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VI. — Interprétation de l'hypnotisme

Toutes les manifestations de l'hypnose s'expliquent clairement par la sécession, l'action isolée des deux psychismes et l'extériorisation plus ou moins complète de l'être subconscient.

On sait que les phénomènes caractéristiques peuvent être constatés soit dans l'organisme du sujet, soit en dehors de son organisme.

Les phénomènes organiques (anesthésie vraie, hyperesthésie vraie, catalepsie, léthargie, etc.) tiennent précisément, comme chez les hystériques, à l'impuissance directrice et perceptrice de la subconscience supérieure, laquelle est en partie extériorisée de l'organisme.

Les phénomènes constatés en dehors de l'organisme sont dus à l'être subconscient extériorisé.

Les phénomènes sensitifs, en général, sont en partie le fait de l'extériorisation :

L'anesthésie et l'hyperesthésie sont chose secondaire. 77 n'y a pas essentiellement diminution ni augmentation, mais déplacement de la sensibilité.

La sensibilité, qui a disparu de la surface du corps et des organes des sens, se trouve parfois reportée sur les lignes et les pôles d'extériorisation décrits par M. de Rochas.

On comprend dès lors comment on peut constater simultanément deux phénomènes en apparence contradictoires : l'insensibilité organique et la perception, hors de la portée des organes sensoriels, de sensations tactiles, olfactives, auditives, gustatives et visuelles.

D'autre part, on comprend que cette sensibilité se puisse exercer à travers les obstacles matériels, qui n'ont pas d'action appréciable sur la force-intelligence extériorisée.

Enfin, on s'explique ce fait étrange que les sens

divers s'exercent indifféremment sur un point quelconque du rayonnement péri-organique, par ce fait que tous les sens normaux sont condensés et synthétisés en un sens unique sur tout l'organisme subconscient.

Les phénomènes supranormaux (lecture de pensée, lucidité, etc.) seront le résultat de la mise en œuvre des facultés et connaissances transcendantales de l'être subconscient libéré.

Bien entendu, ce ne sera jamais qu'accidentellement, par éclairs, d'une manière relative et fragmentaire, que facultés et connaissances transcendantales pourront se répercuter dans le psychisme inférieur. Mais elles le pourront par suite de la décentralisation produite par l'hypnose et des conditions anormales de fonctionnement des deux psychismes.

L'automatisme du psychisme inférieur est le fait de son isolement de l'être subconscient et de la cessation de l'action directrice de ce dernier.

Cet automatisme est très remarquable1, aussi bien dans l'hypnose que dans les états connexes et permet de se faire une idée suffisante du rôle des facultés cérébrales.

II permet, par exemple, de retrouver chez le sujet hypnotisé beaucoup des connaissances habituelles ou oubliées en apparence de l'être conscient. Cela peut s'expliquer, soit par un emmagasinement de ces connaissances dans la subconscience inférieure analogue

1. Voir surtout I^s travaux de Janet sur l'Automatisme psyhologique. Paris, F. Alcau.

à celui qui s'opère dans la subconscience supérieure, soit plutôt par l'action de cette dernière dans la conservation de la personnalité.

L'effort permanent de l'être subconscient suffit en effet à faire comprendre comment ces connaissances restent gravées dans le cerveau, malgré le perpétuel renouvellement de ses molécules constitutives, prêtes à être utilisées consciemment dans la vie normale ou automatiquement dans les états anormaux.

L'hypnotisme ou le somnambulisme permettent parfois, on le sait, l'accomplissement d'actes automatiques plus parfaits que les actes normaux f. Comme, dans ces états, le psychisme inférieur est isolé de son psychisme supérieur, une pareille constatation pourrait paraître contraire aux idées exposées dans ce volume.

En réalité, il n'en est rien : la perfection des actes automatiques s'explique facilement par le fait que toutes les forces vitales se concentrent pour ainsi dire en vue de l'exécution d'un ordre donné, de l'obéissance à la suggestion ou à l'auto-suggestion. Elles le font sans re flexion, sans hésitation, sans distraction.

De là le caractère si remarquable de l'automatisme physiologique ou psychologique et même la possibilité, dans l'hypnose et les états connexes, de modifications organiques curatives ou désorganisatrices.

i. Parmi les plus remarquables exemples de la perfection des actes automatiques, on peut citer les cas de chorégraphie somnainbulique tels que le cas de Lina étudié par de Rochas dans son beau livre : Les sentiments, la musique et le geste et le cas de Madeleine G... rapporté par le Pr Flournoy dans les Archives de psychologie de juillet 1904.

