Aksakof, Un cas de dématérialisation partielle du corps d'un médium.
Pendant la production des phénomènes d'organisation et de désorganisation, le sujet se comporte comme pendant les autres phénomènes d'extériorisation. Il est, sauf exceptions, dans un état de transe plus ou moins complète et ne se rappelle rien au réveil. Sa volonté consciente normale n'a aucun pouvoir sur ces manifestations, lesquelles sont dirigées par une intelligence différente, en apparence, de celle du sujet.
L'explication sera donc la môme que précédemment: Le « quelque chose » qui peut s'extérioriser n'entraîne plus seulement de la sensibilité et de la force, mais aussi des molécules matérielles et une faculté organisatrice et désorganisatrice.
Quant à l'intelligence qui dirige cette faculté organisatrice et désorganisatrice, ainsi que le phénomène dans son ensemble, qui peut extérioriser la matière organique et la modeler à son gré ou suivant des lois qui restent à étudier, cette intelligence peut encore être considérée comme émanée de la subconscience supérieure du sujet.
Je dis : La subconscience supérieure, car il est évident que les facultés que nous venons d'étudier ne sauraient en rien être rattachées à l'automatisme cérébral. Plus encore que l'inspiration géniale, que les cas de personnalités multiples et d'extériorisation, les phénomènes de matérialisation et de dématérialisation nous obligent a affirmer formellement l'existence de cette subconscience supérieure et de la distinguer nettement de la subconscience banale, telle que la conçoit la psychologie classique.
Gelet. 4