Passons maintenant à la suggestion :

La suggestion pourra s'exercer :

1° Soit sur la conscience organique obnubilée ;

2° Soit sur la subconscience extériorisée.

1° Suggestion sur la conscience organique obnubilée.

Elle se comprend de suite : lavolonté du magnétiseur prend purement et simplement la place directrice de la subconscience extériorisée. Dès lors il dirige à son gré l'organisme du sujet et sa cérébration.

Comme, sans doute, l'être subconscient agit surtout sur le psychisme inférieur par le mécanisme de la suggestion, dans la vie normale ; il y a simplement, dans l'hypnose, changement d'influence suggestive : celle de la subconscience supérieure est extériorisée et celle du magnétiseur est intériorisée,

2° Suggestion sur la subconscience extériorisée1.

Cette suggestion s'explique par le fait du trouble considérable, bien que momentané, de la volonté subconsciente qui se sépare de son instrument cérébral.

L'être subconscient éprouve une obnubilation relative qui lui fera facilement subir l'influence de la volonté puissante du magnétiseur.

Du reste cette obnubilation n'est que passagère, et liée aux phases élémentaires de l'extériorisation.

Lorsque l'extériorisation est suffisante, comme dans les états médiumniques supérieurs, l'être subconscient

\. Par exemple, lorsque le magnétiseur suggère la projection au loin de la force-intelligence extériorisée, pour la vision à distance.

manifeste une volonté très personnelle et une caractéristique très originale.

Dans tous les cas, la question de suggestion sur la subconscience supérieure nécessite de nouvelles recherches expérimentales, systématisées dans ce but ; elles permettront seules de la distinguer nettement de la suggestion sur la subconscience inférieure et de connaître dans quelles limites elle est possible, ou même si elle l'est.

Reste à étudier la suggestion à échéance ; mais son mécanisme est plus compliqué, et je suis obligé d'étudier auparavant la suggestibilité en général, dont il est essentiel de fournir une théorie conforme aux notions nouvelles.

De la suggestibilité. — La suggestibilité ne consiste pas seulement dans la possibilité de subir des influences diverses, mais aussi dans la possibilité d'adapter à la conscience personnelle tout ce qui peut l'influencer.

En d'autres termes, la suggestibilité est la faculté d'adaptation de l'être psychique au milieu et aux influence's ambiantes : et d'adaptation a l'être psychique de ces influences ambiantes.

C'est donc la condition première du processus d'assimilation psychique, permettant au moi Y acquisition d'éléments conscientiels nouveaux.

La suggestibilité représente simplement, au moral, Yappétit et la capacité d'absorption.

La suggestibilité, ainsi comprise, a besoin d'être

restreinte dans des limites convenables, sans quoi elle encombrerait le moi des acquisitions les plus diverses sous le chaos desquelles la personnalité risquerait de disparaître. Un choix, un triage est nécessaire pour faciliter l'assimilation future.

Il faut un frein à la suggestibilité.

Ce frein c'est la volonté.

La volonté est le frein naturel de la suggestibilité pour deux raisons :

Par crainte de V effort que nécessite toute acquisition nouvelle ;

Par un instinct tenant de l'instinct de la conservation.

La volonté lutte pour la conservation de la personnalité psychique, que compromettrait raffluxd'élémcnts étrangers trop nombreux ou trop différents de ses propres éléments. Elle est instinctivement hostile aux acquisitions intellectuelles qui ne concordent pas avec les traits principaux de la caractéristique personnelle.

La volonté et la suggestibilité sont, chez une personne quelconque, en raison inverse comme puissance et comme étendue l.

Ces notions générales étant admises, étudions la suggestibilité dans ses détails :

1. Ce n'est là, bien entendu, qu'une règle générale. Les êtres supérieurs, qui ont une volonté très forte, mais qui n'ont pas à craindre les écarts de leur suggestibilité, savent toujours s'élever au-dessus du misonéisme, et restreignent le humus possible leur aptitude aux acquisitions nouvelles, même les plus éloignées de leurs idées et de leurs habitudes de penser. Ils sentent instinctivement qu'ils pourront se les assimiler sans iiouîeverser leur caractéristique personnelle.

Il faut considérer la suggestibilité dans l'état de veille normale, dans le sommeil normal, dans les sommeils anormaux.

SUGGESTIBILITÉ A L'ÉTAT DE VEILLE. — Puisque la

suggestibilité a pour contre-poids la volonté, il faudra pour qu'elle reste dans des limites utiles, que l'équilibre entre la suggestibilité et la volonté soit bon.

Si l'équilibre est défectueux, la suggestibilité sera ou trop forte, ou trop faible.

Mais intervient un autre facteur important: celui de l'influence d'une volonté autre que la volonté consciente.

Cette volonté différente peut être : soit la volonté interne de l'être subconscient, soit une volonté extérieure.

Quelle que soit la volonté différente, subconsciente ou extérieure, elle peut influencer la suggestibilité de l'être.

Si les deux psychismes sont concordants, et c'est heureusement le cas le plus fréquent, l'équilibre est assuré. Le psychisme supérieur remplit son rôle normal de direction psychologique et la volonté consciente n'est guère que le reflet de la volonté subconsciente, sauf exceptions d'importance et de fréquence variables.

Si la concordance est mal assurée, si le psychisme supérieur remplit mal son rôle de direction (pour l'une des causes étudiées au chapitre des névroses) le psychisme inférieur subira facilement et fortement l'influence possible d'une volonté extérieure qui se substituera plus ou moins à celle de l'Être subconscient.

LA PSYCHOLOGIE d'aI'RÈS LES NOTIONS NOUVELLES 127

C'est pour cela que les névropathes inférieurs sont très accessibles à la suggestion extérieure, même dans l'état de veille normal.

Les influences extérieures seront enfin et surtout puissantes sur les enfants.

En effet, la suggestibilité des enfants est considérable pour deux motifs :

Par Y insuffisance de la volonté consciente (qui n'est qu'ébauchée).

Par l'impuissance de la volonté subconsciente (qui ne peut agir pleinement sur L'être que lorsque le développement organique est achevé).

De là les immenses dangers, pour l'enfance et l'adolescence, d'une éducation mal comprise ou systématiquement faussée, dont « l'empreinte » peut persister et compromettre, pour la vie entière, l'influence favorable et régulière de la volonté subconsciente.

Suggestibilité pendant le sommeil. — Pendant le sommeil, la volonté consciente de l'être est fort diminuée ; il y a donc augmentation de sa sugcfestibilité. La suggestibilité accrue sera accessible :

Soit à Y influence de la volonté 'subconsciente (d'où les effets importants du travail subconscient pendant le sommeil, bien qu'effets nécessairement irréguliers et aléatoires).

Soit à Y influence d'une volonté extérieure. Mais, dans le sommeil naturel, la volonté subconsciente préserve généralement l'être des suggestions extérieures.

Dans le sommeil hi/pno-mcdinmnicpic, au contraire, la subconscience étant extériorisée ne peut plus

préserver l'être des influences extérieures ; d'où l'importance, précisément, des suggestions extérieures.

Avec cette théorie de la suggestibilité, on peut facilement comprendre même la suggestion à échéance.

La suggestion à échéance ne peut s'expliquer que par l'impuissance ou l'annihilation Je la volonté subconsciente. Il n'est pas admissible, en effet, que la volonté subconsciente laisse s'accomplir, au moment fixé, l'acte suggéré, s'il s'agit surtout d'un acte nuisible à l'être. « Il semble singulier, suivant l'expression de Myers f, qu'on puisse mener ainsi la divinité intérieure si facilement au moindre mot. »

Tout peut se comprendre :

Ce n'est pas « la divinité intérieure » que l'on mène ainsi ; c'est simplement le psychisme inférieur. La suggestion à échéance comme la suggestion ordinaire n'est toute puissante que parce qu'elle supplante celle de l'être subconscient.

Aussi l'acte suggéré ne peut-il être accompli que par le retour préalable de l'être clans l'état d'hypnose où il se trouvait quand la suggestion a été donnée.

Le magnétiseur, sans s'en douter, suggère l'hypnose en même temps que l'acte à accomplir. Au moment fixé, le sujet se retrouve tel qu'il était quand il a reçu l'ordre ; il n'y a pas lieu de tenir compte de l'intervalle de temps écoulé entre la suggestion et l'effet de la suggestion.

La non-réalisation de l'hypnose préalable est la

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